“Je t’aime, moi non plus”, le Premier ministre repart de Marseille sans faire d’annonces

Reportage
le 22 Déc 2017
12

Édouard Philippe visitait jeudi matin au pas de course plusieurs établissements scolaires marseillais, accueilli par de nombreuses personnalités politiques locales. Mais les attentes suscitées par l'annonce de sa venue, sur fond d'investissement massif des autres collectivités, ont été fortement déçues.

Edouard Phillipe est passé au pas de course à Marseille, sans faire les annonces attendues par les élus. (LC)

Edouard Phillipe est passé au pas de course à Marseille, sans faire les annonces attendues par les élus. (LC)

“Monsieur le Premier ministre, cher Edouard”“Edouard”“Mon cher Edouard, nous nous connaissons depuis longtemps”. Le Premier ministre revenait ce jeudi dans une ville où il n’a semble-t-il que des amis. Bien qu’il soit exclu de leur propre parti, LR, les élus marseillais, à commencer par Jean-Claude Gaudin et Renaud Muselier, sont particulièrement tendres avec l’ancien maire du Havre présent pour parler des écoles, tout comme ils se sont montrés accueillants avec Emmanuel Macron, qui ne manque pas une occasion de dire son amour pour Marseille ou d’y faire un passage. “Honnêtement, ce que fait le président de la République convient à la droite”, lançait le matin même Jean-Claude Gaudin dans La Provence qui l’interrogeait sur un potentiel rapprochement.

Mais entre les mots d’amour et les preuves d’amour, comme dit le dicton, on peut en venir à se lasser des premières si elles ne sont pas suivies des deuxièmes. À son programme ce jeudi matin, une déclinaison au pas de course du programme présidentiel pour l’éducation, et un tour de toutes les personnalités politiques locales. Inauguration tout d’abord de l’école Sainte-Marthe-Audisio dans le 14e arrondissement, puis de l’école Rouet-Charles Allé dans à proximité du parc du XXVIe centenaire.

“L’audace et l’effort” de la mairie

Deux ans après la polémique sur l’état des écoles marseillaises, la présence du chef du gouvernement n’est pas anodine et salue la reprise en main de la situation annoncée par Jean-Claude Gaudin qui avance les “635 millions (…) investis depuis 1995”, le plan de reconstruction de 28 établissements et la construction de six autres via un partenariat public-privé (PPP) voté en octobre… “Je félicite et encourage la ville de Marseille et son maire Jean-Claude Gaudin pour le plan de construction et de rénovation lancé pour de nombreuses écoles marseillaises. Je mesure l’audace et l’effort qui y sont consacrés.”, appuie le Premier ministre lors d’une prise de parole dans la seconde école.

Une bénédiction gouvernementale qui agace dans l’opposition, le socialiste Benoît Payan critiquant un premier ministre “venu faire de la poésie : le PPP, c’est formidable, la rénovation des écoles, c’est très bien, tout ça manque d’annonces et de réalité”. Tandis que la sénatrice PS Samia Ghali a glissé un mot sur “l’indécence” de venir visiter des écoles neuves quand “dans les quartiers nord dans les classes il fait soit trop chaud soit trop froid”. Même dans les rangs de la République en marche, la députée de la 5e circonscription Cathy Racon-Bouzon ajoute qu’il “ne faut pas oublier que la réalité est beaucoup plus difficile” et que la venue du Premier ministre doit être lue “comme un encouragement, pas comme de l’autosatisfaction”.

Les yeux rivés vers le plan transports

Le compliment très travaillé du chef du gouvernement sur les écoles sera néanmoins la seule réponse aux nombreux appels du pieds des élus marseillais, Édouard Philippe préférant partager ses souvenirs d’écoliers et ses points de vue généraux sur la valeur de l’éducation que de s’attarder sur les réalités locales. Tout comme il prendra le temps d’un discours assez long autour de l’écologie lors du troisième arrêt de la journée au lycée de la Fourragère – qui sera prochainement baptisé Nelson Mandela, a annoncé le président de région Renaud Muselier, présentant par la même occasion son plan environnemental “Une COP d’avance”. Mais là aussi, en dehors de l’annonce de la création officielle du parc naturel régional de la Sainte-Baume, le propos est général, intellectuel, spirituel, mais pas franchement concret.

Car depuis des mois, sur un autre front que celui des écoles, Marseille attend des nouvelles du financement promis par le précédent gouvernement pour son grand plan transports, et de clins d’œil en lettres d’amour, l’attente devient pesante. “Chez nous, le jouer collectif ça paye toujours, même au-delà des clivages partisans”, a tenté Martine Vassal, comme un écho aux annonces de la semaine précédente sur les efforts financiers consentis par le département et la région (370 millions d’euros) pour soutenir la métropole et surtout amorcer le plan transports. En un mot donner des gages à l’État. Le Premier ministre avait entendu les mêmes appels lors de sa venue pour le congrès des départements de France en octobre dernier. Et avant lui sa ministre des transports Élisabeth Borne.

