Renaud Muselier, médecin de campagne

Actualité
le 22 Jan 2021
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Très impliqué dans le débat sur la crise sanitaire, le président de région Renaud Muselier ne veut pas rentrer trop tôt en campagne. Mais il profite à plein de son exposition médiatique alors que la majorité présidentielle lui fait des appels du pied.

Renaud Muselier lors de ses vœux à la presse. (Photo région Sud/ R. Cintas Flores)

Renaud Muselier lors de ses vœux à la presse. (Photo région Sud/ R. Cintas Flores)

Il est partout. De matinales en interviews dans la presse écrite en passant par la vaccination face caméras dans sa propre clinique, Renaud Muselier, président Les Républicains de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, pèse dans le débat actuel. Comme Christian Estrosi avant lui, il pratique la communication régionale tous azimuts et le lobbying personnel mais la conjoncture lui est aussi favorable. Les régions ont pesé et ont été mobilisées depuis le début de la crise sanitaire, il est le président de l’Assemblée des régions de France. Médecin, il peut revendiquer une expertise, qu’il adosse volontiers aux discours du professeur Raoult. “Avec la multiplication de ses interventions dans les médias, son image change en bien dans la bourgeoisie comme dans les quartiers”, veut croire une élue expérimentée de sa majorité.

Le mandat de Renaud Muselier aurait dû s’achever dans deux mois, il est prolongé sine die. La fin de celui-ci est suspendue au nouveau scrutin, attendu en juin mais soumis à l’évolution sanitaire, et là où il aurait dû en ce moment être en campagne, le président sortant occupe à plein son poste et ses avantages. Nul besoin de se découvrir trop vite. “J’estime que je pourrai annoncer ma candidature si j’ai été à la hauteur de la crise. Je le serai [candidat] si j’ai tenu la barre dans la tempête avec ceux qui m’ont aidé”, déclarait-il lors de ses vœux à la presse le 19 janvier.

Aucun candidat déclaré

Quand on l’interroge, le médecin note avec gourmandise que les concurrents ne se précipitent pas pour prendre son cabinet. “J’ai aucun candidat désigné en face de moi. S’il y a des candidats, je les entends pas beaucoup parler s’ils veulent prendre cette place”, sourit-il. En plein débat stratégique, la gauche semble en effet loin de désigner son champion ou sa championne… si elle s’entend. Au Rassemblement national, Thierry Mariani, ancien candidat UMP (l’ancêtre de LR) aux régionales de 2010 tient la corde et il n’a pas vraiment de concurrent en interne. À La République en marche, trois noms ont tourné : le coordinateur du renseignement Laurent Nuñez, la députée Brune Poirson et la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal. C’est cette dernière qui est désormais en passe d’y aller. Dans une interview le 6 janvier à The Meta News, média consacré au monde de la recherche, elle a confirmé être tentée : “Mon seul enjeu, c’est que PACA ne soit pas la première région qui vire RN. Je ne le supporterais pas. […] Je regarde ça de très près.”

C’est bien dans ce dernier camp que les incertitudes se concentrent. La majorité présidentielle pourrait-elle choisir de soutenir Renaud Muselier dès le premier tour ? Une partie a déjà les deux pieds dans la majorité régionale, notamment le Modem. Renaud Muselier relève d’ailleurs que “pas une voix ne [lui] a manqué” durant cinq ans de mandat.

Des tentations d’alliances LR-LREM

Le patron national de La République en marche Stanislas Guérini, cité par Le Monde, a lui choisi de “tendre la main” aux présidents sortants pour “un accord officiel”. S’il entend conserver sa majorité dans toutes ses composantes, Renaud Muselier ne dit pas oui trop vite. “Je suis LR”, insiste-t-il. Un de ses proches approfondit le raisonnement : “Il est normal que les familles politiques se retrouvent, LR avec l’UDI, localement avec le Modem, des gens qui sont dans la majorité régionale, des alliances historiquement compréhensibles. Mais est-ce logique de s’allier avec quelqu’un contre qui on va se présenter 10 mois plus tard à la présidentielle ?”. “Il pense que l’étiquette En Marche fait perdre, renchérit une élue de sa majorité. Et dès qu’il mettra deux marcheurs sur sa liste, il deviendra dans le discours de ses concurrents, comme Mariani, le candidat du gouvernement.”

Il est pourtant poussé dans son propre camp par son président délégué, Christian Estrosi. Le maire de Nice qui conduisait la liste en 2015 avant de céder la présidence de région deux ans plus tard a affirmé clairement dans Libération son envie de voir naître “un bloc central” qui associerait LR et LREM face au risque d’une victoire de l’extrême-droite. “Dans la région, le président de la République a reçu le soutien de Christian Estrosi mais aussi du maire de Toulon Hubert Falco. Ils vont pousser derrière Renaud Muselier que l’on aimerait bien voir dans l’équipe du président pour 2022”, note un soutien influent d’Emmanuel Macron.

À La République en marche, l’option est en discussion et a ses soutiens : un choix du cœur pour certains, une option de raison pour d’autres après l’échec des municipales, notamment à Marseille. “On est assez conscients que même si nous sommes aux affaires au niveau national nous avons quelques difficultés au niveau local. En revanche, on aura la capacité de faire gagner ou faire perdre. Si on y va seuls, il faut trouver une personne qui ait un vrai leadership. En fonction de nos chances, on fera nos choix”, assure la députée Anne-Laurence Petel, membre du bureau exécutif du parti. Son collègue Jean-Marc Zulesi, élu du nord de l’étang de Berre, plaide lui plus clairement pour une alliance : “Nous avons lancé le plan de relance avec les régions, il doit y avoir des représentants de la majorité présidentielle pour le déployer sur le terrain. Faut-il faire une liste commune de premier ou de deuxième tour ? À partir du moment où il y a des représentants de la majorité pour porter un projet ambitieux, je n’ai pas de préférence.”

