Le campus Saint-Charles, modeste “noyau dur” de la mobilisation étudiante marseillaise

Actualité
le 13 Avr 2018
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Pour la première fois depuis le début du mouvement national, les étudiants marseillais ont bloqué jeudi l'accès au campus Saint-Charles pour protester contre la réforme de l'université. Entre le comité de mobilisation et les nouveaux venus, les formes de luttes se discutent quotidiennement en assemblée générale.

Des étudiants bloquaient l'entrée du campus Saint-Charles jeudi matin. (image Clara Martot)

Des étudiants bloquaient l'entrée du campus Saint-Charles jeudi matin. (image Clara Martot)

Ils estiment être une cinquantaine d’étudiants à dormir sur le campus depuis le jeudi 5 avril. Leurs sacs de randonnée, oreillers et tapis sont tassés contre les murs du grand amphithéâtre qu’ils tiennent jour et nuit. Des pancartes sont en cours d’élaboration sur le sol. Dans un coin, une “bibliothèque autonome” commence à recueillir quelques dizaines d’ouvrages, romans, essais, et tracts militants. Le midi, deux étudiantes dégainent les marmites de soupe. Comme leur camarades du reste de la France, les étudiants marseillais protestent contre la loi ORE (Orientation et réussite des examens) portée par la ministre de l’enseignement supérieur Frédérique Vidal. La mobilisation des étudiants marseillais est tardive, mais a fini par bloquer un campus, ce jeudi 12 avril : celui de la faculté des sciences à Saint-Charles.

“C’est difficile de mobiliser ici”, constate Sylvain, en L2 Sciences et Humanités, une filière unique en France créée ici en 2012. Sur ce campus exclusivement scientifique, les étudiants de la licence Sciences et Humanités constituent la majorité du comité de mobilisation. Sylvain explique la modestie des effectifs par une raison logistique toute locale : “l’université d’Aix-Marseille est l’une des plus grande de France, mais aussi l’une des plus éclatées. Entre ici, Saint-Jérôme, Luminy… Il n’y a pas de noyau dur. C’est ce que nous essayons de créer.” Les violences survenues à l’université de Montpellier la nuit du 22 mars ont gonflé les rangs de la contestation : “c’est véritablement depuis ce jour que des étudiants d’autres campus ont commencé à venir vers nous, nous demander ce que l’on pouvait faire ensemble.”

Le bloquage du campus fait débat

Deuxième cause de la faible mobilisation marseillaise selon Sylvain, la politique de l’université d’Aix-Marseille : “la philosophie de l’université, c’est la dépolitisation par excellence. Il y a zéro vie associative. On était moins nombreux au printemps des associations étudiantes, qu’à l’AG (assemblée générale) d’hier !” Le comité de mobilisation n’est pas peu fier de la fréquentation de l’AG de mercredi, estimée à 250 personnes. “Nous faisons des AG tous les jours et cela dure des heures, car on n’est pas tous d’accord”, sourit Marie-Alice, en L3 Biologie cellulaire. Principal ordre de la réunion de ce jeudi : le vote de la reconduction du blocus. C’est le point qui fait débat. Autrement, “la majorité des étudiants présents sont d’accord sur les principes de la lutte”, rapporte une membre du comité de mobilisation, aussi en L2 Sciences et Humanités.

Parmi les peurs les plus partagées, celle de voir son diplôme “dévalué”, en comparaison d’autres diplômes d’universités plus prestigieuses, si ces dernières ont la possibilité de sélectionner uniquement les meilleurs élèves. Une crainte que ne partage pas Laurence Mouret, doyenne de la faculté des sciences d’Aix-Marseille, qui soutient la réforme. “Dans tous les cas, il y a des inégalités entre les universités. Aujourd’hui déjà, la Sorbonne est plus prestigieuse qu’Aix-Marseille. Qu’est ce que la sélection va changer, franchement ?”, interroge-t-elle.

Olivier Morizot, professeur de physique et responsable de la licence Sciences et Humanité, avance un argumentaire opposé. À ses yeux, le campus Saint-Charles, déjà peu convoité par les étudiants, n’a rien à gagner dans la sélection à l’entrée et perdra simplement du temps dans le processus. Comme les candidatures ne sont plus hiérarchisées, les futurs étudiants choisissent Saint-Charles parmi neuf autres facs. “Jusqu’ici, la faculté de Saint-Charles n’était pas sous pression : elle recevait un millier de candidatures, ce qui correspond à nos capacités d’accueil. Cette année, puisque les étudiants ont formulé des vœux non hiérarchisés, c’est à nous de traiter les candidatures, et nous en avons reçu 4.000 ! Dont la majorité ne souhaite absolument pas venir ici, et ne viendra pas”, déplore-t-il.

Le matin, Olivier Morizot a participé à une AG de personnels de l’université dans la gare Saint-Charles, faute de pouvoir rentrer sur le campus. Du côté de l’amphithéâtre, l’AG étudiante enregistre peu de nouvelles recrues par rapport au pic de la veille, malgré la détermination du comité de mobilisation, qui a tracté sur les autres campus de Marseille mardi. À vue d’oeil un peu moins de 200 étudiants sont présents.

