Prison ferme pour “les instigateurs” de l’affaire de la Commanderie

Reportage
le 23 Mar 2021
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Après les premières condamnations de simples supporters mêlés aux incidents de la Commanderie, fin janvier dernier, ce sont les supposés organisateurs qui avaient rendez-vous au tribunal. La justice a condamné la majeure partie d'entre eux à de la prison ferme.

Sur les six prévenus, quatre sont condamnés, dont trois à de la prison ferme. Dessin : Ben8.

Sur les six prévenus, quatre sont condamnés, dont trois à de la prison ferme. Dessin : Ben8.

L’affaire de la Commanderie arrive enfin à son terme. Dès la première audience, lors de la comparution immédiate des premiers prévenus en février, le procureur André Ribes l’avait annoncé : il y avait une enquête en cours. La justice était à la recherche des organisateurs de cette manifestation devant le siège de l’OM qui s’était soldé le 30 janvier par des violences et des dégradations, entraînant le report du match OM/Rennes. Les images avaient fait le tour du monde footballistique. Des supporteurs s’en prenaient à leur club de cœur, aux vedettes mêmes de celui-ci.

Depuis les premiers prévenus – ceux qui ne couraient pas assez vite – ont été condamnés, pour la plupart à de la prison avec sursis. C’est désormais à la tête de l’édifice que s’intéresse la justice. Après perquisitions et auditions, plusieurs dirigeants de clubs de supporters comparaissaient devant le tribunal correctionnel pour les mêmes faits : “participation à un groupement formé en vue de préparation de violences contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens”. La plupart d’entre eux ont été condamnés à de la prison ferme.

Prison ferme pour les responsables de clubs

La présidente du tribunal suit de près les réquisitions d’André Ribes. Neuf mois de prison avec sursis dont quatre ferme pour Rachid Zeroual, vice-président des South Winners, qui, affaibli par un cancer, se déplace avec des béquilles. Même peine pour le taiseux Christophe Bourguignon, le fondateur du Commando ultra 84 qui occupe le bas du virage Sud. Il porte sur la nuque le nom de son groupe en lettres gothiques. Christophe C. est moins connu mais il a été l’un des capos du groupe. L’homme connu sous le nom de “Cano” est relaxé. Quant à Hamza B., sa silhouette frêle ne cadre pas avec le rôle de meneur d’hommes mais il incarne la relève de ce mouvement ultra qui a une nouvelle fois rendez-vous avec la justice. Il prend dix mois avec sursis.

Hamza B, nouveau capo des south winners au côté de Rachide Zeroual, soutenu par son avocat. Dessin : Ben8.

Le trésorier des Marseille trop puissant Mehdi Djelti est le plus lourdement condamné avec un an de prison ferme, une peine supérieure aux réquisitions. À la prévention initiale s’ajoutent des dégradations, violences avec arme et le port de fumigènes. L’homme reconnaît à la barre en avoir distribué autour de lui et avoir lancé l’un d’eux dans la guérite des agents de sécurité, l’un des biens dont l’OM déplore la dégradation pour un préjudice global évalué à 97 000 euros.

Le relaxé, lutteur de MMA

Enfin, il y a dans cette histoire, le prévenu qui semble n’être là que pour faire contraste. Sofiane Belaïd a la carrure du combattant de MMA qu’il est – “je suis sponsorisé”, se félicite-t-il devant le tribunal. En revanche, il n’a pas celle d’endosser une responsabilité qui n’est pas la sienne. Pas fan de foot pour deux sous, il était là pour suivre des amis et a fait demi-tour dès les premiers tirs de fumi. “Les enquêteurs se sont trompés”, reconnaît André Ribes, lors des réquisitions où il demande la relaxe.

Tous regrettent à la barre les exactions commises mais aucun d’eux n’a quitté la scène de la Commanderie envahie. “Et pourtant ils avaient le temps, fulmine le procureur. Tout ceci a duré 38 minutes.”

Peu de preuves contre les instigateurs de “la grosse action”

Pour ce qui est de l’organisation qui vaut aux prévenus de se voir condamner de quatre mois prison ferme pour Bourguignon et Zeroual, elle n’est que peu démontrée par l’enquête que la présidente rappelle à la barre. Il y a ces contacts réguliers entre les deux intéressés “à huit reprises, vous appelez monsieur Bourguignon entre le 23 janvier et le 4 février”, rappelle-t-elle. Dix fois, il appelle Mehdi Djelti. Et Baggour, tous les jours. Et puis il y a cette fameuse réunion préalable où “la grosse action” annoncée aurait été fomentée. Interrogé à la barre, Christophe Bourguignon trouve “normale” cette réunion avec tous les groupes. Comme tous les prévenus depuis les débuts judiciaires de cette affaire qui remâchent le même élément de langage, il dit que c’était “une manifestation pacifique”.

Le fondateur des ultras arbore tatouages, crâne rasé et nez cassé. Dessin Ben8.

