Maryse Joissains : “Ils ont tous la trouille que Gaudin les prive de quelque chose”

Interview
Julien Vinzent_
6 Mar 2018 19

"Laissez-nous partir", "mafieux", demande de mise sous tutelle de la ville de Marseille... Depuis décembre, la maire d'Aix a relancé sa campagne contre la métropole et son président Jean-Claude Gaudin. Au lendemain d'un rendez-vous au ministère de l'Intérieur, elle a répondu aux questions de Marsactu.

Ils étaient six jeudi 1er mars dans le bureau de Jacqueline Gourault, autour de la maire d’Aix-en-Provence Maryse Joissains. Face à la ministre notamment chargée des collectivités au ministère de l’Intérieur, ces élus du pays d’Aix s’étaient “répartis les rôles” pour dire toutes leurs craintes, leurs critiques et leurs doléances à propos de la métropole Aix-Marseille Provence.

Depuis décembre et une séance houleuse au conseil métropolitain, Maryse Joissains a relancé sa campagne pour un “Aixit”, avec la création d’une métropole du pays d’Aix. Lors de ses vœux en janvier, elle a porté au niveau supérieur les attaques envers Marseille et sa gestion, affirmant qu’on ne pouvait pas l’obliger à se “marier avec des mafieux”. Dernière bombe, lâchée entre autres dans le Point, à quelques jours du rendez-vous avec Jacqueline Gourault : une demande de mise sous tutelle de la mairie de Marseille, renvoyant à un grand classique de l’histoire politique marseillaise, en 1938.

Dès janvier, Marsactu avait souhaité mener un entretien avec Maryse Joissains pour tenter de savoir quelle perspective politique cette nouvelle escalade verbale pouvait ouvrir. Après plusieurs reports, c’est finalement au lendemain de son rendez-vous avec Jacqueline Gourault que le créneau s’est débloqué. Entre temps, les termes du débat métropolitain s’étaient élargis, avec la confirmation par Emmanuel Macron, devant des députés de la majorité, de sa volonté de fusionner plusieurs métropoles, dont Aix-Marseille Provence, avec leur conseil départemental respectif (lire notre article).

Que reste-t-il de la volonté d’Aixit, dans ce nouveau chamboulement institutionnel qui s’annonce ? Au cours de notre entretien, Maryse Joissains ne cède pas un pouce de terrain, au nom d’une posture de “lanceuse d’alerte” qu’elle fait remonter à un combat mené en tant qu’avocate, dans l’affaire du sang contaminé. Au passage, en voulant décrire un conseil métropolitain pétrifié par le “pouvoir absolu” du président Jean-Claude Gaudin, elle assimile à plusieurs reprises la situation à celle du vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain. L’histoire ne dit pas si elle a porté la comparaison jusqu’au ministère de l’Intérieur…

Marsactu : vous attendiez depuis plusieurs semaines ce rendez-vous avec la ministre Jacqueline Gourault, qui a finalement eu lieu jeudi 1er mars. Qu’en retenez-vous ?

Maryse Joissains : Ça se sentait qu’elle connaissait bien le dossier, elle a posé des questions pertinentes. Attention, elle n’a pas pris d’engagements. Elle nous a écoutés avec perspicacité et intelligence, c’est déjà énorme. On lui a dit que nous allions ensuite voir le préfet. Pour nous ça n’en restera pas là, nous voulons que ça aille jusqu’au président de la République.

Mais quel débouché espérez-vous ?

Ce que l’on voudrait, c’est faire notre métropole et montrer qu’elle est attractive et peut fonctionner très bien dans le respect de l’argent public. Maintenant, si l’État ne veut pas aller jusque là, qu’il nous protège ! Moi je n’ai pas envie que les citoyens aixois un jour se trouvent à rembourser des dettes invraisemblables générées par des déficits de gestion incroyables. Lorsque Gérard Bramoullé [premier adjoint d’Aix délégué aux finances, ndlr] l’a pointé, au lieu de le remercier, on l’a sanctionné en lui enlevant tout pouvoir [sa vice-présidence de la métropole, ndlr].

Il ne s’est d’ailleurs pas trouvé grand monde pour protester et aucun vice-président n’a donné sa démission par solidarité…

Vous avez vu comment ça marche ? Ils ont tous la trouille que Gaudin les prive de quelque chose. On est dans une situation de pouvoir absolu. Ils ont peur, pas pour eux, mais pour leur commune. Un maire, perdu dans sa colline, qu’est-ce qu’il va faire, il va s’opposer à Gaudin ? Tout le monde s’incline et tout le monde s’inclinera jusqu’à ce qu’il y ait un scandale. Et puis vous avez des maires qui croient ce que Gaudin leur raconte, quand il leur dit à l’infini “je vous ai sauvés, sans moi vous ne seriez pas là, vous ne seriez pas représentés”. C’est faux ! La loi disait déjà qu’il fallait un représentant par commune. Il ne nous a rien apporté.

Jeudi dernier, les six élus qui vous accompagnaient étaient d’Aix ou du pays d’Aix. Où sont les autres ? N’êtes-vous pas isolée dans ce combat ?