“Je transmets à qui de droit”

“Aide-toi, le ciel t’aidera. On se serre les coudes et si l’État vient donner un coup de main…”, a redit Jean-Claude Gaudin dans la soirée de jeudi, à l’adresse du ministre de la cohésion des territoires Jacques Mézard, venu signer plusieurs protocoles sur la rénovation urbaine et le logement (lire notre décryptage d’octobre sur cette “nouvelle vague”). “Je transmets à qui de droit”, a souri son compère, vieille connaissance du Sénat. “L’État n’a jamais arrêté de donner un coup de main. Si je suis là aujourd’hui, c’est pour signer des accords qui amèneront des concours financiers importants”, nous a répondu Jacques Mézard, restant dans le champ de son ministère.

Dans la matinée, la présidente du département, première vice-présidente de la métropole et candidate pour prendre un jour la suite de Jean-Claude Gaudin à la tête de l’institution, a aussi conclu son discours par la nécessité d’un “soutien à la métropole”. Mais ce vœu de Martine Vassal formulé “en cette période de l’avent” n’a pas dû atteindre l’oreille d’Édouard Philippe. Pas plus que les derniers mots du discours du maire rappelant “l’étendue très vaste” de la métropole, et les “engagements” du gouvernement précédent, dont il espère que la “continuité républicaine” permettra la réalisation. Appels sans réponse. Après la visite de la deuxième école, Jean-Claude Gaudin et Martine Vassal s’éclipsent sans commentaires, et le premier ministre poursuit, sans accepter aucune question. Il y a comme un froid dans la lune de miel.

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE DÉCOUVERTE – 1€ LE PREMIER MOIS

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.

Commentaires

L’abonnement au journal vous permet de rejoindre la communauté Marsactu : créez votre blog, commentez, échanger avec les autres lecteurs. Découvrez nos offres ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.

  1. barbapapa barbapapa

    Le 1er ministre de la probité politique ne peut pas donner de gages aux politiques marseillais, ceux qui votent les tunnels à péages pour leurs administrés tout en organisant les bouchons, ceux qui grenouillent sur les marchés des poubelles, de l’eau trop chère, ceux qui copinent avec un syndicat municipal dévastateur pour le service public et les finances de la ville, ceux qui endettent la ville à coups de PPP, etc.

    Signaler
    • corsaire vert corsaire vert

      parfait …tout est dit .

      Signaler
  2. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Les effets de non-annonce sont à l’aune de la crédibilité du personnel politique local, qui récolte exactement ce qu’il a semé.

    Signaler
    • reuze reuze

      Je partage cet avis, je n’aurais pu mieux le formuler.

      Signaler
  3. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Puisqu’il était question des écoles, il faut revenir sur la communication politique de Jean-Claude Gaudin à ce sujet. Comme toujours, il y a les grandes phrases et les gros chiffres d’une part, et la réalité d’autre part.

    Ainsi, il a affirmé hier que “635 millions d’euros ont été investis depuis 1995 dans la construction ou la rénovation des écoles” (https://twitter.com/jcgaudin/status/943783656438542336). C’est considérable. Sauf si l’on se souvient que cette somme confortable est à diviser par 22 ans : on parle donc de moins de 30 millions d’euros par an, en cumulant investissement et entretien. Le tout pour 444 écoles. Allons jusqu’au bout : c’est donc 65 000 euros par école et par an en moyenne (sachant que les moyennes ne veulent pas dire grand chose) : à titre de comparaison, le même calcul donne 85 000 euros à Lyon, soit 30 % de plus.

    Encore not’ bon maire a-t-il prudemment évité de rappeler le nombre d’écoles construites ou réhabilitées durant ses mandats successifs : moins de deux par an. Ce qui implique qu’une école doit pouvoir tenir sans réhabilitation lourde environ 220 ans…

    La magie des gros chiffres ne fait pas illusion chez ceux qui savent les lire. Monsieur Gaudin aurait pu aussi bien nous donner le montant, certainement colossal en cumul, dépensé pour les écoles depuis qu’il est conseiller municipal, donc depuis 1965 (!) : ce montant ne veut rien dire en soi, et en particulier il ne dit pas s’il est à la hauteur des besoins.

    C’est donc cet élu qui quémande de l’argent auprès de l’Etat, tout en lui démontrant par A + B que son talent est plus de faire des phrases que de compter les sous.