Muselier “instrumentalise la crise”

Anne-Laurence Petel est moins enthousiaste à l’idée de s’associer avec le docteur Muselier. Elle souligne que le président de région continue de manier le chaud et le froid avec l’exécutif : “La cacophonie sur les vaccins me laisse perplexe quant à la capacité de discussion avec des personnes qui instrumentalisent la crise. Il faut revenir à de meilleurs sentiments quand on attend une aide électorale ou une collaboration fructueuse et arrêter de faire de la politique politicienne. Mais je vois aussi qu’Élisabeth Borne sera ici ce vendredi pour signer le plan d’investissement dans les compétences. Deux ans après les autres régions, je note que ça avance, doucement, mais ça avance.”

À la région, on refuse d’y voir un indice politique et on vante plutôt un dialogue apaisé avec la ministre, nommée en juillet au ministère du Travail et des garanties financières sur ce dossier de l’apprentissage. “Renaud Muselier peut dire du mal d’Olivier Veran et du bien de Jean Castex ou d’Élisabeth Borne, il est comme ça, il n’est pas dogmatique”, jure le proche déjà cité. On verra bientôt jusqu’où s’étend sa souplesse idéologique.

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Commentaires

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  1. raph2110 raph2110

    Sa souplesse idéologique mais pas que… Une capacité indéniable pour gruger dans un but unique celui de servir ses intérêts personnels, politiques, commerciaux. Tous les moyens sont bons ! Petit rappel : il n’est aujourd’hui Président que parce que Christian Estrosi lui a cédé son fauteuil. Il a aussi raté la présidence de la Métropole et il s’est entouré de personnes capables de louer des taudis. Je pourrais aussi évoqué les manœuvres utilisées pour apporter son soutien à la candidature d’un proche à la SEM. Je ne parlerai pas de sa Présidence un temps sur Euromed… et de ses affaires privées.
    La liste serait trop longue, j’ai juste envie qu’on puisse définitivement tourner la page avec ces élus pour qui la politique n’est pas de servir mais plutôt de se servir.

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  2. gastor13 gastor13

    La campagne est déjà lancée par la plupart des partis, avec le programme habituel : lutter contre le RN. A quel moment les candidats tiendront-ils un discours tourné vers les préoccupations des électeurs ? A force de jouer avec le feu, un jour ils finiront par se cramer…

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    • BRASILIA8 BRASILIA8

      Il oublie que lorsque son mentor J.C. Gaudin était président la Région, faute de majorité, il faisait voter le budget avec l’aide du FN devenu RN

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    • Jacques89 Jacques89

      Faut juste espérer que les électeurs ne vont pas se précipiter pour faire barrage et renforcer ainsi la légitimité du vainqueur « par défaut ». Avec 30% de participation ça sent déjà le roussi (les mobilisations dans la rue en font la démonstration).

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    • Regard Regard

      Brasilia8. Je n’ai pas l’impression que Jean Claude GAUDIN soit son mentor …….

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  3. jean-michel vola jean-michel vola

    Il s’est trompé avec son ami Raoult, il parle avec des arrières pensées complotistes, il place son bras droit au canal de Provence, son envergure est limitée………….il a essayé de contourner l’Etat sur l’achat des vaccins sans comprendre que cela se passait au niveau de l’Europe, et a été renvoyé dans ses buts par les Sociétés Pharmaceutiques. Du bruit pour pas grand choses d’efficace………

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  4. Manipulite Manipulite

    Les coups politiques ne font pas une Politique. Le tout, largement financé par le pléthorique budget communication du conseil régional Paca. Cela permet d’acheter des pages dans la presse au prétexte de soutenir l’économie, la politique du canon à neige, les communes… Clientélisme, népotisme en interne cités par le dernier rapport de la Chambre régionale des comptes PACA.
    Tiens à propos de budget, il n’a pas encore présenté le budget 2021 habituellement voté en décembre pour l’année suivante.
    Mais il est bien aidé par ses adversaires absents ou trop bêtes.
    Reste son ami Thierry Mariani avec lequel il va jouer à Pipo et Mario et qui va être un utile adversaire de circonstance. Les dernières délibérations du conseil régional ont déjà montré que la course derrière le FN a commencé.
    “Fils de Paca” proclamaient les affiches de cet héritier de clinique et investisseur à l’île Maurice dont il a pris la nationalité et qui n’a jamais été élu sur son nom.
    Merci le switch ( Rubirolien avant l’heure) avec Estrosi lui même arrivé grâce à la gauche.
    La mise en scène vaccinale avec la blouse alors que les doses manquent est révélatrice du personnage. Confondre la campagne vaccinale avec la campagne électorale…

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    • Regard Regard

      Élu Conseiller général en 1992,
      Elu Député en 1993, 1997, 2002, 2008
      Au scrutin uninominal !! Dire qu’il n’a jamais été élu sur son nom est erroné

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  5. Brallaisse Brallaisse

    Ouin Ouin est de retour.

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  6. BRASILIA8 BRASILIA8

    Regard Mr Muselier a été premier adjoint et successeur présumé pendant longtemps mais comme J.C. n’était pas décidé à lui laisser la place il a fait sa crise d’adolescence et s’est “révolté”

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    • Regard Regard

      Exact. Cela n’en fait donc pas son mentor ….!!!!

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  7. Sentenzza Sentenzza

    Regard,oui il a été elu plusieurs fois,mais rarement juste sur son nom, l habitué des tickets gagnants ,Bruno Gilles labourer et semer et tonton Muselier récolter ,Estrosi labourer et semer,et devinez la suite?

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