Le ruisseau des Aygalades est lui aussi pollué au chrome VI

Enquête
le 27 Fév 2020
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La même pollution qui touche les eaux souterraines des Aygalades apparaît aussi dans le ruisseau du même nom. L'usine Protec métaux Arenc voisine en est à l'origine.

L'enjeu

Le chrome VI, un métal lourd extrêmement cancérogène, apparaît dans le ruisseau des Aygalades, en aval de l'usine déjà mise en cause pour une pollution des eaux souterraines depuis 2013.

Le contexte

Entre décembre et début février, la préfecture a organisé une enquête publique suite à la découverte de chrome VI, vestige d'une pollution datant de 2013. Le sujet est devenu un enjeu de campagne.

Majestueux platanes encadrant le cours d’eau, bourgeons annonciateurs du printemps sur les branchages et murmure de la rivière, le cadre est bucolique à souhait. Et malgré les  quelques bouteilles en plastique qui jonchent ses berges à ce niveau, derrière la zone d’activités du 151, avenue des Aygalades, on aurait presque envie de tremper un pied dans le ruisseau. « C’est vrai que l’eau est claire ici… La pollution au chrome n’est pas visible à l’œil nu, sauf quand il s’agit de très fortes concentrations, qui donnent une couleur jaunâtre à l’eau », commente Stéphanie Fayolle, chercheuse à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie (IMBE), venue inspecter les abords de cette « rivière urbaine ». Pourtant, cette pollution est bel et bien présente. D’après l’étude menée par l’IMBE sur l’état écologique du cours d’eau entre novembre 2016 et août 2018, le chrome avoisinait à la station de mesure 5 du ruisseau les 70 microgrammes par litre en moyenne.

Pour comprendre d’où vient le chrome que l’on retrouve dans le ruisseau des Aygalades, les regards se tournent vers l’entreprise Protec métaux d’Arenc qui en 2013, a connu une fuite qui a contaminé les eaux souterraines du quartier. « Nous ne déversons évidemment rien dans le ruisseau, s’insurge Eric Bonnans, le directeur de l’entreprise PMA. Nous avons une station de traitement des eaux interne à l’usine, qui permet de nettoyer ce que nous rejetons dans les égouts, et d’envoyer ce qui est le plus chargé en polluants vers une société spécialisée », précise-t-il, tout en assurant que l’usine, installée en 1982, a toujours été « aux normes », mis à part « l’accident » de 2013 (lire notre article révélant la pollution des sols du chrome VI).

Des eaux de pluie surchargées en chrome VI

Mais la présence de l’entreprise a bien une influence. En amont de l’usine de traitement de surface et peintures, les scientifiques n’ont pas relevé de valeur supérieure à 5 microgrammes. La station 5, où ont été relevés les 70 microgrammes, est elle située en aval. Entre-temps, des eaux de ruissellement chargées en chrome VI se déversent dans le ruisseau. Le plan de gestion de la pollution de PMA en 2018 mesure 25 milligrammes (mg) par litre, soit 25 000 microgrammes de chrome VI dans les eaux de pluie rejetées dans le ruisseau juste en aval de PMA (le « point 89 » sur notre schéma). C’est bien plus que le seuil de rejet toléré dans l’environnement qui est de 0,1 mg/l. « On a clairement une pollution au chrome dans la partie basse du ruisseau, liée principalement à l’activité de PMA », assure Stéphanie Fayolle.

L’ensemble de ces pollutions cumulées n’est pas sans conséquence sur la faune et la flore du cours d’eau : « Nous n’avons pas trouvé de poisson dans le ruisseau, mais en revanche nous avons pu étudier les algues, grenouilles ou invertébrés qui y vivent, et nous avons constaté une faible diversité : seuls les organismes les moins sensibles à la pollution sont présents ». Et la chercheuse souligne également les effets probables de ces polluants sur le milieu marin, même s’ils y parviennent en plus petite quantité. « Le chrome est un puissant cancérogène, donc il est clair qu’il peut entraîner des mutations génétiques sur les plantes et animaux marins, qui influent ensuite sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. »

« Il faudrait s’assurer que l’usine est hermétique aujourd’hui »

Pour Stéphanie Fayolle, il est probable que le chrome échappé de la cuve fuyarde de PMA ait été stocké dans le sol et les nappes phréatiques, et qu’il réapparaisse aujourd’hui dans le ruisseau à la faveur des échanges entre eaux de surface et souterraines. « Il y a une continuité dans les circuits aquatiques. C’est une dynamique, ce n’est pas perméable, du moins lorsque le cours d’eau est sur un substrat naturel, comme c’est le cas pour environ un tiers du ruisseau des Aygalades. » Elle s’étonne néanmoins qu’on en trouve toujours autant dans le cours d’eau, et spécifiquement juste en aval de PMA, plus de sept ans après la fuite incriminée. « On pourrait penser que cette pollution aurait été évacuée depuis. Il faudrait s’assurer que l’usine est totalement hermétique aujourd’hui. »

