La délicate partition de Jeannie Peretti, compagne de toujours d’Alexandre Guérini

Actualité
le 19 Mar 2021
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À la veille de la comparution conjointe des frères Guérini ce vendredi, Jeannie Peretti s'est installée à la barre. La compagne d'Alexandre doit répondre de recel d'abus de biens sociaux. Le tribunal s'interroge sur la réalité de ses multiples emplois au sein de la société SMA.

Jeannie Peretti et Alexandre Guérini. Dessin Ben8

À plusieurs reprises, Alexandre Guérini pose sa main sur son avant-bras pour lui conseiller de raccourcir ses réponses. Jeannie Peretti, 67 ans, fait face depuis deux heures aux interrogations du tribunal. Il interroge une femme qui n’a qu’un second rôle dans un dossier centré autour de son compagnon et du frère de celui-ci, l’ancien président du département Jean-Noël Guérini. S’il y a un monsieur Frère, il n’y a pas de madame Belle-sœur.

Ce jeudi, c’est pourtant elle qui tient le rôle principal. Jeannie Peretti est accusée de recel d’abus de biens sociaux dont les victimes seraient les sociétés SMA d’Alexandre Guérini. L’audience ressemble à un moment de répit avant celle de ce vendredi, qui sera la première et dernière apparition conjointe à la barre des deux frères en quatre semaines de procès. Ces dernières n’ont pas eu l’audace de se porter parties civiles et les faits peuvent paraître modestes. On reproche à Jeannie Peretti d’avoir perçu des salaires de 2000 à 2500 euros par mois, en l’absence d’activités réelles dans ces entreprises. On l’épingle pour l’usage d’un 4×4 Mercedes loué pour plus de 1000 euros par mois pour son usage personnel et d’une carte bancaire pour faire le plein. On s’interroge sur l’utilisation d’un téléphone portable, écouté un mois durant, sur lequel aucune conversation professionnelle n’a été recensée.

La voilà embarquée dans une affaire qui semble trop grande pour elle. Elle y est sûrement un peu par amour, celui qui la lie à Alexandre Guérini depuis plus de trente ans. Dans cette affaire, c’est lui qui est visé comme elle le dira vertement en garde à vue, accusant la droite locale : “ce sont des lettres anonymes écrites par Renaud Muselier, Bruno Gilles et Xavier Cachard pour faire tomber Alexandre”.

Comme tous les couples, des fois, on est fâchés, des fois, on s’aime, il y a des périodes où on est moins fâchés, des périodes où on est re-fâchés, des périodes où on se re-aime.

Alexandre Guérini au sujet de sa compagne

Les deux se sont connus, raconte Alexandre Guérini, au pied des HLM des Catalans où les parents Guérini se sont installés dans les années 50, “à l’âge de sept et dix ans”. La vie ne les a jamais vraiment séparés, malgré quelques anicroches. “Comme tous les couples, des fois, on est fâchés, des fois, on s’aime, il y a des périodes où on est moins fâchés, des périodes où on est re-fâchés, des périodes où on se re-aime. Là, c’est une période où on s’aime !” Moins truculente, elle dit à la barre : “Dans les couples, il y a des hauts et des bas. De temps en temps, chacun va chez soi.”

Une première carrière auprès de Defferre

La carrière de Jeannie Peretti a commencé dans le giron socialiste, le même que celui dans lequel Jean-Noël Guérini construit sa carrière d’élu. Elle a d’abord été sténo-dactylo au Provençal, le journal de gauche dirigé par Gaston Defferre. Au bout d’un an, elle change de travail mais pas de patron. En 1977, l’année où Jean-Noël Guérini entre au conseil municipal, elle rejoint le secrétariat particulier du maire. Elle ne le quittera que dix ans plus tard, quelques mois après la mort de l’édile et son remplacement par Robert Vigouroux.

Elle s’occupe un temps de sa fille née en 1987 avant de faire carrière dans le sillage d’Alexandre Guérini. Une carrière de papier, pense l’accusation. Alexandre Guérini a toujours démenti vigoureusement : “On a toujours tout fait ensemble, même quand elle travaillait chez Defferre, je veux dire chez le maire. Jeannie m’a toujours aidé pour mon entreprise et mes entreprises. À l’époque, il n’y avait pas d’ordinateur et il fallait taper à la machine et c’était quelque chose. Moi j’en étais incapable pourtant j’avais bien besoin qu’on m’aide pour les tâches de secrétariat. Jeannie m’a toujours aidé pour ça, c’est ça la réalité”, déclarait-il dans le bureau du juge d’instruction Fabrice Naudé en juin 2017.

Ce jour-là, il déclare aussi : “Jeannie a toujours fait office de responsable des ressources humaines en somme. Je dirais même que ma responsable syndicaliste permanente, ça a toujours été elle ! Elle a toujours veillé à la bonne ambiance au sein du travail, à la préservation d’une ambiance familiale au sein de l’entreprise.” Le problème, c’est qu’au fil des années et des auditions, Jeannie Peretti a été affublée de multiples qualifications et a sauté d’entreprise en entreprise.

