Candidat à la mairie, Bruno Gilles taille sa route au milieu des poids lourds

Décryptage
Jean-Marie Leforestier
14 Sep 2018 27

En se lançant un an et demi avant dans la course à la mairie, Bruno Gilles tente de camper un héritier critique de Gaudin. Sans jouer la rupture, il fait entendre des divergences sur la gestion de proximité, les écoles ou encore le Vélodrome qu'il réfléchit à vendre. Suffisant pour mettre tous les ténors de droite d'accord ?

Le tintinophile Bruno Gilles, sénateur Les Républicains, a lancé son opération Objectif lune. Jeudi soir, dans une “lettre aux Marseillais”, il a officialisé sa candidature à l’hôtel de ville. À dix-huit mois des municipales, il rêve d’être le premier maire de l’après Gaudin. Un grand saut pour celui qui, élu depuis 1995, était plutôt habitué à jouer les numéros 2, longtemps dans l’ombre de Renaud Muselier, aujourd’hui président de la région. Il a compté : 21 campagnes menées, le plus souvent comme directeur de campagne. Cela lui fait dire qu’il a “bien porté l’eau pour tout le monde”. En retour, il espère un peu de clémence de ces amis politiques dont il n’a pas apprécié qu’ils l’écartent un peu vite après ses soucis de santé à la fin de l’année 2017.

Se présenter si tôt est incontestablement une manière de couper l’herbe sous le pied à de potentiels concurrents mais la stratégie a aussi ses défauts : “Se déclarer maintenant, c’est à mon sens se mettre trop vite en position de cible”, note ainsi le maire des 6e et 8e arrondissement Yves Moraine. Président du groupe de la majorité municipale, fidèle du maire qui “ne pense plus du tout” à une candidature à la tête de la mairie après avoir caressé cet espoir, il salue toutefois “une démarche légitime, positive et constructive”.

Gaudin “soutiendra cette démarche”

“Je ne me présenterais pas si je n’avais pas le soutien de Renaud Muselier, Martine Vassal et Jean-Claude Gaudin”, assure Bruno Gilles. Interrogé ce jeudi par Marsactu, Renaud Muselier a été le premier des trois présidents d’exécutifs à confirmer cette intention : “Bien sûr que je soutiens sa démarche. C’est intéressant car il a de l’expérience, du savoir-faire et des compétences qui ont d’ailleurs été reconnus par le maire”, a développé le président de région.

Jean-Claude Gaudin, qui répétait à l’envi qu’il attendait que son équipe se mette d’accord sur un nom, a réagi avec un communiqué enthousiaste saluant “une déclaration légitime” : “Je le soutiendrai dans cette démarche”.

Après avoir botté en touche sur le sujet la semaine dernière sur le plateau de France 3 Provence-Alpes, la présidente du département et très probable future cheffe de la métropole Martine Vassal s’est contentée de souligner qu’il a “toute la légitimité pour engager cette réflexion”. Le credo des élus qui lui sont proches est resté le même : c’est trop tôt. “Compte tenu de l’arrivée de Martine Vassal à la métropole, je pense que cela aurait pu se faire à un autre moment. Pour ce qui est de 2020, je crois qu’il faut savoir travailler en équipe à un projet”, avance le vice-président au budget du département Didier Réault. Même son de cloche du côté de Sabine Bernasconi, vice-présidente chargée de la culture et maire des 1er et 7e arrondissements : “On a beaucoup de talents dans notre famille politique. Ce qui compte le plus, c’est le projet et le rassemblement qu’on pourra construire pour les Marseillais, le temps du choix viendra plus tard”, nous a-t-elle déclaré.

D’autres comme les députés Guy Teissier et Valérie Boyer, cités comme candidats légitimes car parlementaires n’ont pas retourné nos demandes d’entretien. Ils ont attendu vendredi après-midi pour s’exprimer dans des communiqués plutôt frileux. “Je prends acte de la déclaration de candidature de Bruno Gilles à la Mairie de Marseille ! Je prendrai bien sûr toute ma place dans une équipe soudée pour écrire une nouvelle page pour l’avenir de Marseille et des Marseillais”, a-t-il expliqué. Quant à son homologue des quartiers Est, elle a surtout tenu à rappeler qu’elle “mettrai[t] toute [sa] force et [son] énergie au sein d’une éuqipe rassemblée pour écrire l’avenir de Marseille”.

Camper un héritier critique de Gaudin

Satisfait de ne pas susciter d’hostilité majeure et immédiate, Bruno Gilles se pose en héritier critique de Jean-Claude Gaudin, loin d’égaler pour autant les sorties rudes de Renaud Muselier. “On a vraiment transformé Marseille. Avec Jean-Claude Gaudin, on a fait des choses magnifiques, explique-t-il. Mais en même temps l’environnement local – la propreté, la proximité, la voirie, la circulation, etc. – qui est loin d’être parfait et ce constat, je le fais sans complaisance. Penser le Marseille de 2050, c’est d’abord penser le quotidien des Marseillais.” Dit par celle qui lui a succédé à la mairie du 4/5, Marine Pustorino, “les gens quand ils sortent de chez eux le matin, ce n’est pas Euroméditerranée qu’ils voient mais le potelet descellé devant leur porte”.

