Le bailleur social Logirem a offert un parachute doré à son ancien directeur

Enquête
le 20 Fév 2021
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Un ancien directeur général qui avait quitté l'entreprise y est revenu pour y être très rapidement licencié, touchant au passage plus de 300 000 euros. Un montant injustifié aux yeux de l'agence nationale de contrôle du logement social.

Logirem est un des principaux bailleurs sociaux de la région. (Photo JV)

Logirem est un des principaux bailleurs sociaux de la région. (Photo JV)

La somme ferait rêver plus d’un locataire. L’ancien directeur de Logirem a reçu plusieurs centaines de milliers d’euros lors de son départ en 2018. Le parachute doré est pointé par l’Agence nationale de contrôle du logement social (Ancols). Filiale HLM du groupe Habitat en région, l’entreprise gère plus de 20 000 logements entre Provence-Alpes-Côte d’Azur et la Corse.

La somme exacte versée fait l’objet de témoignages divers. Un élu du personnel assure avoir compté 500 000 euros en plusieurs versements, sans être contredit par la direction. Mais le principal concerné, Éric Pinatel, aujourd’hui directeur général d’Unicil, un autre bailleur social, jure que son indemnité atteignait “un peu plus de 300 000 euros, avec les congés payés et le préavis de trois mois, ce qui est le droit du travail”.

“Son ancienneté ne justifierait pas les sommes”

L’actuelle directrice générale Fabienne Abecassis s’est refusé à donner plus de détails dans un message aux salariés. Elle y confirme tout de même le coup de règle sur les doigts de la part de l’Ancols. “Une indemnité financière a été fixée au regard à la fois des fonctions exercées, du motif du licenciement, des circonstances de la rupture et de l’âge de l’intéressé. Pour l’Ancols, son ancienneté ne justifierait pas les sommes qui lui ont été versées dans le cadre de ce protocole”, explique-t-elle dans ce courriel que Marsactu s’est procuré. Elle n’a pas donné suite à nos questions.

De 2017 à 2018, Éric Pinatel est dirigeant d’Erilia, mais garde un contrat “suspendu” chez Logirem

Les conditions dans lesquelles Éric Pinatel a été licencié ressemblent étrangement à un tour de passe-passe. En 2018, il n’était théoriquement plus à Logirem. Le 1er septembre 2017, il avait pris de nouvelles fonctions de directeur général délégué chez Erilia, la société qui chapeaute l’activité logement social du groupe Habitat en régions. Mais c’était sans compter sur son second lien avec Logirem. Entré en 2013 au sein de l’entreprise, il y bénéficiait d’un contrat salarié en plus du statut de mandataire de l’entreprise au titre de son poste de directeur général. Il percevait ainsi, selon un audit commandé par le comité social et économique, 117 000 euros par an comme salarié et 13 000 euros par an comme mandataire social, dirigeant de l’entreprise.

Ce cumul constitue pour l’Ancols “une irrégularité” qui a couru de 2014 à 2017, un qualificatif que l’intéressé conteste, évoquant “une pratique assez courante”. Éric Pinatel explique que le contrat de travail de salarié avait été suspendu à sa prise de fonction chez Erilia. Cette suspension constituait, toujours selon son expression, “une sécurité” lui permettant notamment de conserver des droits de salariés comme le chômage, si son mandat social venait à lui être retiré.

Retour express pour licenciement

Mais cette version résiste mal à l’examen des événements du début de l’été 2018. Le 30 juin, il quitte officiellement ses fonctions de directeur général délégué d’Erilia, quinze jours après avoir présenté sa démission “pour raisons personnelles”. Il abandonne alors une rémunération très confortable relatée par l’Ancols dans un autre rapport rendu public : “un mandat social de 200 000 €, une part variable de 60 000 €, un véhicule de fonction, un contrat de retraite complémentaire, une assurance perte d’emploi des dirigeants d’entreprise (GSC) ainsi qu’une indemnité complémentaire de cessation de mandat correspondant à neuf mois de rémunération brute (hors démission)”.

