Renfort dans les écoles marseillaises : la mobilisation générale fait flop

Actualité
le 25 Nov 2020
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La Ville a lancé un appel à la mobilisation générale de ses agents pour venir en aide au personnel des écoles. Une initiative parfois vécue comme une véritable réquisition et qui peine a être entendue.

Sur les réseaux sociaux, par mail, par SMS, par téléphone, par une lettre de Michèle Rubirola elle-même… La mairie de Marseille appelle à la mobilisation générale de ses agents pour prêter main forte dans les écoles, contraintes de fermer leur cantine, ou de fermer tout court, faute de personnel en nombre suffisant. “Devenez volontaire pour maintenir les 470 écoles ouvertes, peut-on lire, en gage d’objectif commun, dans un mail envoyé à tous les services. Marseille a plus que jamais besoin de votre mobilisation solidaire. Nous comptons sur vous.” Face à un protocole sanitaire contraignant à appliquer dans des établissements où les agents sont déjà en sous-effectif et à la peine (lire notre article sur le blues des tatas), la Ville semble donc miser sur le dépassement de fonction.

Dans le cadre de cette campagne, la mairie a même envoyé à ses agents une courte vidéo. On y voit un agent mécanicien à la direction de la mer volontaire dans une école. “Je n’ai pas reçu de formation, ça s’est fait très rapidement, entame l’homme, à l’aise dans une cour de récréation. Ça se passe à merveille, le personnel est très content de moi et les enfants commencent à me connaître. C’est extraordinaire.” Un témoignage qui ne présente aucune ombre au tableau, mais semble très isolé, ou très éloigné de la réalité.

“Dans mon service, nous avons tous été mobilisés d’office”

Yves* travaille au service animation de la Ville. “Dans mon service, nous avons tous été mobilisés d’office, entame l’homme qui assure ne pas avoir eu le choix. Depuis septembre, je suis en renfort avec les tatas. On m’a prévenu un lundi matin que je devais être en maternelle cinq minutes plus tard !” De quoi changer brutalement un quotidien : d’ordinaire, Yves est animateur sportif. S’il a l’habitude des jeunes, il n’est pas forcément à l’aise quand ces derniers ont entre 3 à 6 ans.

“Je fais 1 mètre 90 pour 100 kilos, il y a eu des plaintes…, poursuit ce grand gaillard qui a visiblement pu effrayer les plus petits. Et puis certains personnels ne sont pas favorables à ce qu’un homme inconnu pénètre dans l’école.” Et Yves de citer le cas d’un autre collègue, qui “parce qu’il ne voulait pas faire le change ni le dodo”, s’est fait recevoir vertement par la directrice. “Changer un enfant de trois ans, pour un homme de cinquante ans qui n’a jamais fait ça, c’est compliqué. Et si un enfant pleure pendant la sieste, il faut savoir être près de lui, le rassurer”, s’inquiète l’animateur sportif.

“Peut-être qu’au début, cela a été mal expliqué”

Selon un syndicaliste, seuls 59 agents se seraient portés volontaire

Contacté, Pierre Huguet, l’adjoint à l’éducation, assure pourtant qu’aucun agent n’a été réquisitionné d’office. “Il y a peut-être des cas que je ne connais pas, des cas précis qui ont vécu cela comme une réquisition, mais, comme cela a été présenté par la maire, tout est fait sur la base du volontariat, promet l’élu. Mais peut-être qu’au début, cela n’a pas été bien expliqué.”  

Un défaut d’explication qui résiderait plutôt selon l’adjoint sur la nature des tâches demandées. “On ne vas pas demander des tâches de change ou de ménage à quelqu’un dont l’activité ne correspond pas au cadre de l’emploi. Simplement, il y a des fonctionnaires dont les services sont fermés, à qui on propose d’aller aider leur collègues avec un appel à la solidarité”.

Du côté des syndicats, on rejette pourtant ce terme de volontariat. Pour Yanis Darrieux, représentant de la FSU il est en fait déguisé. “On dit volontaire mais on dit aussi que si on n’y va pas on perd les notations”, précise le syndicaliste. Des notations qui permettent de bénéficier de primes. Selon ce dernier, une centaine d’agents des services d’animation de la mairie centrale et des mairies de secteurs auraient été mobilisés de la sorte, et ce dès octobre. Et seulement 59 agents qui ne dépendent pas de la direction de l’éducation et de la jeunesse se seraient portés volontaires. “C’est ridicule au prorata des effectifs manquants”, conclut-il.

“Parenthèse professionnelle”

Les renforts arrivent dans les écoles du jour au lendemain, sans information. Ça montre que la municipalité cherche des solutions mais sur le terrain, c’est vraiment pas top.”

