Pour ses 20 ans, le carnaval de la Plaine brûle Gaudin dans l’allégresse

Reportage
le 11 Mar 2019
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Le carnaval indépendant de la Plaine avait lieu dimanche, pour la vingtième année, malgré un parcours modifié par le chantier de la place Jean-Jaurès. Chez les milliers de carnavaliers, de nombreux déguisements renvoyaient à l'actualité, entre gilets jaunes, murs de la Plaine, immeubles en péril et masques d'élus propriétaires de taudis.

Le caramentran à l'effigie de Jean-Claude Gaudin (Image LC)

Le caramentran à l'effigie de Jean-Claude Gaudin (Image LC)

Chaque année, le mystère est entretenu autour de la personnalité qui incarnera le caramentran, ce démon de l’hiver promis au bûcher. Mais il ne fallait pas être devin pour se douter que les organisateurs du carnaval de la Plaine cibleraient une fois de plus, et cette année plus que les autres, la municipalité et celui qui en est à la tête. C’est donc à nouveau un Jean-Claude Gaudin de papier mâché qu’ont découvert les très nombreux carnavaliers pour cette 20e édition.

Le maire était cette fois-ci caricaturé à la façon d’un monarque, perruque blanche et hermine, installé sur un trône, faucille à la main. À ses pieds, des livres pour figurer les « dossiers » litigieux avec inscrits sur la tranche « rue d’Aubagne », « la Plaine », « Noailles, « PPP », « écoles », « concertation »… Sur les côtés, et figurés en petits chiens, deux figures de l’équipe Gaudin, le chargé des grands projets Gérard Chenoz, et l’héritière Martine Vassal, présidente de la métropole et du département.

« Insensibilité envers la joie et l’apéro »

Il faut dire que cette année, les organisateurs, ce collectif de plus ou moins anonymes militants du quartiers, membres de l’Assemblée de la Plaine en ont, des choses à dire. Après plusieurs années à le redouter, le chantier de la Plaine a démarré à l’automne dans le fracas (voir notre dossier). Et dans la foulée, le drame de la rue d’Aubagne suivi des vagues de délogés, vus par certains ici comme conséquence d’une même politique urbanistique défaillante. À l’heure du traditionnel procès du caramentran, qui se tenait place Carli, la procureure du jour n’a pas eu beaucoup d’efforts à faire pour convaincre la foule toute acquise au réquisitoire.

Le tribunal, place Carli. (Image LC)

« Insensibilité envers la joie et l’apéro, et les manifestations quelles qu’elles soient », accuse la magistrate factice, qui revient à plusieurs reprises sur la déclaration Jean-Claude Gaudin le jour des effondrements, qui auraient été selon lui causés par la pluie. « Pensez-vous qu’actuellement une personne est assez conne pour croire que la pluie peut faire tomber un immeuble ? », lance-t-elle avant d’interroger l’avocat de la défense, « Votre client n’est-il pas une catastrophe naturelle a lui tout seul ? ». L’avocat, malhabile comme il se doit, ne trouve rien d’autre à répondre que : « C’est le seul maire qui ne vous impose rien, la seule devise de mon client c’est de s’en battre les flancs ». Le juge, évidemment partial, ne manque pas d’ajouter que « l’accusé a aggravé son cas en déclarant qu’il n’a aucun regret ! ».

Tensions autour du chantier

L’inévitable condamnation à mort prononcée au son des « Gaudin assassin ! », écho aux marches de la colère de la fin d’année dernière, la foule compacte démarre sa procession. Avec d’abord un passage obligé par la Plaine, où certains carnavaliers piétinent dans les tas de sables de chantier tandis que d’autres tentent de pénétrer l’enceinte du chantier. Un petit groupe tiendra un long moment un face-à-face avec des CRS appelés en renfort. L’immense majorité du cortège poursuit néanmoins son chemin.

Un carnavalier juché sur le mur du chantier de la Plaine (Image LC)

Gilets jaunes, immeubles et nuages

Parmi les costumes bariolés, impossible de ne pas noter la récurrence de thématiques d’actualité. On croise une équipe de gilets jaunes occupés dans des joutes avec des forces de l’ordre vêtues de rose. Mais aussi de nombreux immeubles, rénovateurs, des pans du mur de la Plaine, ainsi que … la pluie elle-même. Pourquoi ? « Parce que ce n’est pas moi, le maire jette la faute sur moi, mais je n’y suis pour rien ! », s’offusque cette dame coiffée d’un gros nuage duveteux prolongé de longs fils blancs. Une autre, une petite maison autour de la tête, porte un parapluie à la main « parce que c’est bien connu qu’à Marseille il pleut beaucoup ».

« Ce n’est pas ma faute » dit la pluie. (Image LC)

Parmi les masques répandus, il y a aussi ceux créés plus tôt dans la journée par le collectif du 5 novembre qui organisait l’élection de Mister élu indigne, avec atelier créatif pour découper son masque à l’effigie de Xavier Cachard, Thierry Santelli, Bernard Jacquier ou André Malrait.