Imprécisions pendant l’enquête

La présidente Céline Ballerini semble s’amuser de ces variations. Jeannie Peretti n’a-t-elle pas déclaré en garde-à-vue : “Il y a eu SMA financier où j’ai eu un rôle de directeur” alors que la société n’existait pas ? A-t-elle affirmé devant les juges d’instruction avoir travaillé dans les années 91/92 quand son contrat n’a démarré que trois ans plus tard et à une époque où Alexandre Guérini n’était – censément – pas son dirigeant ? “J’avais l’impression que je ne pouvais pas prendre deux auditions de vous et retrouver les mêmes dates”, résume la magistrate.

Vous me posez des questions qui s’adressent à d’autres personnes, c’est votre défaut, ça.

Jeannie Perretti lors d’une audition avec le juge Duchaine

À chaque fois, Jeannie Peretti a son explication. “J’ai eu une garde à vue très éprouvante, traumatisante, humiliante, il est évident que n’étant pas habituée à ce genre de traitement, je vais un peu me mélanger dans les dates”, raconte-t-elle. Quant au juge Duchaine, elle dit avoir été “impressionnée” par lui, ce qui contraste avec plusieurs saillies relevées dans le procès-verbal de son audition par la présidente et le procureur Étienne Perrin. “Vous me posez des questions qui s’adressent à d’autres personnes, c’est votre défaut, ça”, avait-elle par exemple envoyé au magistrat ce jour-là.

Tentatives de précisions à l’audience

Alexandre Guérini et son homme de confiance Philippe Rapezzi, lui aussi prévenu, ont eu le même genre de déclarations peu concordantes. “Monsieur Guérini ferait mieux de se taire par moments au lieu de dire des bêtises”, lâche-t-elle, provoquant les sourires. Jeannie Peretti “[a son] caractère” mais se sait en difficulté. Elle s’applique à donner des détails pour tenter de convaincre le tribunal de ses compétences et de son action. Elle donne noms et prénoms des secrétaires qui travaillaient en même temps qu’elle, précise ses horaires de travail.

Quand une mission de prospection technique lui est attribuée sur plusieurs mois mais qu’elle ne fournit aucun rapport écrit, elle explique avoir multiplié les démarches avant “d’identifier le salon Pollutec” où elle trouvera la solution. Elle donne la formule chimique du méthane, “CH4”, récupéré dans le cadre de l’unité biogaz de la décharge de la Vautubière. Pour justifier l’usage d’un téléphone, elle met en avant la gestion de la loge qu’une entreprise de son compagnon avait loué au stade Vélodrome.

Mais quand la présidente, faussement ingénue, badine sur son peu de goût pour le football, elle tombe vite dans le piège : “moi non plus”. “C’est un peu embêtant”, reprend au bond Céline Ballerini. Jeannie Peretti semble un peu perdue. Le procureur Perrin la coince encore quand il lui demande si elle a été directrice générale de la SMA Vautubière qui exploite la décharge du même nom. Elle ne sait plus, se retourne vers son compagnon et son avocat Fabien Pérez qui est aussi celui des sociétés SMA. “Certainement”, lui répond-elle. Le procureur diffuse le Kbis de la société (sa fiche d’identité) portant mention de sa fonction.

La défendre est ardu, alors son conseil préfère porter les limites de l’instruction : aucun salarié des sociétés SMA n’a été interrogé durant l’enquête, un gendarme a écrit sans être corrigé que les écoutes avaient prouvé l’emploi fictif avant même qu’elles ne soient déclenchées. Des éléments que Jeannie Peretti avaient déjà relayés à la barre, précisément.

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Commentaires

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  1. Happy Happy

    Le film de mafieux continue : flash back dans l’enfance à little Italy, ici les catalans. Le héros rencontre celle qui sera sa compagne d’ascension, à l’ombre des parrains defferre et héritiers, puis sa fortune et chute. Un épisode d’emplois fictifs à comparer avec la version bourgeoise façon chabrol, dont les personnages s’appelaient François et Penelope, accent anglais et manoir sarthois.

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  2. BRASILIA8 BRASILIA8

    elle aurait abusée d’une société qui a abusé de nos impôts
    la justice ferait mieux de se polariser sur les deux frères

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    • Jacques89 Jacques89

      « …nos impôts », certes… et nos cotisations ? En matière d’emplois fictifs, je n’ai pas souvenir que les caisses de retraite se soient portées parties civiles…

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    • Pierre12 Pierre12

      En quoi la caisse de retraite a subi un préjudice ???
      Au contraire, la SMA a cotisé et ça a rapporté des cotisations sociales.

      L’emploi fictif dans le public doit être poursuivi et condamné mais là je ne vois pas où est le problème.

      On nous parle d’un téléphone portable et d’une voiture, sur lesquels la sma a dû payé des cotisations sociales au titre de l’avantage en nature, vous parlez d’une affaire.
      Aucun préjudice pour personne et 50 % des chefs d’entreprise doivent faire de même pour leurs femmes.

      Comme si la justice n’avait pas mieux à faire….

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    • Jacques89 Jacques89

      Vision un peu courte Pierre. Soit, les cotisations sont rentrées. Mais il demeure que la caisse de retraite fait office de « machine à laver ». Passer pour une officine de blanchiment ça peut aussi être apprécié comme un préjudice.

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    • petitvelo petitvelo

      Ne nous voilons pas la face, les abus de bien sociaux sont soit de l enrichissement personnel illégal soit des façons de blanchir de l argent pour un usage encore plus illégal

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  3. jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

    Belle dramaturgie entre ”amour” et intérêts…Cela ferait un feuilleton…pardon une série plaisante…s’il n’y avait pas d’argent publique…!

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