La tension grimpe entre les amateurs d’escalade et le parc national des calanques

Actualité
Mathilde Ruchou
14 Juil 2018 13

Dans le parc national des Calanques, les grimpeurs sont inquiets de voir leur pratique réglementée. Quatre d'entre eux se sont fait contrôler par les gardes pour des équipements non autorisés de voies sur falaise. Dans le même temps, une commission escalade se créée dans le but de faire émerger une "politique" de ce sport.

Poser un pied sur la falaise, trouver une prise sous les doigts, pousser vers le haut, accrocher sa corde puis ajouter un piton pour se sécuriser davantage. Ce dernier geste qui consiste à équiper une voie peut valoir au grimpeur une convocation au commissariat. Cette pratique courante chez les grimpeurs est proscrite dans le parc national des Calanques si elle est réalisée sans autorisation. Cette année, quatre équipeurs se sont fait contrôler par le parc national, avec à la clé une visite au commissariat pour “travaux non autorisés“. Ces contrôles ont entraîné une bronca dans le petit milieu des grimpeurs des calanques.

L’un d’eux, Guy Abert, ancien photographe et ouvreur de voies à l’international, a été surpris en train d’installer du matériel amovible pour se sécuriser, le temps de prendre quelques photos. “Les gardes m’ont intercepté et ont confisqué tout mon matériel : perceuse, cordes et mousquetons. J’ai été entendu au commissariat de La Ciotat quelques jours plus tard”, confie l’intéressé.

Les grimpeurs mettent en avant une pratique de l’équipement certes “sauvage” mais destinée à servir la communauté grimpante. “Les équipements vieillissent, c’est nécessaire de les entretenir”, insiste Guy Abert.  Les équipeurs voient d’un mauvais œil la régulation effectuée par le  parc national, qui pourtant laisse une marge de manœuvre, en lien à la sécurisation des voies. En effet, les entretiens à l’identique sont “autorisés sur simple déclaration”. Une mesure qui ne semble pas satisfaire les sportifs.

“Un moyen déguisé pour interdire la pratique”

Hormis pour équiper une voie à l’identique, il est nécessaire d’avoir une autorisation du directeur pour installer des équipements d’escalade dans la roche, comme les pitons, depuis la création du parc national en 2012. Et, depuis cette année, le parc national se met à surveiller la pratique de l’escalade. “On dirait que le parc joue aux flics avec les grimpeurs”, reproche Guy Abert. “C’est une totale aberration que les équipeurs soient considérés comme des délinquants”, argue un moniteur ayant souhaité rester anonyme. Le président du parc national des Calanques Didier Réault (LR) souhaite mettre en place une véritable “politique escalade”, après avoir beaucoup insisté sur la réglementation de la chasse et la pêche.

Avec près de 5000 voies recensées officiellement, les calanques sont, depuis la fin du 19e siècle, une destination internationale pour la varappe. Ces falaises calcaires plongent dans la mer, offrant une vue où le blanc tutoie le bleu. L’escalade en pleine nature est considérée comme un sport d’aventure, permettant de découvrir de nouveaux itinéraires, ou d’en redécouvrir d’anciens. Les équipements des voies sont à la base du développement de ce sport. “L’escalade est dangereuse si les sites ne sont pas bien entretenus, mais les équipeurs sont là pour ça”, souffle Yannick Vallençant, président du syndicat interprofessionnel de la montagne, qui représente notamment des guides.

Un grimpeur accroche son mousqueton sur un piton.

Une commission en vue d’une charte de l’escalade

Le 4 juillet, le conseil d’administration du parc a voté la création d’une commission escalade. Celle-ci devrait permettre de créer un dialogue entre usagers et gestionnaires. Sur le site du parc, la page consacrée à ce sport précise désormais que “les projets d’ouverture [de voies, ndlr] sont gelés dans l’attente des travaux” de cette instance.

En chaussons d’escalade, un grimpeur sort sa corde.