Un carnavalier porte le masque de l’élu LR Thierry Santelli. (Image LC)

Jusqu’à 18 heures, la foule, plusieurs milliers de personnes, se répand tout autour du cours Julien, puis à Noailles, Belsunce, avant d’atteindre la porte d’Aix, « autre quartier sinistré par la politique de l’accusé », ainsi qu’indiqué par le juge fantoche. D’abord surpris, certains passants se mêlent aux carnavaliers, et des drapeaux de l’Algérie, utilisés pour une manifestation un peu plus tôt dans l’après-midi, viennent s’ajouter aux différentes couleurs du jour. La place ressemble peu à peu à un immense bal, rythmé de percussions ou de fanfares selon le coin.

Un pan du mur de la Plaine attaqué au marteau. (Image LC)

Extrêmement discrètes jusqu’ici, les forces de police dévient la circulation au carrefour voisin. En début de semaine, préfecture de police et direction départementale de la sûreté n’excluaient pas la possibilité de voir le carnaval se muer en manifestation violente et ingérable. Hormis les tensions au niveau du chantier, qui ont connu des répliques durant la nuit, et un arc de triomphe copieusement tagué, les slogans contestataires ont été hurlés dans l’allégresse et l’exubérance, mais sans heurts. Un peu avant le coucher du soleil, l’édile de papier prenait feu, entouré d’une farandole cathartique. Autour des flammes immenses, les carnavaliers à qui il restait encore de l’énergie appelaient de leurs chants le printemps.

Le caramentran en flammes entouré d’une farandole, porte d’Aix. (Image LC)

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Commentaires

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  1. Maltsec Maltsec

    Une description largement naïve et de parti pris. Le monôme des gamins , Apres avoir démonté le portail du chantier, dans un esprit de fête proche du Linchage pour les 5 personnes sur place a copieusement arrosé de bombes agricoles durant la soirée les personnes en charge de la sécurité du site. Rendons hommage aux forces de police qui ont contenu une foule grégaire sans casse. Ou était l’esprit De la fête ? Dans les drapeaux de la mouvance anarcho? Qu’auriez Vous dénoncé en cas d’incident avec les forces de l’ordre.

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  2. Rouillard Rouillard

    La Plaine entièrement vandalisée pendant la nuit, avec gros départs de feu, vitrines cassées, magasins éventrés et pillés, pourtour tagué. Bravo le carnaval, merci à la dialectique révolutionnaire de bistrot qui avait annoncé et justifie ça.

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  3. LaPlaine _ LaPlaine _

    Superbe carnaval plein d’empathie et de joie où les enfants sont parfois au bord des larmes tellement ils sont effrayés par l’atmosphère qui y règne. On en parle de l’intrusion illégale sur le chantier de la Plaine en cours d’après-midi accompagnée de vociférations et de provocations avec les FO et les vigiles? On en parle de la soirée « festive » qui a suivi sur la place avec toutes les dégradations de bâtiments privés (tags, vitrines)? Cet ersatz de carnaval n’est ni festif ni populaire ni familial c’est un rassemblement identitaire contre tous ceux qui souhaitent vivre dans une société apaisée et en premier lieu les habitants de la Plaine qui aspirent à bien autre chose que des beuveries sans fin et des slogans pseudo-révolutionnaires (le mur de Gaza… sans rire). Quelle complaisance ou lecture à sens unique vis à vis de cet événement qui ne serait pas admis ailleurs en France compte tenu des dégâts qu’il laisse dans son sillage. Non peut inviter Marsactu au carnaval de Dunkerque afin de réaliser ce qu’est un carnaval populaire.

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  4. Magnaval Magnaval

    Allégresse et exubérance, mais « un arc de triomphe copieusement tagué » . Maintenant, chez la presse complaisante ou naïve, vandaliser un monument historique, cela provoque de l’allégresse ?

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  5. Lisa Castelly Lisa Castelly

    Bonjour,
    la plupart des commentaires ici pointent les débordements bien réels et les violences qui ont eu lieu notamment dans la nuit. Nous les évoquons, certes brièvement, et il n’est nullement question de les nier, de les minimiser et nous y reviendrons. Il y a clairement eu, selon nos constatations, dès l’après-midi, un groupe de quelques dizaines de carnavaliers décidés à partir à l’affrontement.

    En revanche, pour des milliers de carnavaliers, le carnaval n’a été aucunement violent. L’immense majorité du cortège, particulièrement impressionnant, a poursuivi sa route après le passage sur la Plaine, et à l’arrivée à la porte d’Aix il n’y a pas eu de violences physiques, et aucun affrontement avec les forces de l’ordre, comme c’était à redouter.

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    • carole joseph carole joseph

      Je suis tout à fait d’accord, personnellement j’avais peur des affrontements lors de cet édition du Carnaval et j’ai été agréablement étonnée de ne voir aucun cars de CRS ni de police à l’horizon….présente du début du Carnaval jusqu’à la mise à feu du caramantran, je n’ai vécu que le coté festif, bon enfant et familial du carnaval. Comme quoi on ne vit pas les mêmes choses aux mêmes heures…j’ai une pensée pour les habitants de la Plaine qui n’ont rien demandé et qui ont vécu cette violence hier soir…dommage que le bel esprit carnavalesque de cette journée aura été gâché par une petite poignée d’excités. Et malheureusement, comme à chaque fois, c’est ce que va retenir la majorité des médias et des personnes qui n’étaient pas au Carnaval….

