[Ma mosquée va craquer] Le maintien du culte musulman à l’AP-HM, casse-tête depuis deux ans

Série
Invités de Marsactu
27 Juil 2018 0

En partenariat avec la Street School, Marsactu vous présente Ma Mosquée va craquer, une série réalisée par les apprentis journalistes de cette formation intensive. À la Timone, l’assistance publique des hôpitaux de Marseille propose à ses patients les services d’aumôniers des trois principales religions du livre. Mais le maintien d’un lieu de culte musulman est complexe.

Prière de l'Aïd au parc Chanot. Dessin : Malika Moine

Prière de l'Aïd au parc Chanot. Dessin : Malika Moine

En 1999, sous l’impulsion des cultes israélite et catholique déjà présents à l’hôpital de la Timone, l’AP-HM décidait d’ouvrir un lieu de culte distinct pour les trois principales religions. Ce qui en fait la “seule synagogue dans un hôpital en France”, se réjouit Ary Samoun, aumônier israélite. Du côté musulman, Ben Amar, l’ancien aumônier, est fier des salles de prières dont-il disposait pour les patients ; une salle pour les femmes et une salle pour les hommes. Cette volonté d’indépendance et d’autonomie des cultes qui rend cet établissement de santé singulier, semble pourtant difficile à maintenir sur le long terme.

Dans ce lieu bien gardé, un agent de sécurité nous indique l’itinéraire à prendre. Il faudra pénétrer dans les couloirs du sous-sol pour accéder à l’une des trois salles de culte. Au fond du corridor vide et peu éclairé, la signalisation confirme que se trouvent là une chapelle, une synagogue et une salle de prière musulmane. Sur l’une des portes, une affiche grossièrement scotchée au sparadrap attire l’œil : les fidèles musulmans sont prévenus, il est strictement interdit de dormir dans la salle de prière. Une autre affiche précise encore que le lieu est une salle de prière : le mot “mosquée” a été barré et rectifié à la main par le mot “salle de prière”.

Mosquée de fait du quartier

Premier à avoir rempli les fonctions d’ecclésiastique musulmanes à la Timone, cet “homme de terrain” comme il aime se définir, déplore “le manque de mosquées dans le quartier”. Pour prier, les fidèles qui habitent aux alentours doivent se déplacer, à 2,5 km pour la mosquée de la Capelette ou vers le centre-ville pour les mosquées les plus proches. Ou alors, venir dans l’établissement de santé. La salle de prière de l’hôpital étant effectivement devenu la mosquée de quartier.

Pour prévenir les allées et venues des habitants du quartier désireux d’accomplir leur prière quotidienne, Ben Amar n’a pas hésité à placarder un règlement dans la salle et à interpeller les fidèles en leur demandant “dans quelle chambre se trouvait leur famille”. L’ancien aumônier souhaite clarifier la situation :

J’ai mis un règlement pour que cet endroit soit ouvert uniquement aux malades, à leurs familles respectives et au personnel, ce n’est pas une mosquée ici.

Ces allées et venues à l’hôpital, il n’était pas le seul à les déplorer, mais certains se gardent d’en parler. À l’AP-HM, on en aurait même pas eu connaissance.

Seulement voilà, depuis deux an, ce travail de dialogue, d’écoute et d’accompagnement du malade n’est pas maintenu et le poste est resté vacant. Et si le recrutement prend du temps, la nécessité de maintenir ouverte la salle de prière reste nécessaire pour éviter l’exercice du culte dans les couloirs. Hasard du calendrier ou pas, la salle de prière musulmane a rouvert ses portes depuis une dizaine de jours à des horaires restreints, de 12 heures à 17 heures, du lundi au vendredi. Des horaires d’ouverture pas vraiment compatible avec la pratique des cinq prières quotidiennes, la première étant à l’aube et la dernière à la disparition du crépuscule.

AP-HM à la recherche d’un nouvel aumônier

On peut d’ores et déjà se demander pourquoi depuis deux ans, aucun représentant religieux n’a été recruté : manque de candidat, souci d’organisation, restriction budgétaire ? La législation est pourtant claire à ce sujet : la loi du 9 décembre 1905, bien qu’ayant posé le principe selon lequel “la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte”, prévoit que “pourront toutefois êtres inscrites aux budgets les dépenses relatives à des services d’aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissement publics tels que les hôpitaux ou prisons”.

Il revient donc à l’AP-HM de maintenir une permanence du culte musulman compte tenu de la demande. Rémunérés par l’hôpital public, ces agents contractuels sont recrutés ou autorisés par les chefs d’établissement sur proposition des autorités culturelles dont ils relèvent, à savoir l’aumônier national hospitalier du Conseil français du culte musulman (CFCM) ou des conseils régionaux du culte musulman (CRCM).

Ce désert d’aumônier ne surprend pas Sophie Papachristou, secrétaire générale Sud Santé. “En 2016, 360 postes ont été supprimés, toutes professions confondues”, rappelle la syndicaliste. L’AP-HM, établissement parmi les plus endettés de France, semble avoir d’autres priorités. En presque vingt ans, l’établissement a vu défiler cinq aumôniers, dont l’imam Abderrahmane Ghoul, à la tête du projet avorté de la grande mosquée de Marseille.

Pour autant, le centre hospitalier confirme avoir entamé une procédure de recrutement depuis plusieurs mois “bien qu’elle s’avère complexe”. Sur deux candidatures transmises par l’aumônier national, Abdelhak Nabaoui, un seul candidat reste disponible et devrait avoir un entretien de recrutement fin août.

Dounia Bougotaya

Cet article est issu de la série Ma mosquée va craquer. Vous pouvez lire ici les autres articles qu’elle contient. 

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