Les perquisitions n’ont pas donné grand chose. Au local des Ultras, les enquêteurs trouvent des ordinateurs, curieusement vidés de toutes leurs données. “Je ne m’occupe pas de l’informatique”, rétorque le président du club. Je n’ai même pas les codes, dira-t-il même en audition. Sa position de président ne lui donne guère de privilège : “Ce n’est que pour signer les papiers. Pour le reste on décide ensemble.”

Quand on questionne à son tour Rachid Zeroual sur sa position hiérarchique de vice-président des South Winners, il s’emporte :On me pose tout le temps cette question !” Il est repris de volée par la présidente qui le recadre plusieurs fois, l’empêche de finir ses phrases. Le leader des Winners, plusieurs fois condamnés pour des violences commises au stade, n’est pas loin de penser que cette manifestation qui a dégénéré est un complot ourdi par le club lui-même :

“Je les ai prévenus la veille qu’on allait venir. J’ai eu le responsable de la sécurité, je leur ai dit qu’on allait venir discuter. Je les ai appelés pour faire en sorte que ça se passe bien. Et quand on arrive, il y a un portail fermé et des stadiers. Les CRS ont disparu.”

Cette logique de nasse ne cadre pas avec les images qui montrent un cortège qui avance et d’emblée bombarde l’entrée du centre d’entraînement de fumigènes au point de faire monter “un mur de fumée”. Mis à part Mehdi D. que les images confondent dans son rôle actif, les autres leaders apparaissent puis disparaissent. Christophe Bourguignon et Rachid Zeroual sont en tête de cortège, immédiatement reconnaissables mais les caméras les perdent vite de vue. Eux affirment avoir quitté les lieux.

Hamza B. et Christophe C. iront au contact du staff et des joueurs. “C’est vous qui êtes là pour Mandanda Alvaro ?”, hasarde la présidente, avant de s’apercevoir de la fusion des deux noms. “Tout le monde va s’apercevoir que je n’y connais rien…” Les deux prévenus vont s’efforcer d’expliquer que malgré la véhémence de leurs gestes, ils tentaient de parlementer avec les autorités de l’OM pour éviter d’autres débordements.

“On me voit me retourner et faire des signes. Je m’interpose entre Vilas-Boas et les gars”, explique Christophe C. Hamza B. aura les mêmes mots de volonté d’apaisement, même s’il reconnaît : “Ke n’ai pas la carrure pour les convaincre…” “Vous savez, Napoléon était petit de taille et il savait se faire obéir”, rétorque le procureur. Il a contre lui son téléphone curieusement vidé de tout élément autour de ce jour du 30 janvier. À la barre, il ne saura pas l’expliquer.

La clémence retrouvée de l’OM

Au moment des plaidoiries des parties civiles, l’avocat de l’OM, Olivier Grimaldi se fait beaucoup moins violent que lors des audiences précédentes. “Nous sommes à Marseille, nous avons les supporters que nous avons, exprime-t-il. Et vous avez compris ce que représentent les 28 000 supporters des virages après avoir entendu le maire de Marseille et la présidente du département exprimer leur soutien après une simple mise en demeure de notre part.”

Le seul qu’il fustige, c’est le trésorier des MTP “qui donne 20 fumis et c’est inadmissible”. Mais il n’y voit qu’une responsabilité individuelle “sinon, il n’y aurait plus un MTP comme il n’y a plus un Yankee dans le stade”. Lui seul est vilipendé : “Il paiera chaque centime du préjudice, il ne reviendra jamais au stade Vélodrome” mais les MTP resteront au stade, assure-t-il. Finalement, l’avocat de l’OM n’en veut ni aux Ultras, ni aux Winners, “ni même à cet énervant Rachid Zeroual”.

“Dire que mon préjudice est dû aux Winners, je n’y arrive pas”, estime-t-il. Entre-temps, le club a changé de président. Le président honni Jacques-Henri Eyraud est parti. L’affable Pablo Longoria l’a remplacé. Une page est tournée et le club a toujours autant besoin de ses supporters et de leurs gentils organisateurs.

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Commentaires

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  1. Jacques89 Jacques89

    Il y en a qui perdent des agendas, d’autres des données informatiques… Apparemment, ceux-là n’ont pas les moyens de se payer les services de Jacqueline Laffont. Pour un préjudice de 92 000 euros elle aurait probablement fait des prouesses.

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  2. Happy Happy

    Bonjour Benoît, une question “métier” par curiosité : vous citez le nom de certains prévenus, d’autres sont anonymisés… Quelle règle vous donnez vous en la matière ?

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    • Latécoère Latécoère

      Je me suis posé la même question. D’autant plus que les protagonistes anonymisés sont assez facilement reconnaissables.

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    • Benoît Gilles Benoît Gilles

      Bonjour, la règle est un peu empirique mais nous essayons de nous y conformer. En l’occurrence, je considère que les présidents des groupes de supporters sont des personnalités publiques dont le nom est connu. Les anonymiser n’aurait donc pas de sens. C’est moins le cas des autres prévenus qui sont pour certains de parfaits inconnus même si je reconnais qu’en quelques clics, on peut retrouver leur identité complète.

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