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  6. LaPlaine _ LaPlaine _

    Et qui dire de ces propos « le chantier a démarré dans le fracas… »? « un petit groupe tiendra un long moment un face-à-face avec des CRS… »? Les mots ont un sens. Le chantier a démarré dans les règles du BTP, comme c’est le cas aujourd’hui, il est relativement exemplaire. Un face-à-face avec des CRS, à l’intérieur du chantier pourquoi? n’est-ce pas illégal de pénétrer sur un chantier public?

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    • Zumbi Zumbi

      Je déteste les tagueurs de notre quartier, c’est une chose. Mais parler aujourd’hui à Marseille de « chantier dans les règles du BTP », il faut être inconscient, humoriste… ou complice.

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  7. barbapapa barbapapa

    Là ça part en vrille, reportage / ode aux toxicos, alcoolos et autres tagueurs

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  8. Regard Regard

    Pourriez vous confirmer que les organisateurs de ce. « Carnaval » ont bien déclaré en Préfecture cette manifestation, comme la loi l’impose?
    Ou faites vous l’impasse consciemment et légitimez ainsi le non respect des règles et des lois en vigueur ?

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  9. MarsKaa MarsKaa

    Ce carnaval a sa fonction, et s il derange c est parce qu il est libre. Aucun festivalier n est responsable de la mort de quelqu un. Ce n est pas le cas de l equipe municipale ni de ceux qui ont tiré sur une vieille dame qui fermait ses volets.
    Et c est tjrs les memes qui viennent faire des lecons… pour qu on detourne le regard , qu on ne regarde pas ce qu ils font.
    Le carnaval n etait pas un ramassis de soulards et de tagueurs dégénérés, c etait des hommes, des femmes, des jeunes, et des moins jeunes qui montraient de façon festive et creative leur colère. Encore fallait il y etre.
    Ne pointer que les débordements c est d un banal…
    Enfin, en tout cas Marsactu est lu par de plus en plus de personnes, et les articles dérangent : c est bon signe !

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  10. Blaah Blaah

    Qu’un carnaval dérape et c’est l’indignation générale mais quand des immeubles s’écroulent et font vraiment des morts, curieusement ces mêmes lecteurs avaient fête du chocolat. Certains ont une conception assez singulière de la notion de violence.

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    • Senac Senac

      En effet

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  11. Electeur du 8e Electeur du 8e

    L’exemplaire Yves Moraine a eu sur Twitter une réaction toute en retenue après ce carnaval. Il n’en a en effet retenu que les débordements : « Exemples de dégradations commises lors du soi-disant «Carnaval de La Plaine» manipulé par un ramassis d’activistes de l’ultra gauche qui pourrissent la vie des habitants. Au nom de ceux là, pour ceux là, nous ne lâcherons rien, le quartier c’est eux, Marseille c’est nous ! »

    Bref, à Marseille, ce qui va mal, c’est à cause de « l’ultra-gauche ». Par contre, la municipalité, elle, a la conscience parfaitement tranquille : « Marseille, c’est elle ». Sic…

    Mais on ne peut pas être déçu par un personnage qui fait profession de « défendre inlassablement le bilan de Jean-Claude Gaudin »… (https://pbs.twimg.com/media/DnCZ24vWsAAr27s.jpg:large)

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  12. elvin38 elvin38

    Et sinon, les dégradations, les destructions, les tags, vous en parlez???

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    • PromeneurIndigné PromeneurIndigné

      Vous évoquez sans doute l’habitat dégradé ? N’est-ce pas « une opportunité » pour certains élus investisseurs ?

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  13. patrick patrick

    j’espère que ce carnaval se tiendra tous les ans, il n’a pas à être sacrifié à cause d’une dizaine de tarés saccageurs. les réactions des politiques locaux et de la « nullissime-palité » elles sont aussi minables que celles des casseurs.

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  14. Maltsec Maltsec

    Le carnaval bien sûr, l’appel à la violence et le saccage rien à voir. Dimension contestataire heureusement, alibi pour une idéologie de terreur non merci. Ceux qui contestent les travaux en cours sur la place, travaux qui concernent entre autre la réfection des réseaux (eau, égout principalement mais aussi électricité et telecom) sont ils bien les mêmes qui contestent l’abandon du quartier voisin dont les pieds d’immeubles baignent dans l’eau en provenance des canalisations fuyardes. Soit vous êtes de grands irresponsables soit vous alimentez l’hypocrisie que vous prétendez dénoncer. Une ville populaire est celle ou les améliorations bénéficient à chacun (espace pacifié sans voiture) pas celle ou tous le monde subi la même médiocrité (saleté et saccages appréciés de quelques uns).

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  15. Tinmar Tinmar

    Le nom approprié, pour l’outil que tient le gaudin en paie mâché est plus faux que faucille (voir Google image).

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