Alexandra Nicaise, ATSEM

Concrètement, deux fiches de poste existent pour ces “renforts solidaires”. La première de ces fiches, que Marsactu a pu consulter, est celle “d’agent d’entretien des locaux scolaires”. Nettoyer les locaux, préparer et servir les repas, surveiller les enfants pendant les récréations font partie de ses missions. La seconde est destinée à un “agent d’accompagnement de l’enfant”. On y trouve l’accueil des enfants et des familles, la préparation, la prise en charge et le rangement des ateliers, la surveillance du temps de sieste ou encore l’aide au repas. Bref, presque un métier, celui d’agent spécialisé des écoles, ou ATSEM dans les maternelles.

“Les renforts arrivent dans les écoles du jour au lendemain, sans information, constate Alexandra Nicaise, ATSEM et syndiquée CFTC. Ça montre que la municipalité cherche des solutions mais sur le terrain, c’est vraiment pas top.” Si, dans sa communication, la mairie garantit la conservation des tickets restaurants et du salaire, elle précise bien qu’aucune formation ne sera délivrée. “Sur place, les agents volontaires seront guidés par le personnel en place. Ils ne leur sera pas demandé de prendre en charge des équipes lors de cette parenthèse professionnelle, mais de répondre simplement aux consignes”, peut-on lire dans le mail envoyé à la totalité de ses agents. Agents dont l’élan de solidarité ne semble pas vraiment avoir envahi les cours d’école.

“Dans les musées, c’est très compliqué”

“L’appel du directeur général des services pour ce renfort provisoire n’a pas eu le résultat escompté, estime Ludovic Bedrossian du syndicat CFE-CGC. C’est compliqué, c’est la première fois que je vois ça.” Parmi les personnels des services fermés pressés de contribuer à l’effort collectif, ceux des piscines ou encore des musées. “Dans les musées, c’est très compliqué, c’est du personnel en repositionnement”, glisse le syndicaliste. Du personnel qui vient souvent des écoles et ne souhaite visiblement pas y retourner.

“Imaginez quelqu’un qui a été reclassé en juillet pour des raisons de santé ou psychologiques et à qui l’on demande de retourner dans les écoles. Si c’est que quelques heures ça va, mais toute une journée…”, compatit Josselyne Cozzolino, représentante UNSA. Sans compter les changements d’horaires par rapport au poste d’origine. “On a dit à de gens vous ne pouvez plus travailler dans les écoles pour des raisons pathologiques et là, on veut les obliger à y retourner”, résume Yanis Darrieux. Il est peut-être plus difficile de faire reprendre le chemin de l’école à ceux qui en viennent qu’à ceux qui l’ont quitté il y a longtemps.

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Commentaires

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  1. pm2l pm2l

    Curieuse absence de FO dans les réactions syndicales. On note bien tout au long de l’article combien nos employés municipaux ont le sens du service public chevillé au corps ! Une évidence pour qui connaît Marseille et ses subtilités. Quant au personnel des musées “en repositionnement” (sic), la formule est jolie pour désigner la voie de garage destinée aux aveugles dans un royaume de borgnes. Pauvres musées ! Pauvres écoles ! Pauvres enfants !

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    • PAGNOL PAGNOL

      Pas de réaction de FO ,c’est en effet curieux….!!!
      Cela présage t’il d’un rapprochement avec la nouvelle municipalité?

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  2. Cyprien Vincent Cyprien Vincent

    Drôle de conclusion de Mr Darrieux puisqu’on parle bien de volontariat et en aucun cas “d’obligation”… Nous vivons une situation inédite et la mairie essai de trouver des solutions, c’est sur que les agents ne sont pas habitués.
    Les primes ne sont pas obligatoires, même si c’était le cas avec le Gaudinisme, et c’est bien pour récompenser les personnes volontaires!

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  3. Happy Happy

    Même circonspection qu’à la lecture du précédent article “le blues des tatas”… Je veux bien que, par principe et pour contrebalancer les discours ordinaires, on privilégie le point de vue des salariés et de leurs représentants, plutôt que celui de l’employeur… Et celui des usagers, parents et enfants ?
    Que des fonctionnaires municipaux, affectés aux musées, piscines ou animations périscolaires, soient payés sans activité à cause de la fermeture de leurs services, ce n’est pas choquant, ils ne sont pas responsables de la cessation d’activité… Mais qu’on leur demande alors de donner un coup de main temporaire à leurs collègues dans les écoles, où est le problème ? Absence de formation ? Dans une situation exceptionnelle, pour répondre à une crise, qui exige d’être parfaitement formé avant d’aider à un travail de soin et de surveillance, éventuellement de ménage ? Que quelques-uns aient un parcours qui les dissuade de retourner dans les écoles, peut-être, mais il ne faut pas généraliser quelques cas… L’argument de l’absence de formation des personnels appelés en renfort, utilisé aussi par les représentant-e-s des ATSEM, me laisse très dubitatif : où pensent-elles trouver des renforts déjà formés ? Dans leur propre intérêt, pour les soulager du surcroît de travail qu’elles dénoncent, ne vaut-il pas mieux accueillir et aider à se former sur le tas des gens qui sont par ailleurs des collègues ? OK, certains diront qu’il fallait embaucher et former beaucoup plus d’ATSEM, mais c’est une revendication à porter dans la durée, ça ne peut pas être la réponse à une situation de crise sanitaire, exigée d’une municipalité en place depuis quelques mois.
    En attendant, les grèves de cantine s’accumulent, une fois de plus… Les familles et les enfants se débrouillent… Et une grande partie des familles marseillaises est confortée dans son choix d’utiliser l’école privée pour éviter ces difficultés.

