Après l’incendie des Bourrely, un nouvel exemple du casse-tête du relogement

Reportage
le 10 Nov 2021
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La semaine dernière, leur bâtiment prenait feu pour une raison toujours inconnue. Encore sous le choc, les habitants sinistrés d'un immeuble des Bourrely (15e) sont déjà dans la galère du relogement. Et sont nombreux à témoigner d'un sentiment d'abandon.

Au local jeunes des Bourrely, les habitants et délogés se réunissent pour prendre des repas et s'entraider. (Photo : VA)

Au local jeunes des Bourrely, les habitants et délogés se réunissent pour prendre des repas et s'entraider. (Photo : VA)

Ils sont encore traumatisés, mais n’ont pas vraiment le temps de s’apitoyer sur leur sort. Les sinistrés des Bourrely, une vingtaine de familles, ont encore les flammes en tête qu’ils doivent déjà se soucier de savoir où ils vont passer les prochains mois. Jeudi 4 novembre, leur immeuble, situé dans cette cité du quartier de Notre-Dame-Limite, prenait feu, sur plusieurs étages, entraînant leur évacuation immédiate. Près d’une semaine plus tard, l’origine de l’incendie n’est toujours pas connue. L’accès aux appartements n’est pas possible et tous ignorent leur état précis. Les délogés des Bourrely sont pour la plupart plongés dans l’incertitude. Rassemblés devant le local jeunes de cette cité du 15e arrondissement, ils sont plusieurs dizaines, ce mardi, à partager un repas concocté grâce aux dons. Eux, ont tout perdu.

À l’intérieur du local, des denrées alimentaires, mais aussi des vêtements donnés par des associations et habitants du quartier, s’amassent. Un camion a également été prêté pour récupérer des meubles et les emporter directement chez les personnes relogées. Elles seraient quatre sur 21 familles, selon les associations, 13 selon le bailleur social du département 13 habitat, propriétaire de la cité.

Quel que soit le chiffre retenu, cela laisse encore des familles sans appartement. “On est laissé à l’abandon”, lâche Farid*, père de trois enfants âgés entre 4 et 11 ans. Depuis l’incendie, sa famille est logée dans un appart-hôtel du centre-ville aux frais de son assurance.

Dans le local jeunes de la cité, les dons s’accumulent. (Photo : VA)

Des propositions de relogement hors de Marseille

Plus d’affaires, plus de toit… Le visage fermé, il ajoute : “Ils nous disent d’accepter un appartement, mais moi, je veux un équivalent. Je ne veux pas un T3 à la place d’un T4”. Accompagnée de sa femme, il revient tout juste de Gardanne où 13 Habitat lui a fait visiter un logement. “C’était la première fois que je mettais un pied à Gardanne, je ne sais même pas s’il y a de la place pour les enfants à l’école là-bas”, s’inquiète Soraya, aux côtés de son mari. Selon 13 habitat, toutes les familles se sont vu proposer au moins un logement, et 50 % des propositions sont aux Bourrely. L’exercice n’est pas nouveau pour le bailleur qui a récemment dû gérer une autre situation de relogement sous haute tension suite à un incendie, en juillet dernier aux Flamants (14e).

Il faut voir si ça vaut le coup de prendre un nouveau départ, ou si on doit refuser d’être déracinés.

Farid et Soraya, habitants délogés

Farid et Soraya sont prêts à tout quitter, à prendre le risque de devoir changer de travail, mais ils angoissent tout de même : “il faut peser le pour et le contre et voir si ça vaut le coup de prendre un nouveau départ, ou si on doit refuser d’être déracinés.” Ils sont rapidement rejoints par un autre couple, plus jeune encore et avec des enfants en très bas âge. Eux aussi reviennent de Gardanne, mais avec une impression différente. “On nous a dit de venir signer un bail, on était prêts à accepter. Mais une fois sur place, on a trouvé un appartement en travaux et personne de 13 Habitat”, s’énervent ces locataires à bout. Dans un communiqué, 13 Habitat assure pourtant opérer un suivi très rapproché des délogés des Bourrely.

“Plus d’une dizaine de salariés de 13 habitat sont aux côtés des locataires, aux Bourrely, afin de les écouter, de prendre en compte leurs doléances, de leur proposer les meilleurs relogements possibles, et de les conseiller et les accompagner”, écrit le bailleur. Ce mardi en fin de matinée, Marsactu n’en a pas croisé dans le quarter.

Traumatisme et clause de réintégration

Le bâtiment 12 des Bourrely a pris feu jeudi 4 novembre. (Photo : VA)

Le soir, le jeune couple rentré bredouille de Gardanne ira, lui, au camping de Cabriès, où l’assurance leur paye un mobile-home jusqu’en décembre. “C’est au moins ça.” Quelques mètres plus loin, l’humeur n’est pas plus joyeuse. Mongia, mère célibataire, est contrainte de vivre séparée d’une partie de sa famille. Tandis qu’elle occupe une chambre d’hôtel à Saint-Antoine, deux de ses filles sont allées vivre chez leur père. La troisième, en situation de handicap, a été prise en charge par le foyer qu’elle fréquente d’habitude en journée. En attendant, Mongia se fait du souci pour l’avenir. “On m’a fait visiter un appartement au bâtiment 11, juste à côté de celui où on habitait. Je ne peux pas. Quand je passe devant je revois le feu. Je ne veux pas que mes enfants voient ça dès qu’ils sortent”, pose-t-elle, sourcils froncés.

Certains locataires doivent s’engager à regagner leurs logements quand ils seront réhabilités, dans un ou deux ans.

Cette mère de famille n’est pas la seule à tenir ce raisonnement. Toutes les personnes interrogées par Marsactu n’imaginent pas retourner vivre dans l’immeuble dont la façade noircie leur provoque encore des haut-le-cœur. “Je ne veux plus jamais y mettre un pied, je suis traumatisée”, raconte une jeune femme. Pourtant, une information circule entre familles. Le bailleur social conditionne certaines signatures d’un nouveau bail à une clause particulière : explicitée sur un document consulté par Marsactu, celle-ci engage le locataire à réintégrer son ancien appartement une fois les travaux de réhabilitation terminés, d’ici un ou deux ans. “Mais comment faire si à ce moment-là, nos enfants ont pris leurs marques ? Deux ans, c’est long”, s’inquiète encore Soraya.

Interrogé sur cet aspect, 13 habitat précise que “pour les relogements en cours, les baux qui ont été signés sont des baux temporaires, et non des baux définitifs, pour lesquels les locataires conservent leur loyer d’origine”. Le bailleur poursuit : “si un locataire souhaite rester dans le logement qui vient de lui être attribué, c’est un autre processus. Les éventuelles demandes de ce genre seront donc étudiées au cas par cas, dans un deuxième temps, plus calme.” Pour le moment, certains ne savent pas où dormir durant le long week-end de pont qui s’annonce. “Selon les cas, le nombre de nuits d’hôtel va de 5 à 10 jours”, déplore Abdelali, délogé et militant associatif. Dans la nuit de lundi à mardi, deux habitants ont dormi dans leur voiture.

*Le prénom a été modifié

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