Un projet d’hôtel 5 étoiles verra bien le jour à la villa Valmer

Info Marsactu
Benoît Gilles
8 Nov 2017 17

Porté par le cabinet 331 Corniche, l'hôtel de grand luxe prévoit 31 chambres avec piscines et accès privatif à la mer. Située en bordure d'un parc aujourd'hui public, la privatisation de la villa a fait l'objet d'une polémique au moment de l'appel à projets municipal. Les éléments présentés par les lauréats ne rassurent les opposants.

Couverture de l'avant-projet sommaire du projet du cabinet 331 Corniche.

Il y aura bien un hôtel cinq étoiles à la villa Valmer. Selon nos informations, au terme de l'appel à projets clôturé en février dernier, la Ville a retenu la candidature du cabinet d'architectes voisin 331 Corniche architectes, géré par Vincent D'Ortoli et Philippe Puvieux. Ce projet de "valorisation et reconversion de la Villa Valmer" prévoit de construire 31 chambres situées à la fois dans l'ancienne bastide du XIXe et dans le bâtiment moderne attenant. "Un bar et un restaurant gastronomique de 60 couverts seront créés au rez-de-chaussée de la villa", peut-on lire dans l'avant-projet sommaire dont Marsactu a pu avoir connaissance. La table sera tenue par Jean-Marc Banzo, ancien chef étoilé du Clos de la Violette à Aix, où 331 Corniche architectes est intervenu. "Je suis effectivement partie prenante du projet, confirme l'intéressé, aujourd'hui consultant international. J'ai une idée précise de ce que je veux y faire mais c'est trop tôt pour en parler."
Actualisation le 6 avril 2018 : après avoir été retirée lors de la séance de février, l'attribution de l'appel à projet sera soumise au vote du conseil municipal le 9 avril. Si la délibération ne mentionne ni le montant ni la durée du contrat, il devrait tourner autour de 60 ans.

"Il reste de jolies choses"

Les architectes du projet se font eux plus diserts. "Nous travaillons avec le promoteur Pierre Mozziconacci pour qui nous avons déjà transformé l'ancienne clinique Merlin à Saint-Barnabé, explique Vincent D'Ortoli. Nous prévoyons 15 millions d'euros de travaux pour conforter cette magnifique villa qui a malheureusement été laissée à l'abandon. Elle est très abîmée du fait de sondages qui ont laissé des trous importants. Heureusement, il reste de jolies choses." Suffisamment pour y attirer la clientèle d'un cinq étoiles dans un nombre réduit de chambres, relevant forcément d'une offre d'exception.[caption id="attachment_173337" align="aligncenter" width="640"] Une des images de l'annexe de la Villa, entièrement reprise par les architectes D'Ortoli et Puvieux.[/caption]Dans l'avant-projet présenté au jury de sélection en février dernier, les architectes prévoient d'assortir les 26 chambres du bâtiment central de "services tournés vers le concept holistique". Parmi ceux-ci, une piscine attenante à la villa et une autre en sous-sol permettra d'accueillir une autre piscine et un spa. Un parking de 15 places sera réalisé sous l'actuelle cour du bâtiment qui accueille depuis plusieurs années diverses organisations internationales, locataires précaires de la villa.

"Petite crique privée"

Parmi ces autres services relevant du "concept holistique", on trouve un accès privatif à la mer : "L'hôtel bénéficiera d'une petite crique privée à 80 mètres de l'hôtel, sous la corniche, avec accès piétons ou véhicules électriques. Un mouillage pour un bateau de promenade permettra d'embarquer des clients pour une navigation dans la rade de Marseille", peut-on encore lire dans le document tombé sous les yeux de Marsactu.[caption id="attachment_173342" align="aligncenter" width="640"] Limite entre projet privé et parc public. Capture de l'avant-projet sommaire de la Villa Valmer. Image : agence 331 Corniche.[/caption]Or, cet accès à la mer pose le problème des limites entre l'espace public et privé qui avait fait polémique au moment où l'avant-projet avait été révélé par La Provence. D'abord parce que l'accès à la mer relève de la loi Littoral et donc d'une autorisation accordée par la direction départementale des territoires et de la mer, donc de l'État, plus tatillon que la Ville dans la délivrance d'accès privatif à la mer.D'autre part, la fameuse crique aujourd'hui barrée par un grillage est située juste en face d'un petit jardin d'enfants situé en creux de vallon. "Nous ne toucherons pas à ce square, promet encore l'architecte. L'accès à la mer ne remet pas en cause la partie publique du jardin. C'est d'ailleurs une des contraintes fortes imposées par la Ville et nous nous y sommes tenus."

