Coup de tonnerre sur la L2. Pour des raisons de sécurité, le préfet Stéphane Bouillon refuse de réceptionner les travaux du tronçon Est de la rocade. Cette décision repousse à une date indéterminée la mise en service de l'autoroute urbaine. Elle témoigne également du bras-de-fer politique et financier entre l'État et les collectivités locales.

Le directeur général de la société de réalisation de la rocade L2, Inouk Moncorgé arbore un sourire crispé. La nouvelle qui vient de tomber de la bouche du préfet de région, Stéphane Bouillon, est mauvaise. L’État refuse d’accuser réception du tronçon Est de la rocade qui doit permettre de traverser Marseille de l’autoroute d’Aubagne à l’A7 au Nord. “Nous avons refusé la réception car en l’état actuel des travaux livrés, les conditions de démarrage de la L2 en toute sécurité pour l’usager ne sont pas remplies, annonce le préfet. Nous avons des problèmes de liaison entre le PC du tunnel et les services de la Dirmed [Direction interdépartementale des routes Méditerranée, ndlr] en charge de l’exploitation de cette autoroute.” La nouvelle est d’autant plus saumâtre que le directeur de la SRL2 l’a appris au cours du comité de suivi des engagements de l’État, en présence de l’ensemble des acteurs associatifs et politiques,  et non pas au cours des nombreux entretiens et visites conjointes qui ont permis de réceptionner l’ensemble des tunnels de la partie Est.

L’État a donc quelques réserves qualifiées de “bloquantes” en tête d’une longue liste de 352 points listés par la Dirmed,  longue “mais classique dans ce type d’ouvrage”, aux dires de la Dirmed. En clair, comme l’explique son directeur, Jean-Michel Palette : “Les caméras fonctionnent bien mais les images mettent 3 minutes pour arriver au PC de la Dirmed. Or, dans ce délai, en cas d’accident, une centaine de véhicules seraient déjà à l’arrêt”. Il pointe également les “30 secondes” nécessaires à l’activation des barrières des fermetures du tunnel, “un délai trop long”.

“Pas de mise en service avant la rentrée”

Pour le préfet, “il n’y aura pas de réception, ni mise en service de la L2 avant la rentrée”. Il se refuse à détailler plus avant le calendrier estival, permettant d’envisager une ouverture de la route. Initialement, le tronçon Est de Frais-Vallon à l’échangeur Florian devaient être réceptionnés ce jeudi. La Dirmed devait procéder à des tests tout le mois de juillet. En août, la même Dirmed devait tester son nouveau logiciel de gestion des autoroutes et le bataillon des marins-pompiers réaliser un nouvel exercice de sécurité grandeur nature. L’inauguration et la mise en service étaient donc projetées à un dimanche de septembre.

Mise en service progressive

“La mise en service sera progressive tant que nous n’aurons pas vérifié la façon dont le flux de circulation s’écoule de l’A50 vers la L2”, précise le préfet. Pour l’heure, les projections de trafic font état de 700 véhicules par heure. Mais il ne faudrait pas qu’ils s’engouffrent à l’Est pour aller buter dans le chantier du Nord.

Modalité de mise en service depuis l'A50. source : préfecture.
Modalité de mise en service depuis l’A50. source : préfecture.

L’ensemble des bretelles d’accès local seront ouvertes mais pas le tunnel qui permet d’accéder directement à la L2 depuis l’autoroute d’Aubagne. “Le but est d’inciter les automobilistes en transit à continuer sur l’itinéraire habituel par les tunnels à péage.” En clair, aucun panneau n’indiquera qu’il existe un nouvel itinéraire pour rejoindre le Nord. Seule la bretelle de La Pomme permettra de rejoindre la rocade.

De la même façon, la vitesse restera limitée à 70 km/h, peut-être de manière permanente. “C’est le cas sur le périphérique parisien et cela circule parfois mieux qu’à 80 ou 90 km/h”. Si on y ajoute la voie réservée aux transports en commun en site propre, la rocade s’éloigne un peu de l’autoroute pour s’affirmer plus urbaine.

