Des promesses mais pas encore d’engagement financier pour l’avenir de la centrale à Gardanne

Actualité
le 31 Jan 2020
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En visite à la préfecture, la secrétaire d’État à la transition Emmanuelle Wargon a confirmé l'abandon du charbon dans deux ans. Ce qui concerne la centrale de Gardanne. Elle annonce vouloir agir pour l'accompagnement des salariés tout en remettant à plus tard le détail du financement. Les acteurs du territoire reconnaissent un point d'étape.

La centrale thermique de Gardanne.

La centrale thermique de Gardanne.

L'enjeu

Emmanuelle Wargon a présidé la signature d'un document pour l'avenir de la centrale et du bassin minier. L'engagement financier de l'Etat pour la transition n'est toujours pas à l'ordre du jour.

Le contexte

Le gouvernement a choisi de bannir le charbon pour la production d'électricité au 1er janvier 2022. L'unité concernée de la centrale de Gardanne sera amenée à être fermée.

L’éclaircie est timide dans le ciel chargé de la centrale thermique de Gardanne. Au 1er janvier 2022, avec ses homologues françaises, elle devra se passer du charbon après une décision gouvernementale de ne plus recourir à cette énergie fossile face au réchauffement climatique. Malgré une visite ministérielle tenue ce jeudi, le gouvernement ne lève toujours pas l’inconnue au sujet des moyens donnés pour assurer la transition et la préservation d’emplois. L’avenir de 180 emplois directs et 1000 indirects sont concernés, estime la CGT. Depuis décembre 2018 elle mène un mouvement social qui dénonce la perspective d’un plan social.

Ce jeudi, la secrétaire d’État auprès de la ministre de la transition écologique, Emmanuelle Wargon, était en visite à la préfecture des Bouches-du-Rhône pour acter la signature d’un « document stratégique pour un projet de territoire Gardanne/Meyreuil » entre les acteurs politiques, institutionnels et industriel. Depuis octobre 2018, dans un processus piloté par l’État, ils n’ont pas été capables de faire aboutir ce qui devait être au départ un contrat de transition écologique, requalifié en projet de territoire.

Sans la signature de la région

Tous ont signé le document sauf la région. « Le gouvernement prend une décision à laquelle les régions n’ont pas été associées ni même consultées à leur niveau de responsabilité. Il ne faut donc pas leur demander d’entrer dans la danse quand il se met à pleuvoir », dit le conseiller régional LR Philippe Maurizot, présent lors de la visite gouvernementale. « On refuse d’êtres associé aux conséquences. La région sera néanmoins au rendez-vous sur ses compétences », poursuit l’élu qui n’a « rien contre le texte sur le fond » et lui reconnaît des perspectives intéressantes.

À l’échelle de l’ancien bassin minier, le document prévoit la structuration d’une filière bois en lien avec l’unité de la centrale convertie à la biomasse, la mise au point d’une économie circulaire valorisant le recyclage des matériaux et des résidus industriels, le développement des énergie renouvelables et l’implantation d’entreprises tournées vers les « mobilités décarbonées » (production d’hydrogène, de biocarburant, de batteries et de piles à combustibles).

Le représentant de la région apprécie également « la prise en compte des positions des maires de Gardanne et de Meyreuil qui ne veulent pas d’incinérateur ». Or, de son côté, la CGT défend son propre projet avec notamment une unité de valorisation des déchets (lire notre article à propos du projet de la CGT et de l’avenir de la centrale).

« J’espère qu’il y aura des financements ambitieux »

Jean-Pascal Gournès, maire de Meyreuil (DVD)

Satisfait de ce point d’étape, les élus qui ont signés au bas du document partagent encore des doutes. À l’image de Roger Meï maire (PCF) de Gardanne qui « pense d’abord aux salariés ». « J’espère qu’il y aura des financements ambitieux », affirme son homologue de Meyreuil Jean-Pascal Gournès (DVD). De ce point de vue, l’heure n’est toujours pas aux annonces du gouvernement. « L’ordonnance prévue dans le cadre de la loi énergie et climat [du 8 novembre 2019] est en cours de rédaction. Je n’annonce pas de montant sans savoir ce que l’on finance », argumente Emmanuelle Wargon. « Le projet de territoire sera finalisé d’ici l’été 2020 », conclut le document signé ce 30 janvier.

« Une étape franchie »

La secrétaire d’État fait des promesses pour tenter d’apaiser la colère des salariés : « financer un reclassement complémentaire au droit commun » et « la possibilité d’organiser un tuilage ». En clair donner une continuité de salaire après l’arrêt du charbon en attente d’une nouvelle activité. Enfin, pour 120 000 euros, l’État financera seul une étude de faisabilité du projet de la CGT. L’entreprise Gazel Énergie, filiale du groupe EPH du magnat tchèque Daniel Kretinsky, repreneur en juillet s’est désengagée d’un cofinancement de cette étude au prétexte de la persistance de la grève sur le site.

« Il y a une lutte à mener et c’est une étape de franchie. La CGT se mettra autour de la table s’il y a un projet d’industrialisation du site », considère pour sa part le délégué CGT Nadir Hadjali, qui a été reçu ce jeudi par la secrétaire d’État suite à un rassemblement d’une trentaines de syndiqués tenu devant la préfecture. Le cégétiste souhaite la mise en place d’une « captation et un stockage du carbone » pour continuer à exploiter le charbon qui deviendrait « propre ».

Emmanuelle Wargon a également tenté de donner des gages aux associations écologistes qui s’opposent à la biomasse. « L’État est prêt à s’engager pour que la biomasse puisse continuer à tourner si on trouve un plan d’approvisionnement durable », dit-elle sans vouloir s’aventurer à répondre si l’État serait prêt à revoir à la baisse le volume de bois arrivant à Gardanne. Les écologistes gardent dans leur viseur les 850 000 tonnes annuelles, dont se fournirait l’unité à plein régime, comme un encouragement à la déforestation et à « l’industrialisation de la forêt ».

Après 195 jours de grève, la centrale est confronté à des difficultés techniques. Comme l’avait raconté Marsactu il y a un an, la chaudière à biomasse a des soucis techniques. Et à l’écart du piquet de grève, sept kilomètres de câbles de cuivre, indispensables à la sécurité de la production, ont été volés. La reprise de la production est en suspens.

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Commentaires

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  1. Jacques89 Jacques89

    Il y a des Ecolos qui ne sont toujours pas sortis de Seveso! Un des plus gros incinérateur d’Europe se trouve à Saint-Ouen l’Aumône, au milieu d’un quartier populaire très dense. S’il y avait des problèmes ça se saurait. Voir l’étude de 2018 https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=5&ved=2ahUKEwjgqvPYuq3nAhVlAWMBHYb2A_UQFjAEegQIBhAB&url=https%3A%2F%2Fwww.airparif.asso.fr%2F_pdf%2Fpublications%2FRapport_docksSaint-Ouen_24102018.pdf&usg=AOvVaw1a6pXnk7inwFwQLVuZfiMk
    Quant à la captation du CO2, c’est encore une démarche expérimentale pratiquée en Islande… l’énergie y est gratuite. A priori c’est la seule condition pour obtenir un bilan positif (ou négatif suivant que l’on se place côté CO2 ou côté énergie).

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  2. michel memeteau michel memeteau

    Il ne faut rien lâcher sur ce sujet , ni pseudo biomasse, ni déchets.

    Covertissons cette centrale en photovoltaïque.

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