La Ville fait son marché pour le grand audit des écoles marseillaises

Actualité
le 6 Juin 2019
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La Ville vient de lancer un appel d'offres pour un vaste audit technique des écoles marseillaises. Du sol au plafond, tout doit être inspecté en trois mois. Une nouvelle en demi-teinte pour les anti-PPP qui y voient un délai bien trop court pour un vrai bilan.

La cour de l'école Kléber à l'heure de la récréation des plus petits. Photo : B.G.

La cour de l'école Kléber à l'heure de la récréation des plus petits. Photo : B.G.

Ils l’avaient promis. Ils vont le faire. Le grand audit des écoles marseillaises est sur les rails : la Ville vient de lancer un appel à candidature pour sa réalisation. Acté en conseil municipal en début d’année (lire notre article), ce diagnostic technique concernera toutes les écoles, sans exception. Des plus anciens aux plus récents, les établissements scolaires seront analysés des fondations aux toitures en passant par les fenêtres, chauffages, réseaux d’eau et mobilier. Mais si cet audit tant attendu est accueilli d’un bon œil par ceux qui le réclamaient (lire notre article), les opposants au PPP contestent toujours les conditions de sa mise en œuvre.

« Nous sommes satisfaits de chaque pas fait pour mieux connaître l’état de nos écoles, apprécie Christian Bruschi, membre du collectif PRE (pour la rénovation des écoles). Ça nous donne un peu le sentiment que les choses bougent parce que nous avons bougé. » Celui qui a porté un recours devant la justice pour s’opposer au partenariat public-privé (PPP) pour la rénovation de 34 groupes scolaires poursuit en défenseur du service public : « Le ministère de l’éducation aussi semble faire avancer les choses. Si rien n’avait été fait, on se serait vraiment dit que tout part à vau-l’eau. »

« Vision précise, objective, uniformisée »

En 2016, après la publication par Marsactu de la lettre ouverte d’une enseignante, puis d’une enquête de Libération qui dénonçait l’état déplorable des écoles marseillaises, un audit avait été commandé par le ministère de l’éducation. Introuvable jusqu’à il y a peu (lire notre article), le document s’est finalement avéré être très succinct. Le gouvernement s’est donc engagé à rendre un nouveau rapport sur l’état des écoles de la ville avant le 30 septembre. Des questionnaires ont déjà été transmis aux directeurs d’écoles. De son côté, la mairie a décidé de ne pas attendre le verdict de l’État et de mettre les bouchées doubles sur « cette mission de diagnostics techniques » qu’elle a évaluée à 6 millions d’euros.

« Le but de cette consultation est de permettre à la personne publique de disposer d’une base de données actualisée, complète et homogène de ses équipements scolaires, peut-on ainsi lire dans le cahier des clauses techniques dudit appel d’offre. L’ensemble de ces informations permettra d’avoir une vision précise, objective, uniformisée de l’état technique de chaque site. Cette connaissance exhaustive pourra contribuer à l’amélioration de sa conservation, son entretien, sa mise en conformité et sa maintenance. » Un programme qui s’annonce louable et qui concerne donc, « l’ensemble du patrimoine scolaire de la ville de Marseille ».

« Rien à redire sur le cahier des charges »

« Ce cahier des clauses techniques englobe tous ce qu’on demandait. Il consiste en une analyse visuelle et rapide mais complète. Tous les bâtiments et ses composants techniques vont être étudiés, se réjouit un parent d’élève membre du collectif PRE et spécialiste de la commande publique. C’est très positif et il n’y a rien à redire sur le cahier des charges. » Outre l’état des lieux général et le contrôle de la conformité, le diagnostic doit également préconiser des travaux nécessaires et un classement par rapport à l’urgence de leur réalisation.

L’ensemble des équipements scolaires, du gymnase à la cours de récré doit être inspecté, exception faite des cuisines. « L’ensemble des données pourra à terme faciliter la mise en place de la trame d’un plan pluriannuel de travaux », précise encore le document. Enfin, des « indications de coûts » devront être transmises au commanditaire. Mais si le fruit de ce marché devrait in fine être d’une grande richesse pour la connaissance de l’état des écoles marseillaises, ses conditions d’attribution ne plaisent pas à tout le monde.

3 millions de chiffre d’affaires minimum

« Oui, ce diagnostic est rassurant. Mais les conditions d’organisation de cet appel d’offres ne nous satisfont pas », prévient Maxime Repaux du syndicat des architectes des Bouches-du-Rhône. Et pour cause, le chiffre d’affaires minimum requis pour l’entreprise qui s’apprête pour postuler à ce marché sur le dernier exercice est de 3 millions d’euros. « En faisant ça, on écarte forcément les agences d’architectes locaux au profit des grands groupes. Bref, on retrouve les mêmes dispositions qu’avec le PPP. » Le syndicat des architectes ainsi que le conseil de l’ordre de cette profession proposait eux de diviser le marché en dix tranches, quand celui-ci ne l’est qu’en deux, d’environ 200 écoles chacune.

« Cela permettrait de faire travailler 40 architectes, de croiser des regards différents et de recouper les méthodes de travail », poursuit Maxime Repaux. Le tout supervisé par un comité de pilotage « qui réunirait l’ensemble des parties prenantes : enseignants, parents, architectes, ingénieurs… », imagine encore l’architecte. Mais le syndicat compte tout de même tenter le coup. « Nous allons demander l’abaissement de ce plafond et essayer de répondre à l’appel d’offres avec plusieurs agences ou en s’associant à un bureau d’étude, quitte a être rejeté. »

« Il faut être une armée ! »

Le diagnostic, divisé en deux lots, devra être réalisé en 90 jours. De quoi faire bondir la présidente du conseil de l’ordre des architectes. « C’est n’importe quoi ! Ça fait sept écoles par jour ouvrable. Vous imaginez ? Un équipement scolaire c’est environ 1000 m², avec 440 écoles ça fait 400 000 m², à diagnostiquer en trois mois ?, s’indigne Françoise Berthelot, présidente du conseil de l’Ordre régional des architectes. Je ne sais pas à quoi ils ont pensé et je me demande s’il ont conscience de la façon dont on analyse un bâtiment. » « Trois mois c’est très court, note également le parent d’élève cité plus haut. Il faut être une armée. »

Enfin, les « anti-PPP » regrettent le découpage géographique de ce marché : un lot pour le sud de la ville, un pour le nord. « On ne peut rien en conclure de définitif mais ça soulève une fois de plus l’inquiétude quant à la disparité territoriale », ajoute Christian Bruschi. Le cahier des clauses techniques prévoit en effet un lot pour les 2e, 3e, 4e, 5e, 13e, 14e, 15e et 16e et un autre pour les 6e, 7e, 8e, 9e, 10e, 11e et 12e. Les candidats ont jusqu’au 26 juin pour déposer leur candidature. Les entreprises retenues seront connues à la rentrée pour un rendu de l’expertise « fin novembre, décompte Danièle Casanova, l’adjointe LR aux écoles. Elle sera présentée au conseil municipal de décembre ». Le dernier de l’ère Gaudin.

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