L’histoire ne dit pas si les réserves émises et les travaux pour les lever font glisser tout le calendrier ou si certaines étapes pourront être menées de front. Sourire figée, mâchoire serrée, Inouk Moncorgé assure qu’il a bien “pris acte de la décision” et qu’il attend “la notification de la part de l’État des motivations l’ayant conduit à cette décision. Dès notification, nous mobiliserons nos ressources en priorité sur ces points”.

“Stupeur et étonnement”

Le maire de Marseille qui appelait à une mise en service rapide de l’ouvrage dès cet été a désormais une bonne raison de patienter. Surtout quand le préfet met en avant sa qualité d'”homme” pour justifier sa décision de ne pas envoyer les automobilistes sur une rocade qui ne respecterait pas les mesures de sécurité.

L’adjointe au maire et vice-présidente de la métropole, Arlette Fructus, dit “son étonnement et sa stupeur”. “Nous comprenons votre position, monsieur le préfet, mais au nom du maire et du président de la métropole, je veux redire sa volonté de voir ouvrir le plus rapidement possible la L2 Est”, formule l’adjointe en charge notamment de la rénovation urbaine.

Car il y a dans la décision du jour, un arrière-fond politique. Pour la première fois depuis le lancement du partenariat public-privé, le préfet a l’occasion de montrer que le signataire du contrat, L’État, sait se montrer ferme avec son partenaire privé. Et ce n’est pas un hasard si le préfet se décide à communiquer au cours de ce comité de suivi des engagements de l’État où sont notamment conviés les associations de riverains et les élus locaux.

Mesure de la qualité de l’air et protections phoniques

Un autre indice de ce signal. Le préfet annonce également un suivi plus serré des problèmes acoustiques et de pollution de l’air. Air Paca effectuera des contrôles “à l’entrée et à la sortie des tunnels” dès la mise en service de la partie Est. Quant aux protections acoustiques, elles seront également renforcées notamment au niveau de la tranchée de la Fourragère où la Ville va étudier la possibilité de réaliser des remblais en face des protections phoniques du collège Germaine-Tillion. Ces deux points font partie des points de revendications des riverains depuis quelques lustres. Et le préfet s’y fait sensible quand il évoque “la mise en service des systèmes de ventilation dans les tunnels dès que les normes seront dépassées”. Rien d’extraordinaire en soi, mais un signal que relève aussitôt l’élue municipale.

Arlette Fructus en rajoute une petite couche en se réjouissant de voir la société de BTP “mieux informer l’ensemble des habitants là où il y avait un déficit de communication sur les problèmes d’acoustique et de pollution de l’air notamment. Ils subissent déjà les désagréments des chantiers de rénovation urbaine. Il faut qu’ils puissent avoir une information réelle et non anxiogène sur les mesures contre le bruit.” Là encore, Inouk Moncorgé reste de marbre.

Coup de pouce financier

La seule cerise sucrée sur ce gâteau amer consiste en un coup de pouce financier de l’ensemble des cofinanceurs de la rocade L2 pour améliorer son insertion dans les quartiers traversés de Frais-Vallon aux Arnavaux. Encore dernièrement, les habitants de Picon ont bloqué le rond-point de Sainte-Marthe pour dire leur ras-le-bol des travaux de rénovation et de réalisation de la rocade. “Nous n’avons pas oublié la L2 Nord”, insiste le Préfet. Ce sont 17 millions supplémentaires qui vont être apportés par les cofinanceurs.” Sur ce montant, la Ville met 9,4 millions d’euros “moins les 2,7 millions que nous a déjà coûté le déménagement de l’école Busserine”, précise Arlette Fructus. Entre autres projets, cette somme permettra de financer le déplacement d’une crèche aux Oliviers ou de réaliser la plaine ludo-sportive de Picon-Busserine. Est-ce à dire que ces équipements n’étaient pas encore financés ? “Maintenant, c’est acté”, glisse Arlette Fructus à la sortie de la préfecture.

Bras-de-fer sur la rocade L2 : stop a l'Est et "encore un effort" au Nord 1
Car le bras-de-fer compte plusieurs mains sur la partie nord de la rocade, de Frais-Vallon aux Arnavaux. Là encore, les co-financeurs (région, département et métropole) insistaient de concert pour voir mieux pris en compte l’insertion de l’autoroute urbaine dans les quartiers traversés. Via la métropole, la Ville insistait pour que l’État se fasse plus exigeant. Et, en de nombreux points, la Ville traînait des pieds pour annoncer les travaux d’accompagnement attendus tout au long du tracé. L’épisode des talus sous le Merlan en avait été l’illustration. Le dévoiement du tuyau d’adduction d’eau de Saint-Marthe en est une autre incarnation. Au final, le préfet annonce encore aujourd’hui que la SRL2 devra payer le quasi million de travaux pour faire passer par la Busserine ce tuyau d’eau qui passe aujourd’hui le long de l’avenue Salvador-Allende. Il ne pourra résister au poids du talus que la SRL2 doit installer au-dessus. Ils devront donc payer son nouveau tracé. “Je sais qu’il n’est pas d’accord mais nous leur avons signifié ceci par courrier”, glisse le préfet. Le sourire crispé d’Inouk Moncorgé souligne l’angle du bras tordu.

Ci-dessous, la réaction de Jean-Claude Gaudin : 

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Benoît Gilles
Journaliste
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Commentaires

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  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Rappelons à Arlette Fructus, qui répète sans nuance la “volonté” de son patron de”voir ouvrir le plus rapidement possible la L2 Est”, que celui-ci a su être patient, voire totalement assoupi, en d’autres temps.

    Entre les deux tours des élections municipales de 2008 – je sais, c’est ancien, tout le monde a oublié, même elle -, Gaudin avait exhibé une lettre fort opportune de soutien de son ami Sarkozy, alors Président de la République, où l’on pouvait lire ceci : “Le projet de périphérique de Marseille, enlisé depuis des années, a été relancé en 2006. L’Etat a mis en place les crédits budgétaires et il tiendra tous ses engagements pour que cette voie soit enfin réalisée dans les meilleurs délais.” (https://marseilleunautreregard.files.wordpress.com/2008/03/lettre-sarkozy-1.pdf)

    Fort de cette promesse, qu’a fait Gaudin après avoir été réélu à l’époque ? Ce qu’il sait le mieux faire : rien. Une petite décennie plus tard, il est donc particulièrement bien placé pour exiger quoi que ce soit en ce qui concerne cette liaison routière, qui n’a été construite ni grâce à son (in)action, ni grâce à celle de Sarkozy. On le sait, les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent.

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  2. Regard Neutre Regard Neutre

    Benoît Gilles, le 1er doucement joint au présent article n’est pas en lien avec le sujet…

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    • Clémentine Vaysse Clémentine Vaysse

      Bonjour,

      Oups effectivement, nous corrigeons cela au plus vite. Merci du signalement !

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  3. LePalmipede LePalmipede

    en dehors de tout commentaire politique, je reste pantois sur la technique…des images qui mettent 30 secondes pour arriver au Pc sécurité….ce sont des performances dignes des années 80…peut-être sont-elles encore en noir et blanc avec la voix off d’Yves Mourousi.
    A l’heure des live en direct des stations spatiales, c’est à se demander si c’est pas la Corée du Nord qui nous a revendu le matos sur le bon coin.

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  4. Renardsauvage Renardsauvage

    Le Préfet assume totalement son rôle. Il devrait l’être plus souvent. Si l’ouvrage n’est pas en conformité, des réserves doivent impérativement être émises. La sécurité est un paramètre incontournable. Les élus petits ou plus grands n’ont rien à dire. Marseille est en train de crever , je le répète CREVER et il est temps que certains, pas à leur place ferment leur clapet.

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  5. LaPlaine _ LaPlaine _

    Au-delà de la “grotesquerie” politique du maire (cf le petit rappel d’électeur du 8eme), il serait de bon ton que, d’un manière générale, la ville où la métropole (bonnet blanc et blanc bonnet) soient aussi rigoureuses dans le contrôle de la conformité et la qualité des travaux dont ils ont la maîtrise (réalisés par leurs personnels ou des tiers).

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