Quelques nouvelles recrues ont accompagné les militants plus anciens pour bloquer le bâtiment 5, le plus grand de Saint-Charles. En abandonnant le bloquage du site entier. “Les personnes qui nous ont rejoints aujourd’hui voulaient lutter mais pas forcément bloquer ce campus qui n’est pas le leur”, regrette une membre du comité de mobilisation. Après avoir accueilli des migrants, puis des cheminots dans l’amphi ces derniers jours, ils participeront à la manifestation unitaire ce samedi.

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Commentaires

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  1. Félix WEYGAND Félix WEYGAND

    Quelques rappels à partir des chiffres 2016-17. Il y a eu 2,6 millions d’inscriptions dans l’enseignement supérieur en France (tous niveaux confondus). Seulement un peu plus 1,4 million concernait les des formations dans des facultés sans sélection à l’entrée ; parmi celles-ci il faut compter plus de 200 000 étudiants dans des études de santé dont la sélection, drastique, s’opère en fin de 1ere année sur concours.
    En fait les inscriptions en première année dans ces facs ne concernent qu’1/3 des bacheliers (chiffres rentrée 2015).
    Parmi ceux-là un nombre important y viennent parce qu’ils n’ont eu aucun accès aux filières sélectives auxquelles ils avaient postulé, ils sont donc en première année “par défaut”, souvent pour retenter leur chance dans une de ces filières l’année suivantes. Malgré cela il y a un certain nombre de filière qui voient arriver plus de demandes d’inscriptions qu’il y a matériellement de places en première année (c’est par exemple le cas des STAPS ou de la Psycho dans certaines universités), ces dernières années ces étudiants à l’entrée de ces filières ont été sélectionnés par tirage au sort !
    Le nouveau système proposé a certainement des défauts, mais ceux et celles qui s’y opposent aujourd’hui en prétendant qu’il instaure une sélection qui va interdire aux étudiants de faire les études de leur choix sont donc des menteurs. Je pèse mes mots, et j’explique pourquoi je suis aussi sévère :
    1°) Les étudiants sont d’ores et déjà soumis à la sélection puisque 2/3 des bacheliers soit vont vers des filières sélectives, soit ne font pas de poursuite d’étude.
    2°) Bon nombre de ceux qui vont vers les filières non-sélectives de l’Université le font par défaut et, si ces filières sont saturées, ils étaient sélectionnés de la manière la plus imbécile qui soit : le tirage au sort. Ils sont donc doublement sélectionnés.
    3°) Avec le nouveau système, dans les facs où il n’y a pas de tension, rien n’empêchera les collègues enseignant-chercheurs, comme celui interrogé dans l’article, d’admettre tous les étudiants qui veulent s’inscrire.
    4°) En revanche problème qu’il évoque est bien réel : il est pratiquement impossible de trier correctement dans un flux de milliers de candidatures non hiérarchisées. C’est un vrai défaut du nouveau système mais il n’a rien à voir avec une quelconque volonté sélective.

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  2. Félix WEYGAND Félix WEYGAND
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  3. corsaire vert corsaire vert

    Davantage de chances d’être sélectionné si” papa” connait quelqu’un … non ?
    Le tirage au sort était injuste mais maintenant la nouvelle sélection est destinée à accepter les gosses de riches ou influents, même les cancres …
    Ne pas accepter tous les inscrits et donner leur chance à tous ,revient à reconnaître l’insuffisance des moyens des facs .

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    • Félix WEYGAND Félix WEYGAND

      Bien entendu, les pistons peuvent exister, mais ils concernent plutôt les enfants de profs (ou les enfants d’amis de prof) que les privilégiés de la fortune ou de l’influence politique.
      La reproduction sociale joue déjà en amont : les gosses de riches ne se précipitent déjà pas à la fac sur les filières susceptibles d’être “en tension”, (mis à part le Droit qui chez nous à Aix-Marseille Université n’est pas en tension), mais plutôt sur les filières sélectives ou, s’ils sont vraiment cancres, sur les “bachelors” des business schools payantes.
      Sur les filières en tension où la “sélection” permise par le système va s’appliquer, il n’est possible que de répondre “oui” ou “oui si” et d’assortir ce “si” d’un certain nombre de préconisation de mise à niveau.
      Enfin vous avez raison : l’Université publique n’a clairement pas assez de moyens (matériel, humain ET -très important- en savoir-faire pédagogiques) pour mettre s’occuper correctement d’étudiants à la fois nombreux et en difficulté.
      Il faudra avoir le courage un jour de dire que l’Université telle qu’elle est en France n’est pas faite pour absorber 80% des jeunes d’une classe d’âge qui réussissent le Bac et les amener correctement à la Licence (Bac+3) ; si c’est bien cela que l’on veut faire, cela implique de créer des “Collèges universitaires”, un peu comme aux USA. Fautes de le faire “officiellement” on le laisse faire subrepticement avec les BTS qui sont donnés par des établissements d’enseignement secondaire (quand tout va bien) ou (quand les jeunes et leurs familles se font escroquer) par un offre privée de plus en plus mercantile et mensongère.

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