Ce poids accordé à la proximité, Bruno Gilles en a fait sa marque de fabrique. Il n’est pas rare de le voir envoyer des photos aux services techniques pour signaler un trou dans la route ou un tag disgracieux. Ses assistants lui compilent dans d’imposants livrets les photos des groupes Facebook qui recensent les dysfonctionnements des services de ramassage des ordures ou les aberrations urbanistiques. Cela vaut aussi pour l’état des écoles sur lequel il accepte de détonner : “J’ai été effaré quand j’ai appris que des citoyens sont entrés dans une école pour la remettre en état [à la Viste, ndlr]. Bien sûr je ne peux pas cautionner que des gens rentrent dans une école mais d’un autre côté, je peux comprendre qu’ils soient tellement excédés en pensant que la mairie s’en fiche. Je veux comprendre comment on en est arrivé là.”

PPP des écoles, vente du Vélodome : le silence de l’élu, les doutes du candidat

Un des défis de sa candidature sera aussi de montrer qu’il n’est pas que cet homme du quotidien. D’ores et déjà, il fait entendre des différences sur des projets d’ampleur comme le partenariat public-privé pour reconstruire 34 groupes scolaires : “En tant qu’élu de la majorité, j’ai été solidaire de cette décision mais je pense qu’il aurait peut-être fallu étudier d’autres propositions. Je ne suis pas un hyper fervent défenseur du PPP.” Il fait aussi entendre sa différence sur le stade Vélodrome. A l’instar du candidat socialiste Patrick Mennucci en 2014, il veut “rouvrir le débat démocratique sur la vente du stade Vélodrome. Il y a quelques années, pour moi il n’y avait pas de débat, mais aujourd’hui, l’évolution de la gestion du Vélodrome fait qu’on n’a plus la main dessus entre l’OM qui y joue régulièrement, les matches de rugby et les concerts. Cela ne nous sert qu’une fois par an pour la grande fête des écoles. Ça mérite d’être débattu !”

Pour décider, Bruno Gilles entend trancher par une méthode qui a pour avantage de ne pas l’obliger à dévoiler de suite un projet. Il imagine “un site Internet pour trancher sur les grands projets avec un genre de referendum pour une décision qui ne doit pas être forcément prise par les seuls conseillers municipaux”. De même il vise “une vraie campagne participative pour lancer un large mouvement qui puisse rassembler les Marseillaises et les Marseillais avec une méthode simple : aller voir les gens, les entendre sur les constats mais aussi sur les solutions.”

Si la méthode est martelée comme un credo du nouveau monde, elle n’occulte pas la candidature de réseaux que constitue celle de Bruno Gilles. Président du comité d’action sociale de la Ville de Marseille, sa proximité avec Force ouvrière est connue à la Ville de Marseille comme à l’AP-HM dont il est un très influent vice-président du conseil de surveillance. Cette proximité avait notamment été affirmée aux municipales de 2008. Le syndicat majoritaire l’avait soutenu lors d’un entre-deux tours décisif lors duquel il avait écarté du chemin vers la mairie Jean-Noël Guérini, venu le défier dans son secteur.

Cette proximité avec FO va de pair avec une réputation de “plus grand clientéliste de Marseille” dont il s’amuse pour mieux la balayer : “Honnêtement, c’est une tempête dans un dé à coudre. C’est me donner bien plus de pouvoir que j’en ai de penser que j’ai fait la carrière des uns et des autres en les faisant embaucher. Je fais des interventions, comme les autres. Que le premier élu qui n’a jamais fait d’interventions pour un emploi ou un logement lève le doigt. Il n’y en aura pas beaucoup.” Aujourd’hui, c’est à sa propre carrière que Bruno Gilles veut donner un coup de pouce.

Le candidat qui lance la course

Bruno Gilles est le deuxième candidat officiel à la mairie de Marseille parmi les principales familles politiques. Avant lui, seul Stéphane Ravier, sénateur Rassemblement national et ex-maire des 13e et 14e arrondissements s’est déclaré, en mars dernier.

Du côté de la République en marche, la piste Christophe Castaner s’est refroidie. Le secrétaire d’État est revenu sur la question la semaine dernière encore en précisant qu’il n’était “pour l’heure” pas candidat à la mairie de Marseille.

Point de candidat non plus pour La France Insoumise, dont le leader et député de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône Jean-Luc Mélenchon entretient toujours le doute. “Si je vous dis non, on va dire ‘ah ben c’est bon, on est tranquille, il n’est pas là’. Si je vous dis oui, on dira ‘il est fou, il veut tout'”, déclarait-il par exemple sur RMC/BFMTV en février dernier.

Enfin, la sénatrice socialiste Samia Ghali a déclaré ne “pas du tout” exclure de se présenter alors que son parti est loin d’avoir fixé sa stratégie pour ce scrutin.

Correction : Ajout de la réaction de Martine Vassal sur Facebook qui nous avait échappé puis actualisation avec la mention des réactions des parlementaires Guy Teissier et Valérie Boyer.

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