En démissionnant d’Erilia, Éric Pinatel perd la possibilité de toucher une confortable indemnité et l’équivalent d’un chômage avec sa garantie sociale des chefs d’entreprise (GSC). C’est justement ce qu’il va retrouver grâce à Logirem, où l’attend toujours son contrat “suspendu”. Il y retourne au mois de juillet pour s’y faire licencier.

Une mystérieuse “faute réelle et sérieuse”

Il  n’était pas là, personne ne l’a vu. Le comité d’entreprise de l’époque n’a pas été avisé.

Durant cette période, “il  n’était pas là, personne ne l’a vu. Le comité d’entreprise de l’époque n’a pas été avisé. Il n’y a pas eu de message de bienvenue sur l’Intranet où est annoncé l’arrivée des nouveaux salariés”, assure un salarié expérimenté qui livre un témoignage que nous avons pu recouper. Le 31 juillet suivant, le groupe engage une procédure de licenciement pour “faute réelle et sérieuse” à son encontre. Le 7 septembre, le protocole transactionnel est signé entre les deux parties.

Contacté, Éric Pinatel confirme avoir été employé sur cette courte période mais renvoie la décision à la maison-mère d’Habitat en région, le groupe Banque populaire-Caisse d’épargne qui n’a pas répondu à notre demande d’entretien. “Je suis celui qui a été licencié dans cette histoire. Il y avait un désaccord sur le montant des indemnités de licenciement et ensuite, cela a donné lieu à une transaction validée par les instances de BPCE”, résume-t-il. Il refuse d’évoquer la faute invoquée en se retranchant derrière une obligation de “confidentialité”.

Les conditions de son départ interrogeaient de longue date les organisations syndicales. Lors d’un comité social et économique (CSE), les élus du personnel avaient tenté d’en savoir davantage, sans réponse de la direction. Depuis la réunion du 23 avril 2020, l’instance s’est donné la possibilité d’agir en justice : “le secrétaire du CSE (élu FO) est habilité à engager toutes les procédures nécessaires, tant au civil qu’au pénal, pour faire juger du caractère frauduleux des sommes versées à des dirigeants ou des salariés, ayant notamment quitté l’entreprise, et à faire sanctionner le dit fait”. Selon nos informations, une plainte au pénal devrait être déposée au nom du CSE dans les semaines à venir.

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Commentaires

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  1. barbapapa barbapapa

    à de tels niveau d’engraissement, c’est du braquage ! Immoral car il s’agit de budgets destinés à gérer l’habitat des pauvres gens.
    Comportement et actions plus graves et plus lucratives que celles des gros dealers de shit des cités concernées.

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    • BRASILIA8 BRASILIA8

      et avec beaucoup moins de risque

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  2. Dark Vador Dark Vador

    Il apparait clairement que son arrivée à Logirem avec “licenciement express” est un arrangement, à la lecture de l’article cela ne fait aucun doute. Professionnellement j’ai connu pareille entourloupe dans l’entreprise où j’exerçais de la part d’un cadre sup’, très ami du gérant… Là il s’agit d’argent public, c’est une autre paire de manches. 300.000 € (mini) payés rubis sur l’ongle par Logirem alors que dans le même temps cet organisme organise et prépare de futures expulsions suite aux difficultés de locataires en grande précarité…

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  3. zaza zaza

    Ce n’est pas le maire du 5/8 qui est à la Logirem depuis de nombreuses années ?

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    • zaza zaza

      oups 6/8

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    • Nicolas Nicolas

      oui

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  4. BRASILIA8 BRASILIA8

    300 000€ pour un licenciement pour “faute réelle et sérieuse”
    un tel motif en général c’est 0€ !

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  5. jasmin jasmin

    Logirem présente ainsi sa gouvernance et sa nouvelle directrice générale. C’est la seule femme dans la gouvernance. Est elle trempée aussi dans cette affaire de licenciement bidon? https://www.logirem.fr/logirem/qui-sommes-nous/

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  6. jasmin jasmin

    J’ai relu l’article avec attention. Je comprends donc que Banques Populaires-Caisses d’Epargne, BPCE, chapeaute le groupe Habitat en Region, qui lui-même chapeaute Erilia pour les actions de logement social, et Logirem, entre autres.

    Eric Pinatel est passé en 2017 de Logirem où il était à la fois salarié et DG avec mandat social, à Erilia comme DG et mandat social en négociant une suspension du contrat chez le premier, au cas où ça foirerait chez Erilia, ce qui s’est produit. Il en a démissionné et donc n’a pas pu bénéficier des avantages lié au mandat social chez Erilia, mais est revenu à Logirem grâce à son contrat suspendu et en a été licencié en bénéficiant des avantages liés au mandat social de Logirem.

    Vu qu’il est resté dans le même groupe Habitat en Région, le tout sous les BPCE, et vue depuis le groupe, l’opération parait neutre. Ce qu’il n’a pas eu chez Erilia, il l’a eu chez Logirem. Tout ça vient de la même source financière. Ces “antennes” de BPCE avec un mandat public viennent quand même de fonds privés non, et ils utilisent les intérêts de placement des Livrets A et autres épargnes, non? Du coup, je ne crois pas que le contribuable ou Habitat Région ou BPCE soient particulièrement lésés.

    Le problème c’est la gouvernance pourrie de ce groupe, qui estime Eric Pinatel compétent pour le mettre DG de Erilia pour 10 mois, bidouille en suspension de contrat, et le licencie pour faute grave. C’est plutôt Habitat Région et comme dans le passé BPCE qui sont vraiment mauvais en gestion managériale et surtout le recrutement des cadres supérieurs. Ils ont été condamnés en 2020 pour écart de salaire hommes-femmes de 18%, on voit d’ailleurs bien combien de femmes ils ont dans leurs instances de gouvernance, avec des conseils d’administration remplis d’hommes blancs. Pour une gestion d’habitat social, c’est vraiment bizarre. Ca frise l’incompétence et l’ignorance de comment la société fonctionne. En 2014, la Caisse d’Epargne de Lyon a également été condamnée pour sa gestion managériale. Depuis que la Caisse d’Epargne est sortie de son rôle et fusionné avec la banque privée, puis s’est orientée vers l’international en faisant des erreurs stratégiques, puis maintenant avec sa gestion managériale pourrie, n’importe quelle instance de ce type aurait coulé et fermé boutique. Eux continuent. Je continue d’espérer que des Protestants viennent les mettre sous tutelle…

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    • Nicolas Nicolas

      Bonjour.
      Votre raisonnement est exact à un détail près : Logirem et Erilia sont des SA d’HLM. A ce titre elles bénéficient de beaucoup d’avantage et perçoivent beaucoup de fonds public pour leur permettre d’exercer leur mission d’intérêt général ; qui sans ces aides ne serait pas rentable. Or cette dépense n’apparait pas indispensable à l’exercice de cette mission.

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  7. julijo julijo

    c’est définitivement immoral, quand on voit la gestion dans l’attribution des logements de l’habitat social s’attend -on vraiment à de la “moralité” de la part des dirigeants ?
    et tout ça bien sûr est très probablement parfaitement légal.

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  8. corsaire vert corsaire vert

    La honte !!! il y a vraiment de la pourriture dans nos institutions !
    Il faut revoir les statuts du personnel ( surtout ceux des cadres sup et les financements publics ) et lui faire rendre cette indemnité .
    Un licenciement pour faute grave ne peut être légalement indemnisé ! il y a arnaque flagrante .
    Quelle ville !mais où va t- elle ? à la tutelle comme ce fut le cas par le passé ?

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  9. jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

    Morale et Entreprise font-elles bon ménage?
    Morale et Politique font-elles bon ménage?
    Chacun sa logique et les locataires-citoyens-contribuables seront bien tondus…
    C’est à ces derniers qu’il en revient dans les collectifs,
    associations, les syndicats, les journaux (merci Marsactu !) de discerner, dénoncer ces manipulations.

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