Le parquet financier perquisitionne la vieille garde pléthorique de Jean-Claude Gaudin

Enquête
le 24 Mai 2019
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Lors d'une nouvelle perquisition à l'hôtel de Ville, le 17 mai dernier, les gendarmes mandatés par le parquet national financier se sont intéressés aux employés municipaux toujours en poste, bien au-delà de l'âge légal de départ à la retraite. Un vrai système au sein du système municipal.

Le parquet national financier est de retour au château. Il y a quelques jours, des gendarmes ont opéré de nouvelles perquisitions à l’hôtel de ville mais aussi, comme La Marseillaise l’a révélé, à la direction générale des ressources humaines, boulevard des Dames. Ces nouvelles investigations sont loin d’être une simple visite de routine destinée à compléter les éléments déjà recueillis dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte pour « faux, usage de faux et détournement de fonds publics » en 2017 (lire notre dossier).

Comme Le Point l’a signalé ce jeudi, les enquêteurs s’intéressaient précisément au statut de l’entourage immédiat du maire et notamment son cabinet, dont les membres ont, pour la plupart, largement dépassé l’âge de départ à la retraite. Marsactu est aujourd’hui en mesure de révéler le profil des principaux concernés.

« Pour intérêt de service »

Cette situation est particulièrement vraie pour le premier cercle du maire, lui-même âgé de 79 ans : son directeur de cabinet, Claude Bertrand, le suit depuis plus de 40 ans. Fonctionnaire territorial, il aurait depuis plusieurs années endossé le statut de contractuel de la fonction publique tout comme Jean-Claude Gondard, directeur général des services et Jean-Pierre Chanal, son adjoint. La règle prévoit que les hauts cadres de l’administration puissent bénéficier d’une prolongation au-delà de l’âge légal de départ à la retraite « pour intérêt de service » et « jusqu’au renouvellement de l’assemblée délibérante de la collectivité ». Mais, visiblement, les enquêteurs souhaitent connaître le cadre légal de ce maintien en poste.

Autre sujet d’intérêt pour les gendarmes : les autres membres du cabinet du maire et notamment les nombreux chargés de mission. L’organigramme de ce cabinet n’est pas public tout comme le nombre exact de chargés de mission qui y travaillent. D’après nos informations, les enquêteurs s’intéressent en particulier à plusieurs chargés de mission, passés ou présents, qui ont la particularité de cumuler la qualité d’anciens adjoints ou conseillers municipaux, l’âge avancé et le statut de chargé de mission au sein du cabinet. Les perquisitions les concernant se sont poursuivies jusqu’à leur domicile.

Du New-York au cabinet

C’est notamment le cas de Monique Venturini, chargé des relations publiques au sein du cabinet. Cette dame blonde de 68 ans au sourire éternel n’est jamais loin du maire, les bras remplis de dossiers. De 2001 à 2008, elle faisait partie de la majorité municipale, en charge du cinéma. Avant cela, elle était la patronne du New-York, une brasserie très en vue du Vieux-Port de Marseille. Selon nos informations, elle fait partie des employés dont les gendarmes souhaitaient connaître la fonction, l’emploi du temps et le statut.

Même chose pour Serge Botey, l’ancien adjoint au maire chargé de la culture durant la même mandature, âgé aujourd’hui de 70 ans. Depuis cette date, il prend le pouls de la ville pour le compte du maire et de son cabinet. Ancien patron de la librairie La Touriale, boulevard de la Libération, il a été embauché au cabinet du maire à la fin de son mandat. Il y suit certains sujets délicats liés au monde la culture mais aussi au milieu des supporteurs de l’OM.

La fidélité du maire

« Le maire est un fidèle, commente un syndicaliste. Quand un élu n’est pas repris sur les listes, il le récupère au cabinet. C’est une forme de récompense pour service rendu. En même temps, ils restent à sa proximité et donc sous son contrôle ». Parmi les noms qui aurait retenu l’attention des enquêteurs figurent d’autres anciens élus. Ancienne adjointe aux rapatriés puis aux seniors jusqu’en 2014, Solange Moll aurait ensuite exercé au sein du cabinet, en tant que chargée de mission sur la même thématique des personnes âgées. Elle y aurait retrouvé Michel Ballaro, qui, selon nos informations, exerce ce poste de chargé de mission au cabinet depuis 1995.