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  4. Minh Derien Minh Derien

    “Changer un enfant de trois ans, pour un homme de cinquante ans qui n’a jamais fait ça, c’est compliqué. Et si un enfant pleure pendant la sieste, il faut savoir être près de lui, le rassurer”, s’inquiète l’animateur sportif.
    A rapprocher de la saillie de DARCOS en 2008 qui exprimait sa conception de l’école maternelle : “«Est-ce qu’il est vraiment logique, alors que nous sommes si soucieux de la bonne utilisation des crédits délégués par l’Etat, que nous fassions passer des concours bac +5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches?»

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    • petisir petisir

      On parle d’ATSEM là, pas des enseignants

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  5. Brallaisse Brallaisse

    Oh , pôvre c’est que moi je travaille à la ville et que là je refais un appartement au blaqueu . peut pas tout faire .

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    • zebulon13 zebulon13

      Vous parlez d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre….

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  6. zebulon13 zebulon13

    Peu nombreux sont ceux qui ont envie d’aller aider des agents en grève (parce que un jour il y a trop de ceci et que le lendemain il n’y a pas assez de cela) un jour par semaine et qui sont à la solde du syndicat FO. Il n’y a pas que les tatas qui ont du boulot !!! Déjà, qu’elles se sortent les doigts d’où ils sont et arrêtent de tergiverser pour un oui ou pour un non.

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    • Zumbi Zumbi

      Record de misogynie et de mépris de classe battu. Vous devriez être contraint.e quelques mois à faire Atsem dans une école maternelle aux locaux et aux effectifs comme mes enfants en ont connus. On fera un bilan de votre dos, de vos nerfs et de votre compte en banque ; et on se demandera alors où vous aviez les doigts.

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  7. Tarama Tarama

    Les personnels des musées…
    Sans être méchant peut-être faudrait-il, pour la qualité d’accueil dans ces institutions, que certains personnels soient en longue maladie plutôt que recasés là. La culture mérite bien ça.

    Plus globalement, il y a tellement de problèmes de tous ordres à la Ville de Marseille ça laisse craindre qu’elle soit irréformable par la nouvelle municipalité.

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  8. Brallaisse Brallaisse

    Vous cumulez la mentalité, les habitudes, les us et coutumes , le poids des syndicats, le non sens des responsabilités . Tout ceci ajouté, font que cette ville ne peut pas s’en sortir. Cela est désolant mais c’est comme cela. Une cause perdue

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  9. 236 236

    Comme dit Pivot  «  c’est magnifique de défendre des causes perdues surtout quand elles le sont pas ». Un jour viendra…

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    • Brallaisse Brallaisse

      Montez à la Vierge , quelquefois cela fonctionne, mais résultat pas du tout garanti.

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  10. petitvelo petitvelo

    On a vu avec les TAP ce qu’un recrutement massif et peu différencié d’animateurs pouvait produire comme résultat: des problèmes pour les enfants. Alors, oui la plupart des gens peuvent changer des couches ou passer le balai comme ils l’ont probablement fait chez eux, au moins à une époque, à part peut-être quelques dinosaures machistes qui pourront bien apprendre ça en 15mn. Mais ça n’en fait pas des professionnels, sorti des agents animateurs qui apparaissent quand même bien qualifiés à la base. Le problème de base est bien celui de l’effectif en temps normal, et il ne faudrait pas trop “inciter” des agents qui n’ont pas le profil.
    En revanche, chapeaux à ceux qui se dévouent, qui méritent la reconnaissance de tous.

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  11. MPB MPB

    Le résultat d’un abandon de 25 ans par les équipes de Gaudin. Et des accommodements incestueux avec FO (Moscati ne pourra pas en témoigner) qui a tenu la main, et enfumé, les pauvres tatas pendant des lustres

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  12. Piou Piou

    En tant que fonctionnaire, cette infime portion d’agents volontaires m’interpelle… même s’il s’agit véritablement de réquisitions, nul n’est titulaire de son emploi, et quand on bosse pour le service public, on peut bien accepter d’aller filer un coup de main provisoire hors de son cadre d’emploi. Alors certes, je veux bien croire que certains ne soient pas à l’aise avec les enfants… mais a minima ceux qui ont eux-mêmes des enfants, ils sont bien assez qualifiés pour aller changer des couches, quitte à ce que dans la répartition des tâches, le coeur de métier d’ATSEM soit réservé aux ATSEM.

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