Le parc national des Calanques se divise sur le projet de mégayachts à La Ciotat

Info Marsactu
le 1 Oct 2019
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Passant outre l'avis défavorable à l'unanimité de son conseil scientifique, le parc national des Calanques valide le projet d'ascenseur à bateaux de 4000 tonnes sur le port de La Ciotat. Les scientifiques ont toutefois réussi à imposer des mesures pour en atténuer l'impact sur le milieu marin.

Un mega-yacht dans le port de La Ciotat. (Image VA)

Un mega-yacht dans le port de La Ciotat. (Image VA)

Un « non » franc pour les scientifiques, traduit en « oui, mais » par les élus. Le parc national des Calanques a validé le 13 septembre, par l’intermédiaire de son bureau constitué d’élus, la plateforme de maintenance des mégayachts à La Ciotat. Pour un montant estimé à 70 millions d’euros, il s’agit de construire un « ascenseur » capable de sortir de l’eau des navires de 4000 tonnes afin de procéder à leur entretien. Deux ans après l’annonce de ce projet porté par la société publique locale La Ciotat Shipyards, le parc avait le pouvoir de le stopper net.

Il était saisi par la préfecture pour donner son avis sur le projet. Même si les chantiers navals ne se situent pas dans son périmètre, la préfecture a considéré que le chantier pouvait y avoir un impact important sur cet espace naturel. À l’unanimité, les représentants des collectivités locales et de l’État ont décidé de passer outre l’avis défavorable du conseil scientifique du parc national, rendu lui aussi à l’unanimité de ses 26 membres.

« Aucun signe vers la transition écologique »

Le projet se situe en bordure du cœur marin du parc national. Capture d’écran de la carte interactive du PNC.

Arrivé en février à la présidence de cet organe consultatif, l’écologue Thierry Tatoni n’a pas souvenir d’un dossier aussi sensible mis à part l’autorisation de rejet en mer de l’usine d’alumine de Gardanne. « À l’époque, nous avions émis un avis favorable avec beaucoup de réserves pour l’usine de Gardanne, car cela allait dans le sens de l’amélioration. Là, il n’y a aucune amélioration, aucun signe vers la transition écologique. »

Au bureau, il a porté cet avis, rejoint par l’ex présidente du conseil scientifique Denise Bellan-Santini ainsi que Bernard Hamel, représentant du club alpin français. « Le parc national des Calanques a failli à la mission de protection de son territoire, tranche ce dernier. Une fois de plus l’économique l’a emporté sur l’environnement malgré le statut de parc national, malgré les promesses et malgré les engagements des uns et des autres sur la nécessité impérative de protéger ce « territoire d’exception » comme il est souvent appelé. » Le militant associatif rappelle que ce genre de décisions contribue à nourrir « un sentiment de deux poids deux mesures » qui pèse dans les discussions avec le parc autour d’activités comme l’escalade (lire notre article sur les tension entre grimpeurs et le parc national des Calanques).

Un point de vue en partie rejeté par Didier Réault, élu LR marseillais et président du parc national : « Le conseil scientifique n’a pas tout à fait répondu à la question posée. Il a répondu sur l’impact de toute nouvelle activité. La question que nous posait le préfet, c’était : quel impact les travaux engendrent sur le cœur de parc ? »

Plutôt au port de Marseille

Pour lui, « on a un port qui essaye de trouver un nouvel axe de développement. C’est une activité qu’on peut réguler, en conciliant l’économie et l’écologie. » D’un point de vue stratégique, le dossier de présentation de La Ciotat Shipyards est éloquent : on observe « une tendance lourde à l’accroissement de la taille des navires » et la Méditerranée voit passer 70 % de la flotte mondiale des yachts chaque année. La société évalue à 900 emplois supplémentaires l’apport de l’ascenseur géant et du village d’entreprise de 12 000 m² qui doit l’accompagner. Contactée, la société publique et son président, le maire de La Ciotat Patrick Boré (LR), n’ont pas donné suite à notre demande d’entretien dans le temps imparti à la publication de cet article.

Photomontage du projet (source La Ciotat Shipyards)

Mais le conseil scientifique estime que cette activité « gagnerait à être développée préférentiellement sur des zones d’activités portuaires déjà existantes dans les communes voisines (Grand port maritime de Marseille notamment) ». Il pointe ainsi le projet similaire porté par le GPMM, qui a confié la construction d’un ascenseur à bateaux de 6000 tonnes à l’entreprise Monaco Marine (lire notre article sur la concurrence entre Marseille et La Ciotat pour le « refit » des mégayachts). Si jusqu’à présent, cette coexistence n’avait créé que des remous sur le plan économique, elle prend un sens plus aigu sur le plan de l’impact écologique.

Éloigner les dauphins

« Le marché n’est pas le même entre Marseille et La Ciotat, rétorque Didier Réault. Il y a un marché pour les deux et on peut ainsi créer un ensemble économique sur la réparation haut de gamme. » Justement, même s’il se défend de faire de la politique, le conseil scientifique, dans son avis, remet en cause la pertinence même de ce secteur :

Le développement de l’usage de ces navires, fortement consommateurs en énergie carbonée et à destination d’un usage exclusivement privatif, ne peut être considéré comme cohérent avec les objectifs de transition écologique promus au niveau international et national.

« On peut toujours avoir des réponses techniques. Mais on a beaucoup débattu sur la philosophie de ce dossier, sur le sens que l’on veut donner à notre territoire, au parc national », commente Thierry Tatoni.

L’avis du bureau du parc dit d’ailleurs peu ou prou la même chose, mais dans des termes moins directs. Plus important, il reprend intégralement les recommandations du conseil scientifique sur les mesures susceptibles d’atténuer l’impact des travaux puis de l’exploitation, au cas où son avis n’était pas suivi. Il est notamment question de sons d’alerte pour éloigner les cétacés avant de démarrer des activités très bruyantes et d’attention plus forte aux herbiers de posidonie. Des dauphins dont le dossier de La Ciotat Shipyards dit pourtant qu’ils sont absents du port de La Ciotat…

Ces prescriptions du parc s’imposent désormais au préfet dans son éventuelle autorisation. Avant cela, le dossier devra passer par une phase d’enquête publique, qui pourrait bien réveiller la contestation environnementale.

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