Je ne me sens pas isolée du tout. Je suis ce qu’on appelle une lanceuse d’alerte. Je me rappelle quand j’ai commencé à me battre sur l’affaire du sang contaminé [en tant qu’avocate de victimes, ndlr] on n’était pas nombreux. Le gouvernement socialiste ne bougeait pas. Mais on a fini par gagner. Et là si je me remue autant, c’est que je pense qu’on finira par gagner.

“Nous on préfère Martine Vassal à Jean-Claude Gaudin”

La perspective politique qui semble s’ouvrir aujourd’hui, c’est plutôt celle de la fusion de la métropole et du département.

Alors là je peux vous dire une chose que j’ai entendu [jeudi] à Paris, ce ne sont pas des propos rapportés : le gouvernement n’obligera jamais le département à fusionner avec la métropole. Cela ne se fera que si Madame Vassal le veut. Le gouvernement, fort de ce qui s’est passé avec des fusions mal contrôlées, mal réussies, n’imposera plus rien, il suggère. Alors si Martine, pensant qu’elle va être patronne de la métropole, veut faire ce pari, elle peut le faire. Remarquez, nous on préfère Martine à Jean-Claude Gaudin…

Il n’empêche que les débats se tournent davantage autour de la fusion et de l’avenir du pays d’Arles que de la sortie d’Aix de la métropole ou de la mise sous tutelle de Marseille…

S’ils font l’économie de plus de 400 000 habitants qui n’ont pas envie de payer pour les autres, c’est énorme. Cela ne peut pas passer à l’as ! Le pays d’Arles ne représente même pas le tiers… Et puis à Salon par exemple ils ne disent rien mais ils n’en pensent pas moins. Vous savez, au moment des événements de 40, il n’y en a qu’un qui n’a pas voté les pleins pouvoirs à Pétain [en réalité 80 députés et sénateurs, ndlr]. Donc il y aura toujours des gens plus courageux que les autres et qui servent de lanceurs d’alerte. Nous voulons être ceux là et on ne s’arrêtera pas.

Est-ce que mettre Jean-Claude Gaudin et le maréchal Pétain dans la même phrase, cela ne détourne pas certains soutiens potentiels de votre combat ?

Non, non, je n’ai pas fait cet amalgame-là. Quand vous me dites “pourquoi ils font pas ci, ils font pas ça ?”, je vous réponds “pourquoi tout le monde a donné les pleins pouvoirs au maréchal Pétain ?”. Je veux dire qu’il y a des gens courageux et qui ont les moyens de leur courage. Maintenant si vous voulez que j’aille plus loin en rappelant que Jean-Claude Gaudin a été élu président de la région avec les voix du Front national et que cela ne l’a pas empêché quelques années après de faire élire [à la tête de la communauté urbaine, ndlr] Eugène Caselli (PS) contre Renaud Muselier (LR)… Il fait des grands écarts qui ne me sont plus sympathiques du tout. Moi je sauve ma peau, je sauve le pays d’Aix.

En décembre, le conseil municipal d’Aix a voté un recours contre la modernisation de la ligne ferroviaire Aix-Marseille, un des grands chantiers en matière de transports…

(nous coupant) Sauf que c’est un grand chantier qui va m’amener la pollution au centre même de la ville d’Aix. Je suis le dossier depuis des années, j’ai assisté à tous les comités de pilotage, il n’était pas question au départ de doubler voire de tripler la fréquence des trains avec des machines diesel. Je veux qu’on abandonne ce projet si on ne fait pas l’électrification.

On pourrait vous rétorquer que la pollution, ce sont surtout les voitures qui l’amènent à Aix…

Avant que les trains puissent remplacer la voiture, il va se passer du temps. En attendant, je ne veux pas qu’au cœur du quartier universitaire, rentrent des machines polluantes. Aix mérite les 150 millions d’euros supplémentaires que coûte l’électrification. On me dit non, eh bien moi je dis qu’on arrête le projet et qu’on le reprendra quand on aura les moyens de mettre 150 millions de plus.

La question, à travers ce chantier, c’est que les transports étaient un enjeu métropolitain partagé, consensuel. En bloquant celui-ci, vous ne donnez pas vraiment de gages de votre bon vouloir en la matière…

Mon bon vouloir à me laisser polluer ? La métropole je ne la voulais pas et je continue à ne pas la vouloir. Je n’ai pas à donner de gages. J’ai amené à la métropole un territoire sain, un territoire qui fonctionnait très bien.

Vous avez prochainement rendez-vous au tribunal correctionnel de Montpellier, où vous êtes renvoyée pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts. Alors que ce combat autour de la métropole est fortement axé autour de la question de la bonne gestion, quelle conséquence politique tireriez-vous d’une éventuelle condamnation ?

Je ne suis pas inquiète sur ce procès. (…) Il n’y aura pas de condamnation je vous rassure tout de suite. Si c’était le cas, c’est toute la justice de ce pays qui serait en cause. J’ai la faiblesse de croire que cela ne sera pas le cas des magistrats devant lesquels j’ai plaidé pendant 30 ans, ce serait trop grave.

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