    Signaler
  4. neomars neomars

    M Philippe aurait pu économiser son temps de déplacement qui coûte parfois si cher ;o)

    Signaler
  5. julijo julijo

    Finalement il est venu prendre le soleil….même là il est un peu mal tombé, ce n’était pas terrible la météo hier.
    Pour sa visite dans les écoles primaires, normal qu’il n’ait pas visité celles, nombreuses pourtant où il y a des problèmes. La gabegie de la nullicipalité sur ce sujet est gravissime et ancienne. Il a vu les exceptions qui confirment la règle : la mairie s’en fout des écoles. Philipe n’allait pas remuer le couteau dans cette plaie béante…
    Pour ce qui concerne le lycée de la fourragère. C’est odieux de voir muselier qui n’a jamais rien fait de vraiment concret se glorifier d’un lycée « une cop d’avance »……la création, la construction de ce lycée est due au travail forcené et intelligent des citoyens et parents et enseignants du quartier au sein d’une commission de travail « quel lycée pour le 12e » qui pendant 10 ans a bataillé ferme pour obtenir cet établissement à cet endroit-là, et à haute qualité environnementale. Alors on dit merci aux habitants, on peut aussi dire plus généralement merci à vauzelle, aux équipes du CR, aux quelques élus du quartier, blum à l’époque –sauf C.Masse et Assante, qui eux voyaient le lycée ailleurs vers allauch par calcul électoraliste- mais sûrement pas à muselier, gaudin et aux autres zéluzincapables……
    Cette récupération par l’équipe actuelle d’un lycée livré il y a 4 ou 5 ans est à vomir.
    Finalement tout ça s’inscrit bien dans l’arrogance actuelle de nos politiques décideurs.

    Signaler
  6. LaPlaine _ LaPlaine _

    Il faut malheureusement nettoyer les écuries d’Augias avant toute attribution de crédit supplémentaire à cette collectivité politique sans talent ni compétence. Et pour ce qui concerne le nettoyage, seuls les marseillais peuvent le faire, donc c’est pas gagné. Cela fait bien longtemps que l’Etat central connaît la “gouvernance” marseillaise, avec la nouvelle donne politique, c’est l’agacement qui commence à s’installer, les élus locaux n’ont, à juste titre, plus aucune crédibilité. Gaudin est comme un pantin mou qui tend inlassablement sa sébile. Quant à Muselier, que voulez-vous que l’on dise…à part pffff… Tristes sires.

    Signaler
  7. Brallaisse Brallaisse

    A part tendre éternellement la main vers l’Etat , voilà ce qu’ils savent uniquement faire. Mais vu la crédibilité de nos élites , l’incapacité de construire et de présenter un projet sérieux , viable, cohérent et chiffré , l’Etat regarde cette fin de règne pitoyable ou rien n’est mené à bonne fin , sans parler des casseroles que chacun traîne plus ou moins. L’agonie va durer un moment , mais la purge est nécessaire pour de débarrasser de équipe de nullités.
    Moraine se plaint du traitement un peu rude des “Parisiens” lors de la visite du Premier Ministre . Comment peut-il penser encore, que l’on puisse le prendre au sérieux encore une seconde , lui et son équipe de fumistes ?. Quantité négligeable, personnage insignifiant et ridicule avec son accent Gaudinesque.
    Une mairie qui n’arrive même pas à donner des écoles aux enfants , qu’elle honte.
    Enfin aux enfants , pas tous. Le privé est bien gâté , visiblement un enfant du 8e ou du 12e n’a pas la même valeur qu’un “minôt” du 2e ou du 3e .Et après l’on s’étonne de tout un tas de choses.
    Visiblement la visite du Premier Ministre n’était même pas une visite de courtoisie , mais simplement de convenance. Ce qui est pire encore.
    Maintenant vous pouvez le rideau, Ciao la Comedia!

    Signaler
  8. LaPlaine _ LaPlaine _

    Même si çà peut être un aberration de dire çà, il est presque souhaitable que l’Etat ne risque pas les deniers publics dans les incohérences et errements de ce bataillon de clowns. Effectivement, comme cela a déjà été évoqué, on sent poindre un net agacement de l’Etat face à ce territoire qui marche à l’envers au moment ou un peu partout on tente de remettre de l’ordre et des compétences.

    Signaler
  9. Trésorier Trésorier

    Loin de moi l’idée de défendre les municipalités successives de Marseille : marchés publics bidonnés, PPP, sur effectifs clientélistes, fini parti, absentéisme voitures de fonction avec chauffeur, location des biens municipaux à tarifs bradés, non respect du code de la route, ….

    Toutefois, l’Etat a sa part de l’échec : zones franches hors Marseille, refus de la communauté urbaine, effondrement du port lié aux agissements de la CGT, …..

    L’Etat n’est pas tout blanc dans la situation catastrophique actuelle de Marseille.

    Signaler
  10. Brallaisse Brallaisse

    Petit commentaire quand même , sur le port, la CGT oui sans doute mais les professionnels du port y sont aussi pour quelques chose. Sur la CUM, regardons le comportement de nos chers z’élus sur la Métropole , les mêmes en couleurs aujourd’hui et quel spectacle.
    L’Etat pourrait ,et c’est ce qu’i fait face à cela, dire , qu’allons nous faire dans cette galère?.
    Une visite de con-venance mais pas de con (m)-plicité disais je.

    Signaler

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire