Dans les Bouches-du-Rhône, la coopérative des distributeurs de presse tient son pari

Décryptage
le 1 Août 2022
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En 2021, les salariés de la distribution de la presse dans le département se sont unis pour reprendre l'activité de leur ancienne entreprise. Un an et demi plus tard, la Coopérative de presse et de messagerie méditerranéenne a fait ses preuves. Et cherche maintenant à trouver un modèle économique viable pour l'avenir.

En plus de son activité de distribution, la CPMM a ouvert un kiosque à la Plaine. (Photo : ML)
En plus de son activité de distribution, la CPMM a ouvert un kiosque à la Plaine. (Photo : ML)

En plus de son activité de distribution, la CPMM a ouvert un kiosque à la Plaine. (Photo : ML)

“Je devais marcher jusqu’au boulevard Chave pour acheter mon journal, mais maintenant, je reviendrai ici.” Julia achète son Télé 7 Jours toutes les semaines depuis 60 ans. La retraitée déambule sur le marché de la Plaine avec son chariot de courses et découvre l’installation d’un nouveau kiosque à journaux. Le point de vente a été ouvert par la Coopérative de presse et de messagerie méditerranéenne (CPMM) lundi 25 juillet. “J’ai lu la bonne nouvelle dans La Marseillaise ce matin”, se réjouit une autre cliente, avant de repartir avec l’édition du jour de La Provence.

Ce kiosque rentre dans notre objectif général de rendre la presse accessible à tous partout.

Maxime Picard, PDG CPMM

“C’est pas ce qui était prévu à la base, d’ouvrir un kiosque, plaisante Maxime Picard, président-directeur général de la CPMM. Au final, ça rentre dans notre objectif général de rendre la presse accessible à tous partout.” Car le plan pour Maxime Picard et ses collègues, c’était d’abord de redonner vie à une entreprise en fin de course, la SAD.

En février 2021, les anciens employés de la filiale marseillaise de Presstalis créent leur propre société coopérative d’intérêt collectif (Scic). Cette initiative fait suite à plusieurs mois de conflit où la presse papier n’a pas été distribuée à Marseille suite à la liquidation de la SAD, succursale locale du groupe Presstalis placé lui-même en redressement judicaire. La coopérative assure aujourd’hui toute la distribution de la presse nationale, mais aussi de plusieurs titres locaux comme La Marseillaise ou encore le Ravi, dans les plus de 500 points de vente des Bouches-du-Rhône et du Var.

Le kiosque de la Plaine peut aussi commander des titres spécifiques grâce au catalogue de son distributeur. (Photo : ML)

“Ça se passe même mieux que quand on était sous Presstalis”

La SCIC permet aux ouvriers de s’associer pour poursuivre l’activité de leur ancien employeur dans une nouvelle société. Dans une coopérative, le pouvoir est exercé démocratiquement avec une voix par associé lors de la prise de décision. “Sans patron c’est mieux, vante Willy Pizzio, délégué syndical CGT et salarié au service nuit. On a tous notre mot à dire car chacun a mis de l’argent au départ.” La société compte aujourd’hui 63 salariés, dont 56 anciens de Presstalis sur les 134 présents à la fin de l’activité. “Tous ceux qui voulaient rentrer dans le projet ont pu”, affirme le président de l’entreprise.

“On connaissait le métier, mais on a appris beaucoup de choses sur le tas, confie Nicolas Guglielmacci, secrétaire du comité social et économique avec plus de vingt ans d’ancienneté dans le métier. Aux dires des diffuseurs ça se passe même mieux que quand on était sous Presstalis.” Au-delà des salariés, les collectivités sont également entrées au capital de la coopérative. Les municipalités – pour la plupart de gauche – de Martigues, Port-de-Bouc, Miramas, Mimet, Gardanne et prochainement Vitrolles se sont déjà engagées et la coopérative souhaite intégrer davantage de collectivités à son initiative.

7 millions de chiffre d’affaires pour la première année d’exercice

Économiquement, la CPMM a réussi avec sa première année d’exercice à obtenir un résultat net d’un million d’euros avec près de 7 millions de chiffre d’affaires. “Le résultat ne pourra pas être comparable” pour les prochains exercices, avertit le directeur général. Passés l’engouement des débuts et les aides à la relance, la coopérative n’échappe pas aux difficultés économiques liées à la situation actuelle. Le distributeur évalue à 10% la diminution de la production des journaux sur son secteur en raison de la hausse du prix du papier. “On s’attendait à une plus grosse baisse des tirages, relativise Willy Pizzio. Mais c’est sûr que si on compare à il y a 10 ans…”

Les hausses des prix des matières premières et de l’énergie pèsent sur l’activité.

La hausse des tarifs de l’énergie a aussi des conséquences. “Il y a une augmentation évidente des frais des transporteurs, explique Nicolas Guglielmacci, également responsable des transports pour la société. On n’a pas encore mesuré l’impact, mais ça pèsera sur l’entreprise si la tendance ne s’inverse pas car ça représente la part la plus importante de nos dépenses.” La masse salariale représente quant à elle environ 2 millions d’euros pour 63 employés. Viennent enfin s’ajouter les frais liés à l’exploitation de locaux à Vitrolles.

Face à la crise, la coopérative mise sur les diffuseurs

Pour compenser cette hausse des dépenses, la coopérative mise sur l’augmentation du nombre de diffuseurs de presse (kiosquiers, bureaux de presse…) sur le territoire, et donc des revenus pour la CPMM. “Quand un point de vente ferme, 98 % du temps quelqu’un se positionne, indique Maxime Picard. Ce n’était le cas il y a un an et demi.” Un changement de dynamique qui s’explique selon lui par la reprise de l’activité après la pandémie et la crise lors de la fin de la SAD qui a effrayé pendant un temps les commerçants. “On essaye d’enrayer le phénomène avec l’ouverture de notre kiosque à la Plaine”, explique le directeur général. En l’occurrence, ce local appartient à la métropole et était inoccupé depuis plusieurs mois. D’autres nouveaux points de vente devraient être créés par la CPMM. Ce n’est que “le premier pas”.

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Commentaires

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  1. vékiya vékiya

    une bonne nouvelle pour la distribution si des kiosques pouvaient rouvrir ce serait aussi pas mal

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  2. polipola polipola

    bonne nouvelle !

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  3. Tyresias Tyresias

    Plus un seul aux Réformés qui en avait trois il y a vingt ans. Récente fermeture de celui du bas des Allées Gambetta , transformé en street food qui du coup a un certain cachet 🙂. Reprise par un jeune de celui angle Canebiere Dugommier (un coopérateur ?) qui devrait rafler la mise ?

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  4. Neomarseillais Neomarseillais

    Ils font le boulot 2 fois moins nombreux…

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