Écoles marseillaises : l’audit introuvable de 2016

Décryptage
Rémi Baldy
12 Mar 2019 11

Face aux problèmes qui se multiplient dans les écoles marseillaises, le gouvernement s’est une nouvelle fois engagé à rendre un rapport sur l’état du bâti des établissements de la ville d’ici le 30 septembre. Celui réalisé par le ministère de l’Éducation en 2016 n'a lui jamais été rendu public.

Une classe d'école marseillaise. (LC)

Une classe d'école marseillaise. (LC)

Les écoles marseillaises reviennent sur le devant de la scène nationale. Et lorsque le sujet remonte jusqu’au ministère de l’Éducation, ce n’est jamais vraiment bon signe. Comme en 2016, c’est l’état des établissements scolaires qui inquiète après des problèmes à répétition. Cette fois, le déclencheur n’est pas la lettre d’une enseignante en colère, mais l’opposition au partenariat-public-privé (PPP) contracté par la ville pour la reconstruction de 34 écoles. Une contestation qui a suscité l’intérêt des politiques, de la pétition de Benoît Payan et Jean-Marc Coppola à l’idée d’un audit par les députées LREM.

Le tribunal administratif a finalement annulé le PPP (lire notre article) mais Cathy Racon-Bouzon, députée LREM de la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône, a présenté un amendement, dans le cadre de la loi « école de la confiance », pour que le gouvernement remette d’ici le 30 septembre un « rapport sur l’état du bâti des écoles maternelles et élémentaires à Marseille ». Soit 445 établissements.

« Au-delà du PPP, ce qui nous paraissait le plus démentiel dans cette histoire c’était le choix des 34 écoles qui ne s’appuie pas sur un état des lieux précis de tous les établissements », assure l’élue. Le plan d’un milliard d’euros de la mairie se concentrait sur les « écoles Geep ». Ce nom, issu de l’entreprise à l’origine de ce modèle, désigne des bâtiments conçus avec une structure métallique préfabriquée. Mais les problèmes qui touchent les écoles marseillaises concernent aussi des établissements dans un bâti plus traditionnel.

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Un premier rapport en 2016

Un état des lieux est censé avoir déjà été fait en 2016, mais Cathy Racon-Bouzon assure « n’avoir jamais réussi à récupérer le rapport ». Ce que confirme Claire Pitollat, députée LREM de la 2e circonscription. Face au refus des services de l’État de transmettre le document, elle n’a pas souhaité présenter l’amendement avec ses collègues estimant que « passer par la loi est un peu un constat d’échec ».

Du côté de l’académie Aix-Marseille, la direction des services départementaux de l’Éducation nationale des Bouches-du-Rhône (DSDEN 13) assure que le document existe bel et bien. Mais tout comme la Ville, elle ne souhaite pas le transmettre à la presse estimant qu’il s’agit d’un « document de travail » et « d’une photographie à moment donné ». Le cabinet du recteur explique seulement que « l’état des lieux a fait l’objet d’un suivi constant, mais à l’époque il se concentrait sur l’amiante dans les écoles ».

Le problème de l’amiante était effectivement l’un des points soulevés par Charlotte Magri, l’enseignante qui avait lancé l’alerte dans un texte diffusé par Marsactu en décembre 2015. Mais il n’était pas le seul, des toitures vétustes aux sanitaires inadaptés. Trois ans plus tard, les travaux d’urgence demandés par l’État, et financés via une enveloppe de cinq millions d’euros initialement alloués à la politique de la ville, n’ont pas suffi. « Il y a des écoles avec un déficit d’entretien et d’autres où le déficit est majeur comme celle où le raccord du tout-à-l’égout n’a pas été fait, celle où le plafond s’effondre ou encore celle où le chauffage ne fonctionne pas », énumère Cathy Racon-Bouzon.

Faire remonter les informations « correctement »

Pour ce nouveau rapport, les modalités de sa réalisation ne sont pas encore définies. « Le ministère de l’Éducation va créer une cellule sur le bâti scolaire de façon à avoir une expertise », avançait le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer , face à l’Assemblée nationale, le 15 février dernier. Le ministre avait déjà parlé de la création de cette cellule en octobre, lorsqu’il avait été interpellé sur la présence d’amiante dans les établissements publics par la députée communiste des Hauts-de-Seine, Elsa Faucillon. « C’est bien en cours, mais il est encore trop tôt pour en parler en détail », nous fait savoir le ministère à propos de cette cellule.