Propriétaires publics et privés, mais aussi représentants d’usagers à travers la fédération française de la montagne et de l’escalade et le club alpin français sont membres de cette commission. D’ici quelques mois, une charte de l’escalade devrait voir le jour. “On est en agglomération, ce n’est pas un parc sous cloche où l’on décide sans discussion”, rassure Didier Réault.

En attendant, faire accepter les démarches administratives aux grimpeurs est une tâche ardue. “La lourdeur administrative va mal avec l’esprit de l’escalade. Devoir faire des demandes pour une seule voie, c’est exagéré”, poursuit Yannick Vallençant. Et c’est également ce qui fait craindre aux grimpeurs “un moyen déguisé pour interdire la pratique”, confie le moniteur. Si les démarches sont vécues comme des freins, elles répondent aux difficultés vécues par les gestionnaires des falaises, puisqu’ils sont responsables en cas d’accident. Dans les calanques, ces gestionnaires sont souvent la fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME) ou le parc lui-même. En 2016, dans les Pyrénées, la FFME a été condamnée à réparer le préjudice subi par des victimes non licenciées à hauteur d’1,2 millions d’euros. Un bloc s’était détaché de la falaise. Un projet de loi est en cours d’examen pour réduire la responsabilité pénale des gardiens.

Les tensions en cours entre usagers et gestionnaires semblent aussi liées à la jeunesse du parc national des Calanques, contrairement au parc national des Écrins, où une convention alpinisme est en place depuis 1992. “Les grimpeurs la connaissent et s’autorégulent. Quand certains ne respectent pas la convention, ils se font reprendre par les usagers directement”, s’amuse Julien Charron, chargé de mission glacier, activités de pleine nature et refuges dans le parc des Hautes-Alpes.

Un site en risque de “surfréquentation” selon le parc

Dans le parc national des Calanques, la réglementation de l’escalade est moins flexible qu’ailleurs puisque chaque équipement de voie est considéré comme des travaux, hormis les entretiens à l’identique. Dans le parc national des Écrins, par exemple, seule l’ouverture de voie doit faire l’objet d’une autorisation de travaux. Pour mettre du matériel neuf sur des voies déjà existantes, une demande est à faire au seul comité de pilotage de l’alpinisme. Dans cette région montagneuse, située entre les Alpes du nord et du sud, les grimpeurs ont le droit d’installer du matériel amovible ou même “s’il est permanent mais que le grimpeur ne laisse quasiment rien, on est souple”, affirme Julien Charron.

Un grimpeur dans le pré des évadés, à l’entrée du parc national des Calanques

Mais, si le parc national des Calanques fait face à des relations plus compliquée qu’ailleurs avec les grimpeurs, c’est aussi qu’il se trouve en zone péri-urbaine, à cheval sur les communes de Marseille, La Ciotat et Cassis, soit près de 900 000 habitants au total. La richesse des paysages des Calanques attire environ 3 millions de visiteurs par an. “Il y a le problème de surfréquentation. Ils viennent grimper pour la beauté du paysage et la richesse de la biodiversité et, pour qu’ils continuent à en profiter, il est important de préserver la nature”, pose Didier Réault, président du parc national des Calanques.

Les grimpeurs, eux, ont le sentiment d’être désignés à tort comme des dangers pour l’environnement. Dans les Calanques, comme dans les autres parcs naturels, des sentiers sont interdits durant la nidification, ici du faucon pèlerin. Ce qui génère des troubles dans la communauté sportive. “C’est un oiseau qu’on voit beaucoup, même en ville. On a plus l’impression que l’oiseau est une excuse pour nous interdire du terrain”, raconte le moniteur et guide de haute montagne. “Il y a de plus grandes menaces écologiques, comme les boues rouges ou le rejet des égouts dans la mer”, remarque Yannick Vallençant. Ce discours se retrouve dans les échanges entres grimpeurs. Il y a toujours plus néfaste pour l’environnement que soi.

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