La ministre des Transports se déplace à Marseille sans carnet de chèques

Actualité
Jean-Marie Leforestier
11 octobre 2017 12

Elisabeth Borne inaugurait ce mardi un salon des transports publics au parc Chanot. Au grand dam des élus locaux, la ministre n'a toujours pas donné d'éléments financiers sur les chantiers de transports de la région, notamment sur la métropole d'Aix-Marseille.

Elisabeth Borne en visite aux Rencontres nationales du transport public aux côtés de Renaud Muselier (à sa droite).

« J’espère qu’elle ne vient pas les mains vides. » Croisé à l’entrée des Rencontres nationales du transport public, au parc Chanot, le premier adjoint (LR) Dominique Tian voulait croire qu’Élisabeth Borne allait enfin répondre aux attentes financières de la Ville de Marseille et de la métropole. Cette dernière a dessiné un ambitieux schéma de déplacements « Métro express » à 3 milliards d’euros et a besoin pour le mettre en route d’un financement de l’État. Mais la ministre ne s’est pas laissée attendrir par le tramway marseillais miniature croisé sur le stand de Bombardier et est restée bien floue sur ce dossier. Elle vient juste de recevoir le rapport interministériel commandé il y a près d’un an sur le sujet.

« C’est clair que la structuration de la métropole d’Aix-Marseille passe par des réponses en terme de transports », a-t-elle expliqué comme lors de sa première visite début août. Pas de budget annoncé, pas de calendrier mais un début des discussions avec les élus. Tout juste annonce-t-elle un feu vert pour « les autocars sur les voies rapides ». Ça c’est des choses concrètes, rapides et il faut qu’on avance sur ces choses-là. » Et pas cher, serait-on tenté d’ajouter.

Muselier « comme un gros balourd »

Renaud Muselier était lui aussi venu avec quelques espoirs. Alors qu’il escorte la ministre toute la matinée dans les salons, le président de région en profite pour pousser ses arguments. « J’insiste lourdement comme un gros balourd. Si on veut avoir cette ligne nouvelle, c’est qu’après, on est tranquille. » En effet, la ligne nouvelle PACA, et plus particulièrement la gare souterraine à Saint-Charles, constitue l’épine dorsale du plan Métro Express. Mais la finesse d’éléphant de Muselier n’a pas suffi à faire sortir la ministre de sa ligne générale face à la presse. « Il y avait dix milliards de prévus qui n’étaient pas budgétés. […] On a fait une pause. Maintenant il faut qu’on prépare la sortie de la pause, qu’on prépare les projets et qu’on soit capable de les phaser », a-t-elle expliqué.

Depuis 2013, il a été décidé de se concentrer sur certains tronçons et aménagements de la ligne, la « priorité 1 » qui apparaît en vert. Source : SNCF.

Quelques minutes plus tôt, elle avait été un peu plus précise en aparté avec le président de région. Du moins, c’est ce que raconte le vice-président aux transports Philippe Tabarot qui y assistait : « Aujourd’hui, on a une décision ministérielle signée par Alain Vidalies, son prédécesseur sur notre priorité 1 [en vert sur la carte ci-dessus]. Elle nous a dit « on ne pourra pas financer l’intégralité de votre priorité 1 ». Concrètement, « il faut encore affiner cela lors d’un comité de pilotage mais ça voudrait vraisemblablement dire de se concentrer sur la résorption du nœud ferroviaire marseillais et très probablement niçois », estime-t-il, même « il faudra aussi faire quelque chose dans le Var. »

« Déjà on a de la chance de ne pas être en TGV », glissait Philippe Tabarot puisque le président de la République a mis le holà sur la grande vitesse. Et, comme de juste, les élus régionaux n’en avaient ce mardi que pour la logique de « transport du quotidien » de la ligne nouvelle, conforme à celle d’Emmanuel Macron.

« On réclame l’équité territoriale »

En ajoutant que la ministre a semblé ouverte à la fin du monopole public des trains régionaux dès 2019 dans le cadre d’une expérimentation, la région, qui « bataille avec la SNCF », est tout de même repartie plutôt satisfaite. A la métropole, c’est moins sûr. Ainsi, l’élue LR Laure-Agnès Caradec, par ailleurs présidente d’Euroméditerranée, ressortait particulièrement déçue de son passage au parc Chanot. « On sait bien qu’on n’aura pas tout dès l’année prochaine mais on aimerait bien sentir que la ministre soutient nos programmes. Ce qu’on réclame, c’est un minimum d’équité territoriale quand on voit les sommes dédiées à Paris. On ne peut pas avoir que des cars sur l’autoroute ! Si l’État n’aide jamais, à quoi sert l’État ? »

Le vice-président de la métropole aux transports, le toujours très policé Jean-Pierre Serrus, voulait lui rester positif : « Nous sommes d’accord sur l’essentiel, le diagnostic est partagé. Notre projet et notre agenda sont jugés positivement. Maintenant on est sur le cœur du sujet qui est son financement. » Les visites ministérielles ont dans ce domaine un éternel goût de recommencement.

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commentaires

  1. darkvador darkvador

    Dominique Tian… Battu aux dernières élections législatives, impliqué dans un blanchiment de fraude fiscale pour un compte en Suisse… et il est toujours là, pérorant et virevoltant, comme si de rien n’était… Pouah!!!

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    • LaPlaine _ LaPlaine _

      C’est clair que rien qu’à l’énoncé des son nom on a des poussées urticantes, bon mais çà c’est un avis personnel qui apporte peu au débat je le conçois…

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    • Court-Jus Court-Jus

      Toujours là … et en plus c’est pour réclamer plus d’argent public.

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  2. Distrait Distrait

    Il est vrai que le mauvais exemple du chantier de L2 lance en 1930 ne doit pas inciter beaucoup de ministres a lancer de nouvelles grandes infrastructures. Entre nuisances de potentats locaux, detournement de fonds et recours insenses, y a de quoi y aller a pas mesure meme si les besoins sont reels

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  3. LaPlaine _ LaPlaine _

    Adoncques, les promesses de Valls pour la gare Saint-Charles n’étaient pas financées… Au-delà des errements du « Barnum Gaudin » en matière de TC, il faut bien avouer le « deux poids deux mesures » entre la métropole parisienne et sa pauvre cadette du sud. On peut cependant penser qu’avec une classe politique locale plus compétente, impliquée et ouverte on en serait pas là.

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  4. Antoine de Meria Antoine de Meria

    Ce qui est sûr , c’est que nous n’avons pas les meilleurs.
    Je me rappelle d’ailleurs avec délice de l’épisode du tramway de Noailles qui ne rentrait pas dans le tunnel du boulevard CHAVE ou des maxi-bus qui ne prenaient pas les ronds points.
    Et si cela est un peu exagéré (quoique) , l’on ne prête qu’aux riches.
    Ah oui, à propos, où en sommes nous de la station de Bougainville ?

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    • Pascal L Pascal L

      Excellente question !!!
      Tout le périmètre est un terrain vague. Si c’était pas à pleurer on en rirait de tous ces tuyaux d’arrosage automatique qui courent sur le sol, soit disant destinés à faire de beaux espaces verts alors que ces zones pelées sont utilisées pour le marché aux puces (et résidus de poubelles) chaque week-end, jonchés des détritus invendus. Imaginons le touriste lamda sortir du métro un samedi matin et tomber sur « ça », il retourne vite à St Charles (au mieux à la Joliette) tant que son billet est valide.

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  5. Cehere Cehere

    Aix inaugure ce soir son « arena » de 6000 à 8500 places qui n’est desservie par aucun transport en commun et qui dispose d’un parking (payant !) de 1200 places…

    Mobilité qu’ils disaient.

