À l'appel de leurs syndicats, les salariés de l'IFAC Provence, une des plus importantes associations d'éducation populaire notamment en charge des temps d'activités périscolaires, se rassemblent ce matin devant la mairie. En grève, ils dénoncent des conditions de travail "intolérables et inacceptables" et le départ de leur secrétaire général.

Surcharge de travail, intimidations et pressions sur les salariés, refus de promotions, nominations et mutations arbitraires, cloisonnement de salariés, mise à l’écart de représentants du personnel… La liste des reproches adressés à la direction de l’IFAC Provence est longue. Elle tient dans un tract signé par trois organisations syndicales (Snate-UNSA, FO, CFDT) qui appellent à la grève ce jeudi. En amont, elles avaient invité la presse pour présenter la situation. À entendre certains salariés, un climat de terreur règne dans l’association d’éducation populaire qui gère de nombreux centres d’animations ainsi que les temps d’activités péri-scolaires dans une centaine d’écoles marseillaises. « Tous les salariés en font les frais, déplore Monique, déléguée syndicale Force ouvrière. Il y a une réelle maltraitance, ça devient invivable. »

Un exemple parmi d’autres : après de multiples promesses de promotion, une employée a été rétrogradée de plusieurs échelons pour avoir alerté sa hiérarchie et les instances compétentes sur une situation dommageable. Laquelle était connue de la direction. Une autre s’est vue progressivement mise au placard pour avoir dénoncé les pratiques de la direction : retrait de dossiers, menaces d’enlèvement de son matériel… « Ce qui m’énerve le plus, c’est que malgré tout ça, les salariés impliqués continuent à faire le boulot, confie Marine*, une salariée. Ils sont mal payés, mal traités mais ils continuent. »

Des animateurs dans 108 écoles

« Certains n’en dorment plus la nuit, souligne Arno, représentant du personnel (Snate-Unsa). D’autres envisagent de partir parce que leur vie de couple en souffre. » En huit mois, un seul représentant du personnel affirme avoir reçu quarante-cinq interpellations de salariés en souffrance. « Tous n’osent pas se plaindre, de peur d’être mis au placard », explique une cadre qui souhaite rester anonyme. D’après les syndicats, les cadres et représentants du personnel seraient les cibles privilégiées de la direction. Ce qui explique sans doute que même les élus du personnel n’étaient pas tous présents lors de la rencontre avec la presse. Selon le secrétaire du comité d’entreprise (CE) Moda Diack, ils craignent des représailles de leur direction.

IFAC Provence, IFAC PACA

L’Institut de formation, d’animation et de conseil (IFAC) est une association créée en 1975 dans les Hauts-de-Seine à l’époque où Charles Pasqua présidait le conseil général.  Il s’agissait à l’époque de concurrencer les fédérations d’éducation populaire, réputées proches de la gauche. Son conseil d’administration compte encore aujourd’hui de nombreux élus Les Républicains. Lors de son implantation à Marseille en 1997, l’IFAC a fondé une association distincte baptisée IFAC Provence, destinée spécifiquement au secteur marseillais. En 2009, l’IFAC crée un établissement en son sein, baptisé IFAC PACA. Il y a donc deux IFAC différents sur Marseille : l’IFAC Provence, qui est une association loi 1901 à part entière et dispose de son propre conseil d’administration, et l’IFAC PACA, qui est une branche de l’IFAC national.

Pour les syndicats, ces mauvais traitements ont un but : pourrir le climat social au sein de l’IFAC Provence. En effet, les représentants du personnel y voient une manœuvre destinée à fragiliser la structure, notamment en charge d’importants marchés liés aux temps d’activités périscolaires. À terme, ils craignent que l’association soit inopérante avant le renouvellement de cette mission de service public confiée par la Ville. Ces marchés arrivent à échéance à la fin de l’année scolaire 2016-2017. Les 108 écoles gérées par l’IFAC Provence sur les 445 de la ville représentent environ 8 millions d’euros de financements publics.

Car l’IFAC Provence en cache une autre. En effet, il existe deux structures qui portent ce nom sur Marseille. L’IFAC Provence est une association loi 1901 qui a été créée au moment où l’association d’éducation populaire IFAC débarquait à Marseille (voir ci-contre). Si son conseil d’administration compte des membres de l’association nationale, elle est réputée indépendante.

En 2009, l’IFAC national a créé un établissement – une sorte de filiale – baptisé IFAC PACA qui a vocation à agir sur toute la région. Celle-ci opère plus spécifiquement sur le champ de la formation et de l’insertion professionnelle des animateurs. « À travers IFAC PACA, la direction veut mettre la main sur la manne financière que représente les activités périscolaires, estime une cadre. Ils en profiteraient pour faire du dumping social car les salariés de cette structure ont moins de droits que ceux d’IFAC Provence. »

Un secrétaire général contesté

Selon les syndicats, un homme serait à la manœuvre : Vincent Gavériaux, le secrétaire général de l’IFAC Provence. Ce dernier est présenté comme le véritable dirigeant de la structure. Il est membre du conseil d’administration et non pas salarié. C’est une des particularités de la structure : elle compte des directeurs de services ou établissements mais n’a pas à sa tête un directeur général. C’est Vincent Gavériaux qui joue ce rôle et s’occupe de la vie quotidienne de l’association. Par ailleurs, il occupe le poste de directeur du développement au sein de la structure nationale et à ce titre il est en charge de l’IFAC PACA.

Contacté par Marsactu, Vincent Gavériaux ne souhaite pas être cité à propos de ce dossier. Mais il conteste une quelconque concurrence entre l’IFAC Provence et l’IFAC PACA. Il réfute l’ensemble des faits que les syndicats impute à la direction de l’IFAC Provence. Pourtant le CHSCT a bien diligenté une expertise sociale sur les conditions de travail des salariés de l’IFAC. Cet audit fait notamment état d’une situation de stress et d’une surcharge de travail. Pour sa part, Vincent Gavériaux reconnaît qu’une lettre ouverte signée de représentants du personnel et alertant sur la situation a été lue lors du dernier conseil d’administration (CA), le 23 juin. Il refuse de préciser comment le CA a réagi. Nous avons cherché à joindre plusieurs membres de cet organe, sans succès dans le délai imparti pour le bouclage de cet article.

Manif sous les fenêtres du maire

Moda Diack fait partie des signataires de cette lettre. En tant que secrétaire du CE, il est présent à tous les conseils d’administration de l’IFAC Provence, mais affirme avoir été « évincé » de celui du 23 juin. Ce que Vincent Gavériaux dément. Il s’appuie sur la loi, qui n’oblige pas les conseils d’administration d’associations à accueillir de représentants du CE, et sur les statuts de l’IFAC Provence, qui ne mentionnent pas non plus ce droit. Mais les salariés soutiennent que c’est la première fois que le secrétaire du CE n’est pas le bienvenu à un CA de l’IFAC Provence. Bien que ce soit légal, c’est pour eux un symbole du mépris de la direction envers les salariés.

« On veut une direction qui se soucie de la totalité des salariés », insistent les syndicats, qui exigent un changement de gouvernance et le départ de Vincent Gavériaux. Ils demandent également que la Ville, en tant que principal financeur de l’association, commande un audit complet de l’IFAC Provence. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils appellent à un rassemblement devant l’hôtel de ville à 10 heures. Ils souhaitent être reçus par le maire pour lui faire part de leurs revendications. Arno prévient : « De toute façon, notre lutte ne fait que commencer ».

*A la demande des témoins, certains prénoms ont été modifiés.

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