Son étonnement fait écho aux propos du représentant de la Dréal, Antoine Brunaux, lors de la réunion publique de janvier pour informer la population : « On pensait que les concentrations de chrome VI allaient diminuer davantage, puis on s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas prédire d’issue favorable, c’est pour cela que l’institution de « servitudes d’utilité publique » a semblé nécessaire ». Du côté de PMA, on martèle que la fuite en question a été colmatée dès 2013, que des travaux ont été effectués ensuite pour que les cuves de l’usine ne soient plus enterrées et éviter ainsi d’autres fuites « invisibles »

Pas de mesures dans les jardins

Reste le constat et ses conséquences. « Il faudrait faire des analyses de la terre des jardins potagers alentour pour s’assurer que le chrome n’y est pas présent. » Des mesures qui n’ont jamais été faites ni annoncées par la préfecture à ce jour.

À quelques dizaines de mètres du ruisseau, dans le « Jardin du cheminot », l’information ne perturbe pas Georges Lamperti qui continue ses semis de courgettes et poivrons. Depuis trois ans, il cultive une parcelle ici, comme une trentaine d’autres jardiniers du dimanche, retraités de la SNCF pour la plupart. Il a vaguement entendu parler de la pollution au chrome. « Ah oui, un ami de Pierrot, mon voisin de parcelle, l’a appelé il y a quelques jours pour l’alerter. Mais on arrose uniquement avec l’eau de la ville ici, ou avec de l’eau de pluie qu’on récupère. » Il ne s’inquiète donc pas plus que ça, et précise que la charte du jardin interdit d’utiliser des intrants chimiques… « Mais bien sûr, s’ils peuvent faire des analyses de notre terre, ce serait bien », commente-t-il en regardant ses artichauts.

Les résultats de l’enquête publique début mars
La préfecture a déclenché une enquête publique dont le bilan sera connu au début du mois de mars. 25 puits ou forages sont analysés durant cette période et 23 résultats sont déjà connus. Pour l’heure, une concentration supérieure à 5 microgrammes par litre a été relevée dans deux d’entre eux.

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Commentaires

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  1. Jacques89 Jacques89

    Généralement ces entreprises sont classées ICPE. Il doit donc y avoir des contrôles réguliers? Mais bon au plus le nombre de ces entreprises augmente, au plus le nombre de contrôleur diminue. Cela fait partie des injonctions que l’Europe a commencé à donner à Hollande et qu’elle continue de donner à Macron. Les directives pour la protection de l’environnement foisonnent mais surtout, il faut éviter de contrôler! D’un côté on fait plaisir aux Verts, de l’autre aux entreprises qui ne se privent plus de polluer. Il me semble bien aussi qu’une de ces directives impose aux pollueurs de dépolluer à leur frais. Si le Préfet ne bouge pas, c’est qu’il ne doit pas y avoir de pollution, si non vous pensez bien qu’il aurait fait le nécessaire, non?

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  2. neplusetaire neplusetaire

    Dans les années 1990, il y a eu plusieurs décès de personnes agées cancers à la cité des Créneaux.
    Plus d’une vingtaine de personnes malades de la thyroïde en 2000.
    Plusieurs personnes souffraient d’asthme sévère.
    Aucune étude, aucune attention portée à cette population !

    http://www.lamarseillaise.fr/marseille/developpement-durable/74420-marseille-des-concentrations-tres-importantes-d-aluminium-et-d-arsenic-dans-le-ruisseau-des-aygalades

    https://www.liberation.fr/societe/1999/09/14/une-pollution-qu-on-cache-et-toute-la-maternelle-se-fache-des-enfants-malades-du-cadmium-qui-s-echap_283493

    https://www.asso-ac.fr/wp-content/uploads/2018/11/etude-pollution-cadmium-marseille.pdf

    https://les-creneaux-marseille15.blogspot.com/2010/05/

    « Depuis le 15 mars 2010, les travaux ont commencés en vue de la construction du dernier programme de relogement « LES VERGES »..sur un terrain qui ne donne pas envie de s’y installer.
    Il y a quelques mois ont nous disait que le terrain était pollué et tout d’un coup nous voyons les travaux s’engager. est-ce seulement une partie qui est polluée et l’autre non ? Comment ne pas être septique.Dans la cité des Créneaux, j’ai compté plus d’une vingtaine de femmes souffrants de la thyroïde, il y a eu la pollution au CADMIUM à l’usine TLM, actuellement il y a un programme de construction de logements. »
    http://www.asso-malades-thyroide.org/
    http://www.drire.gouv.fr/paca/publications/environnement/chroniques/2002/tlm.htm

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