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  6. Electeur du 8e Electeur du 8e

    J’aime beaucoup la photo qui illustre l’article, avec un beau panneau « Sortie » au dessus de Muselier. En cette période où le « dégagisme » a fait quelques victimes, y aurait-il un message subliminal ?

    La question de la disparité de traitement entre l’Ile-de-France et l’aire marseillaise est bien fondée. Mais ici, où est passé l’argent ? Le retard de la métropole en matière d’infrastructures de transport n’est pas dû d’abord à une insuffisance de moyens, mais à des choix politiques.

    Nous serions plus crédibles, en demandant le soutien de l’État, si nous avions un bilan « propre » à lui montrer plutôt que le résultat de décennies de gabegie et de désintérêt assumé pour les transports collectifs.

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    • Trésorier Trésorier

      L’argent est parti en clientélisme : éparpillement pavillonnaire, ségrégation sociale et ethnique obligeant à fermer la et construire ailleurs, émiettement des subventions aux communes hors Marseille, ……

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  7. leravidemilo leravidemilo

    -On ne soulignera jamais assez à quel point le macronisme est la suite logique du sarkhollandisme, un palier plus haut dans la démence, en terme d’éléments de langage et autres joyeusetés du même acabit. En matière « D’ACTION » publique, aligner la phrase sur »On a fait une pause, maintenant il faut qu’on prépare la sortie de la pause, qu’on prépare… »ect,ect, c’est vraiment le top! Le dircab a du se prendre de dures sudations (mais pas d’inquiétude, il est (bien) payé pour ça.) « En même temps « , on ,ne peut totalement exclure l’hypothèse que la ministre, soucieuse de se faire bien comprendre par les marseillais, se soit imbibé des clichés idoines, ou encore parle le gaudinois nouvelle génération.(quand les Bornes sont franchies, il n’y a plus de limite…à l’entendement).
    – Pour Muselier, qui s’auto-traite de balourd, semblant croire à l’efficacité de cette com là (j’vous dis pas le dircab!!!), il semble bien être en capacité, dans ce domaine et dans quelques autres, de nous faire regretter Estrosi; Qui l’eut cru!!!
    – En novembre 2016 , JP Serrus déclarait, sur le même sujet: « Quand le 1er ministre est venu, le 9 septembre, je lui ai indiqué que nous étions sur la bonne voie… « . Aujourd’hui ça donne : » On ne comprendrais pas que l’état, qui a imposé cette métropole à marche forcée, ne soit pas au rendez vous ». L’a visiblement pas compris qu’il fallait comprendre avant, (pendant qu’à marche forcée…), ni qu’il allait se faire poser un grand nombre de lapins…
    -Marsactu en conclut, dans une onctueuse sobriété : « Les visites ministérielles ont dans ce domaine un éternel gout de recommencement ». Je dirais plutôt que Macron marche à pas forcés (forcément forcés..) dans les traces de ses deux prédécesseurs. En élargissant l’approche : Il semble bien que les écrivains aient, plus que fréquemment, la capacité d’annoncer les évènements et parfois les évolutions sociétales (voir à ce propos, le récent et remarquable ouvrage de Pierre Bayard, ‘Le Titanic fera naufrage ». Pour une meilleure compréhension de ce qui nous arrive, et à l’occasion de l’auguste visite de Mm Borne, je vais relire Alfred Jarry et son Père Ubu, Kafka et Beckett; J’hésite par où commencer; Sur les conseils de JP Serrus, sans doute par « En attendant Godot « 

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  8. Trésorier Trésorier

    La métropole a été créée suite au constat fait par les habitants, entreprises, état et mêmes collectivités d’une situation catastrophique en terme de transports, chômage, faible attractivité, étalement urbain, pollution, ségrégation sociale,….

    C’est la conséquence de l’inaction du élus locaux, arc boutés sur leurs mairies, favorisant le clientélisme et répondant à l’égoïsme des habitants (pas de HLM ou de pauvres ici).

    L’Etat seul peut aider la métropole a essayer de rattraper le retard pris en termes de transports dans notre métropole et dans la région.

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