Les enquêteurs tentent de comprendre dans quel cadre légal des personnes ayant, pour certains, largement dépassé l’âge de départ à la retraite, continuent d’exercer une activité professionnelle au sein d’une collectivité territoriale. « Il ne s’agit pas d’emplois fictifs mais de fonctions attribuées en dehors du cadre légal », a confié une source judiciaire au Point.

« Les mêmes gendarmes, les mêmes questions »

Du côté de la Ville, cette nouvelle série de perquisitions et d’auditions n’est que la suite logique de l’enquête préliminaire ouverte par le parquet « et rien de plus ». « Ce sont les mêmes gendarmes qui posent les mêmes questions sur le temps de travail des agents », indique-t-on à l’Hôtel de ville où on espère une issue prochaine à l’enquête.

Pourtant le sujet de la gérontocratie municipale est loin d’être épuisé. Les têtes chenues sont nombreuses à la Ville et ce, de longue date. En 2013, la chambre régionale des comptes avait déjà souligné le maintien en poste de 53 agents territoriaux au-delà de l’âge légal de 65 ans, dont neuf en complète irrégularité avec ce que prévoit la loi. Le directeur des ressources humaines de la Ville Henri Sogliuzzo, était dans ce cas depuis 2012. Il a fini par quitter la Ville en 2015. L’homme était un fidèle parmi les fidèles du maire puisqu’il a connu ce dernier sur les bancs du lycée.

Professeur de gymnastique

Dans le même registre scolaire, un autre proche du maire est encore en activité. Il s’agit de Jean Celfio, ancien professeur de gymnastique au sein du lycée de Saint-Joseph-les-Maristes qui figure parmi les premiers soutiens politiques du maire. Depuis plusieurs années, il occupe un poste de chargé de mission au sein de la police municipale. « Il suit de près l’activité du service pour le compte du cabinet et vient faire son rapport tous les mardis », indique un syndicaliste sous couvert d’anonymat. De la même génération que le maire, des questions se posent sur la régularité de son statut.

« Il était surtout utile quand le service n’avait pas de chef digne de ce nom, souligne Patrick Rué, secrétaire général Force ouvrière. Cela permettait au cabinet de garder un œil sur le service. Il avait ainsi des hommes de confiance placés en étoile dans de nombreuses services ».

Un retraité vacataire

La carrière sans fin d’un autre fidèle pourrait également intéresser les enquêteurs. Ancien directeur des services sociaux de la Ville, Jean-Max Trouillet est devenu en 2013, directeur général des services du comité communal d’action social (CCAS). En 2016, le maire de Marseille et président du CCAS, Jean-Claude Gaudin décide de prolonger Jean-Max Trouillet au-delà de la limite d’âge. Une décision retoquée par le préfet au titre du contrôle de légalité.

Comme Jean-Claude Gaudin a la fidélité bien accrochée, il propose de maintenir Jean-Max Trouillet comme vacataire pour du « conseil en stratégie et organisation » auprès de la nouvelle directrice générale des services, payé à l’heure.

Ce statut particulier continue de faire tiquer sur le plan de la légalité. Chargée de vérifier les recommandations de la chambre régionale des comptes (lire notre article), l’inspection générale des services (IGS), un service municipal, s’interroge sur le cas Trouillet et tique fortement sur sa qualité de prestataire pour laquelle, là encore, la limite d’âge est atteinte. L’IGS souligne que cette activité aurait pu être confiée à un cabinet spécialisé et ce, d’autant plus, que Jean-Max Trouillet a créé une société de ce type en 2015. À l’époque, l’IGS recommande de mettre fin à la mission de Jean-Max Trouillet et de ne pas la proroger au-delà du 1er janvier 2019.

Enfin elle souligne que ledit vacataire a représenté le CCAS lors d’une réunion à Stockholm, en février 2018. L’IGS tousse fort. « Cette mission s’accommode mal d’une intervention discontinue payée à l’heure », souligne la rédactrice, en référence au travail habituel d’un vacataire. Sauf si celui-ci est un fidèle d’entre les fidèles de la Gaudinie.

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