L’intervention de Jean-Michel Blanquer était une nouvelle fois empreinte du souci de ne pas se « substituer aux collectivités locales. En revanche être en conseil et dans des cas un peu extrêmes être en mesure de faire le rapport que vous demandez de façon à apporter des solutions, nous avons incontestablement à le faire pour garantir les conditions de vie des élèves et donc nous le ferons ». Interpellé sur Public Sénat en novembre dernier par la sénatrice PS Samia Ghali pour réaliser un audit des écoles, il s’était déjà dit « tout à fait disposé à le réaliser dans la mesure où cela nous arrive de le faire dans différents endroits dans une perspective coopérative avec la commune ». Le ministre avait ensuite fait machine arrière arguant qu’il « ne peut pas se substituer à la municipalité ».

Face à la sénatrice, il précisait tout de même que l’état des lieux ne partirait pas de zéro : « Le rectorat de Marseille a déjà beaucoup travaillé avec la ville, cela a donné lieu au projet de construction ». Soit le fameux rapport de 2016. Une analyse que partage Cathy Racon-Bouzon : « Les services de l’éducation nationale ont la connaissance du terrain. Sur les 444 écoles du parc, toutes celles qui tiennent debout ne sont jamais évoquées et ne font pas l’objet d’alerte ».

Du côté de la mairie, c’est silence radio, l’adjointe à l’Éducation Danièle Casanova n’a toujours pas réagi sur le sujet. « Nous ne souhaitons pas communiquer tant que nous ne connaissons pas les modalités de cet audit », nous signale le service presse. « Comme en 2016, nous n’agirons pas tout seul, c’est-à-dire que nous associerons les services de la préfète déléguée pour l’égalité des chances et la ville de Marseille, il n’a jamais été question de nous substituer », prévient la DSDEN 13. 

Séverine Gil, présidente de l’association Mouvement des parents d’élèves (MPE 13), espère un « vrai état des lieux qui n’oublie aucune école et pas seulement sur le bâti, mais aussi avec les travaux de rénovation, de plomberie, d’électricité ou si une façade doit être repeinte ». Au-delà du contenu, Séverine Gil attend un audit « consultable et indépendant » pour que « les informations remontent correctement »

Les directeurs des écoles sollicités

Cathy Bacon-Rouzon avance « l’hypothèse de quelque chose comme pour la rue d’Aubagne avec des experts du CSTP [ndlr : Centre scientifique et technique du bâtiment] envoyés par l’État en support de la municipalité ». Une piste qui ne semble pas être celle poursuivie par le rectorat pour l’instant.

Le directeur académique Dominique Beck a envoyé un courrier le 4 mars à l’attention des directeurs des écoles marseillaises pour réaliser un premier état des lieux. Il leur demande de remplir avant le 15 mars un tableur informatique « qui permettra d’objectiver et de prioriser les travaux dont le suivi sera centralisé à la direction académique ». Le tableau dresse sous forme de QCM, avec la possibilité d’écrire un commentaire « factuel et concis« , six grandes catégories : état général du bâti, isolation, fonctionnement du chauffage, présence de nuisibles système électrique et état des sols ou des murs. « Une grille complémentaire », selon la DSDEN qui assure que « cette démarche n’est pas liée à l’amendement, elle s’inscrit dans une suite de logique, nous voulions remettre à plat ce que nous avons initié en 2016 ».

Lors d’une réunion tenue vendredi entre la DSDEN et l’association MPE, où l’audit n’était que l’un des thèmes abordés, le rectorat a rapidement balayé le sujet. « Ils nous ont dit que dans les textes, ce sont les services de l’État qui devaient le réaliser, mais que la loi n’est pas encore passée », relate Carine Ouerfelli, administratrice de l’association. Aucune date n’est encore prévue pour son examen au Sénat, après le vote de l’Assemblée. Une éventuelle intervention des services de l’État devra donc encore se faire attendre.

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