Confortés par la justice, les opposants au PPP veulent un audit de toutes les écoles

Actualité
le 13 Fév 2019
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L'annulation de la délibération municipale actant un partenariat public-privé pour la construction de 34 écoles sonne comme une victoire pour les opposants au projet qui appellent à un audit de toutes les écoles. La mairie annonce vouloir faire appel et refuse de parler de défaite.

Pierre-Marie Ganozzi du collectif Marseille contre le PPP

Pierre-Marie Ganozzi du collectif Marseille contre le PPP

Le 12 février sera marqué d’une croix rouge dans le calendrier des « anti-PPP ». Architectes, instituteurs, parents d’élèves, professionnels du bâtiment, militants « attachés au service public »… les opposants au partenariat public-privé pour la destruction-reconstruction de 34 écoles marseillaises se souviendront de ce jour où la justice a décidé d’annuler la délibération qui acte le principe du recours à un tel contrat.

« Je suis ravie de cette nouvelle, voire émue. Les intervenants qui se sont mobilisés pour mener cette action l’ont fait pour défendre l’intérêt général et la qualité de vie des enfants », réagit Françoise Berthelot, présidente de l’ordre des architectes des Bouches-du-Rhône, qui a porté le dossier devant la justice avec son équivalent national et trois contribuables. « Cette victoire historique est le fruit d’un combat collectif et unitaire mené par des dizaines d’associations, d’organisations syndicales, de citoyens, d’élus dans le cadre du collectif Marseille contre les PPP », se félicite également le syndicat Sud Éducation 13.

L’argument, que les opposants au PPP n’ont cessé de répéter depuis le début de la mobilisation, est en effet repris par la justice. Elle estime que la mairie n’a pas réussi à prouver l’avantage financier de ce marché de partenariat par rapport à une maîtrise d’ouvrage publique (MOP).

La mairie fait appel

« Cette décision était attendue même si nous avions espoir. Nous sommes maintenant enclins à interjeter appel car nous sommes sûrs de la solidité de notre dossier, informe Yves Moraine, président du groupe de la majorité municipale. Ce n’est jamais très agréable mais en tant que connaisseur du droit je me permets de prendre de la distance. Ce n’est qu’une première manche et je sais que la cour d’appel peut apprécier ce dossier de manière différente. »

Dans sa communication officielle, la mairie maintient également sa position. « La rédaction du jugement s’enferme dans une querelle de chiffres en retenant ceux présentés par les opposants, sans démontrer non plus la réalité de ces contre-chiffrages », écrit dans un communiqué son service presse qui dénonce « un jugement partiel et partial ». La semaine précédant le dernier conseil municipal, la rapporteure publique avait conseillé l’annulation du projet. Dans l’hémicycle, le maire des 6/8 envisageait la défaite en tâchant de garder la tête haute.

Voix dissonantes

Le président du groupe majoritaire Yves Moraine proposait ainsi de « laisser [le dossier] totalement prêt pour que celui ou celle qui siégera à sa place en 2020 puisse prendre une décision”. Une reculade dont on ne dit pas le nom ? Yves Moraine bat en brèche cette idée. « La prochaine équipe municipale aura deux possibilités, appuyer sur le bouton et y aller ou appuyer sur le bouton pour jeter [le PPP] à la poubelle. Si c’est ma famille politique je ne manquerais pas de donner mon avis : je suis favorable à ce partenariat et convaincu que le projet alternatif de rénovation via une MOP n’est pas possible », continue-t-il de défendre… à titre personnel seulement. Car tous les membres de son groupe ne partagent pas cet avis.

Seul candidat déclaré à la succession de Gaudin à droite, Bruno Gilles a lancé les hostilités en septembre dernier. “En tant qu’élu de la majorité, j’ai été solidaire de cette décision mais je pense qu’il aurait peut-être fallu étudier d’autres propositions. Je ne suis pas un hyper fervent défenseur du PPP”, a-t-il déclaré auprès de Marsactu. Une position rapidement suivie par Martine Vassal, qui ne cache presque plus ses ambitions pour la mairie. La présidente du département et de la métropole a profité de ses vœux pour exprimer ses doutes sur le PPP. L’un et l’autre n’ont pas répondu aux sollicitations de Marsactu. Mais le sénateur a ouvert la porte sur les réseaux sociaux à une voie alternative.

« Nous leur tendons la main »

Si le sujet crée des divergences dans la famille politique de Jean-Claude Gaudin, les anti-PPP eux, ne veulent pas attendre une minute pour passer la seconde. À l’issue de l’audience, le collectif Marseille contre le PPP annonçait ainsi devenir le collectif PRE (« Pour la rénovation des écoles »). « C’est une victoire mais nous ne serons pleinement satisfaits que lorsqu’on aura reconnu la nécessité de faire des travaux dans toutes les écoles. Maintenant la balle est dans le camp de la mairie », lance Pierre-Marie Ganozzi, représentant de la FSU qui demande un audit rapide et complet de l’ensemble des écoles marseillaises. « Pour les écoles il faut agir plus que discuter, c’est ce que nous faisons en investissant encore massivement cette année. Dommage que la décision du tribunal fasse prendre du retard au nécessaire remplacement des écoles Pailleron par des écoles neuves et modernes », répond Yves Moraine.

« Je pense que la mairie se trompe en faisant appel. Elle ne fait que retarder le processus alors que c’est elle-même qui invoquait l’urgence pour justifier le recours au PPP », commente pour sa part Françoise Berthelot, dont l’institution doit réfléchir dans les prochains jours à l’aide qu’elle pourra apporter au collectif dans son initiative. « Ils sont peut-être fâchés, on va leur laisser le bénéfice de la déception mais il faut que dès demain ils comprennent que ce que nous proposons va dans le sens de l’intérêt général et acceptent de parler », insiste le secrétaire général de la FSU 13.

Le débat devrait en tout cas revenir sur le tapis lors du prochain conseil municipal, début avril. Une pétition sur le sujet menée par deux conseillers municipaux d’opposition a vraisemblablement dépassé les 10 000 signataires nécessaires pour permettre d’inscrire une nouvelle délibération à l’ordre du jour (lire notre papier). « La situation catastrophique des écoles sera abordée au prochain conseil municipal », assure ainsi Benoît Payan. L’élu PS prie la mairie de ne pas faire appel, tout comme l’élu PC Jean-Marc Coppola : « la Ville paye l’abandon des écoles de 1995 alors que c’est la seule compétence obligatoire d’une commune. Ce n’est pas une erreur de gestion, mais un choix politique. » Le débat devrait mériter le détour.

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