L'hypothèse d'un "pavillon Jean Nouvel"

La présence sur un des plans d'un pavillon dessiné par Jean Nouvel n'est donc qu'une proposition relevant de "l'évènementiel". "Le promoteur s'est porté acquéreur d'un pavillon dessiné par Jean Nouvel et exposé à la Serpentine Galery dans les jardins du château de Kensington à Londres, reprend Vincent D'Ortoli. L'idée est de dynamiser ce parc qui est un peu plan-plan en proposant une exposition d'art contemporain. Mais, encore une fois, ce n'est qu'une hypothèse."[caption id="attachment_173338" align="aligncenter" width="640"] En annexe, une hypothèse "évènementielle". Image : 331 Corniche. Capture de l'avant-projet sommaire.[/caption]Celle-ci repose forcément la question de l'accès au parc public qui borde aujourd'hui la Villa Valmer. L'appel à projets de la Ville dessinait une limite précise qui est reprise telle quelle dans le projet d'hôtel. Sur les images d'architectes, la voie goudronnée qui monte à la villa présente un portail ouvert mais le sentier qui coupe aujourd'hui la partie haute du jardin est supprimé, remplacé par de la végétation.[caption id="attachment_173343" align="aligncenter" width="640"] L'entrée de l'hôtel et la clôture végétalisée. Capture de l'avant-projet sommaire. Image : agence 331 Corniche.[/caption]"Encore une fois, il ne s'agit pas de limiter l'accès au parc, indique-t-on à la Ville. C'est ce que nous avions indiqué dès le début et c'est ce que ce projet permet." Un principe repris par Vincent D'Ortoli qui affirme que cette limite sera marquée par "une clôture végétalisée". "Les mariés pourront toujours venir faire leur photo face à la rade et pourront même venir boire un verre ensuite", ajoute-t-il.

"Une mascarade !"

Une position qui ne convainc pas l'élu écologiste des 6e et 8e arrondissements, Hervé Menchon à l'origine d'une pétition avec le collectif Les Sentinelles pour réclamer le maintien du caractère public du parc. Devant les éléments du projet que nous avons pu lui soumettre, il dénonce "une mascarade". "Ce projet est exactement celui que présentait [l'adjointe au tourisme] Dominique Vlasto. Cela donne l'impression que les dés étaient pipés d'avance. Comme prévu, la partie privée sera séparée de la partie publique et l'accès s'en trouvera forcément limité. Enfin, en ce qui concerne l'accès à la mer, il n'était pas inscrit dans l'offre initiale et je ne suis pas sûr que tous les candidats aient pu l'intégrer à leur projet".Il compte donc saisir le maire de Marseille dès son retour de Miami pour lui demander de rendre publique l'intégralité des projets présentés devant le jury municipal. "Nous retrouvons dans cette histoire la vision qui domine à Marseille. Comme à la Corderie, on sacrifie le patrimoine au profit de projets privés et on privilégie une clientèle sélect au détriment des Marseillais." Reste à savoir si fort de ses 13 000 signatures, la pétition de novembre 2016 débouchera sur un nouveau point de fixation de la mobilisation citoyenne.

Vous devez être vous-même abonné pour écrire un commentaire sur un article réservé aux abonnés.

Ajouter un commentaire

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire