Sodexo : l’envers des menus froids servis aux écoliers marseillais

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Élodie Crézé
4 Déc 2015 14

La semaine dernière, la grève de la Sodexo démarrait dans la discrétion la plus totale. Alors que 23 salariés sont mis-à-pied, le service n'est pas assuré. Si la situation est en passe d'être résolue, les parents d'élèves dénoncent le silence de la Ville et des plats de substitution insatisfaisants.

Au menu ce jeudi, affiché devant une école marseillaise : « cubes de poissons en sauce, petits pois au jus, Vache qui rit, biscuits ». Le tout figure à côté d’une « note d’information aux parents » signée par la Sodexo qui explique les perturbations subies par les petits écoliers depuis le 23 novembre.

Si le menu du jour sans entrée est servi chaud, les élèves ont souvent dû se contenter de repas froids ces deux dernières semaines. « Depuis dix jours, les enfants ont le droit, par exemple, à une conserve de lentilles, de betteraves et de thon et parfois une crème Mont-Blanc. Un jour sur deux, il y a des raviolis réchauffés. Au saumon la plupart du temps, sinon au tofu ou aux épinards et pas de pain, pas de produits laitiers. Même les biscottes sont rationnées! », déplore Hinda Bennour, secrétaire de l’association des parents d’élèves de l’école Saint-Charles 1.

« Depuis le début de la grève les enfants sont nourris exclusivement de conserves, sans dessert, sans pain et sans produits laitiers », affirme Kaouther Ben Mohamed, parent d’élève du groupe scolaire Vincent-Leblanc (2e) et, par ailleurs, ancienne candidate de la liste Changer la donne (divers gauche) dans ce quartier. Las de voir les minots manger des plats froids ou jugés insuffisants, certains parents ont même demandé l’autorisation de leur préparer des pique-niques, ce qui leur est refusé « par mesure d’hygiène », précise la parent d’élève.

Une sortie de grève à la Sodexo qui fait des mécontents

Ces menus sont très éloignés des engagements de variété, d’équilibre et de fraîcheur défendus par le délégataire des cantines municipales. Ils correspondent au dispositif de substitution prévue par la Sodexo en cas de défaillance. Cette fois-ci, le recours à ce plan B suit un mouvement de grève déclenché le 22 novembre à la cuisine centrale de Pont-de-Vivaux (10e). Un accord rapidement signé avec trois organisations syndicales entraîne une reprise du travail. Mais celle-ci n’est pas générale. En effet, 23 salariés – dont 18 chauffeurs – jugent insuffisante l’augmentation salariale promise et refusent de reprendre le boulot. Ils sont aussitôt mis à pied par la direction. À l’époque, celle-ci nie tout effet du mouvement sur les repas servis depuis dans les cantines.

Aujourd’hui, chez Sodexo, on admet ces difficultés mais on plaide la bonne volonté. Eric Gardet, le  directeur régional éducation assure que « depuis le début, tout a été mis en place pour que les 50 000 enfants puissent manger normalement. Nous avons dû faire face à une situation catastrophique où il a fallu prendre position rapidement. » Face aux récriminations des parents concernant des repas froids et l’absence de pain frais, Eric Gardet assure que « cela n’a été le cas que sur une seule journée pour les repas froids, et une autre journée où le pain frais a été remplacé par des biscottes. Chaque jour des repas ont été servis aux enfants des 444 écoles ». 

« Les enfants sont trop petits pour se plaindre »

Mais la Sodexo n’échappe pas aux courroux des parents, à l’instar de ce père d’élève de l’école maternelle des Bergers qui nous écrit : « Bien évidemment la mairie et/ou Sodexo – je ne sais pas – ont beau jeu de laisser pourrir la situation : les enfants de la maternelle sont trop petits pour se plaindre de ce qu’on leur sert à la cantine y compris des « repas de substitution » (quel terme élégant pour une boite de raviolis ou un repas froid… en pleine vague de froid !). On a pourtant payé pour autre chose bien sûr, il doit y avoir du bio et du local à chaque repas théoriquement… »

« Que des gens fassent grève, c’est leur droit le plus strict. En revanche ce n’est pas aux enfants d’en subir les conséquences », affirme Hinda Bennour. Avec son association de parents d’élèves, elle compte demander le remboursement des repas de substitution. Une revendication également relayée par le Mouvement des parents d’élèves (MPE 13) animé par Séverine Gil.

Les parents laissés sans informations

Au-delà de ces récriminations, c’est le silence maintenu tant par l’entreprise que par la mairie qui agace les parents. « Il y a clairement une rétention d’informations. Nous avons appris par hasard l’existence de cette grève, par des bruits de couloirs. Il a fallu que l’on demande au cantinier de l’école d’afficher le menu, ce qui est fait depuis vendredi dernier. Pendant quatre jours, on ne savait pas ce que mangeaient nos enfants », détaille Hinda Bennour.

Lundi dernier, des parents d’élèves ont tenté d’initier un rendez-vous avec l’adjointe à l’éducation en manifestant devant la mairie. « Nous sommes venues avec des conserves de 5 killos de macédoine trouvées dans les poubelles des cantines. Des écoles des Caillols dans le 11e, du 7e et de la Joliette étaient représentées. Nous n’avons pas été reçues », ajoute Kaouther Ben Mohamed. Ce mercredi, rapporte La Marseillaise qui a suivi le dossier, un autre rassemblement n’a pas davantage débouché sur une entrevue.

Dans plusieurs écoles, certaines cantinières ont fini par lâcher qu’il existait une consigne de silence. Un mode de communication risqué quand on se souvient des fortes mobilisations passées liées aux problèmes scolaires. Mais l’adjointe à l’éducation Danièle Casanova assume : « Je confirme cette consigne. Il ne s’agissait pas d’une grève du personnel municipal mais de l’entreprise de la Sodexo. D’autre part, je rappelle que le droit de réserve s’applique à tous les fonctionnaires. De toute façon, dès ce jeudi, les choses sont rentrées dans l’ordre ».

Retour à la normale et licenciements annoncés

À la Sodexo, Éric Gardet annonce aussi le retour à la normale. Des intérimaires ont été embauchés et formés au fur et à mesure « pour assurer la continuité du service public. Cela a permis de livrer la moitié des écoles en repas de substitution et depuis lundi, il ne reste plus que 25% des écoles à servir ce type de repas ». Il l’assure, depuis ce jeudi, tous les repas sont confectionnés en cuisine centrale et livrés par les intérimaires et lundi, « tout sera revenu à la normale ».

En attendant, les salariés mis à pied risquent très clairement de perdre leur emploi. D’après un syndicaliste de la CGT, ces salariés sont convoqués pour des entretiens préalables à licenciement la semaine prochaine. La direction confirme simplement « qu’une procédure légale est en cours avec le début des entretiens, lundi ».

En revanche, la Sodexo n’indique pas encore comment elle assurera sa mission de service public si les vingt-trois chauffeurs sont licenciés. Des mises à la porte pourraient entraîner de nouveaux mouvements sociaux à la cuisine centrale. Pour l’heure, la société préfère ne pas se projeter dans un tel scénario.

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