Ali, l’asphalte et la détermination de Félix-Pyat

Billet de blog
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18 Mai 2018 0

À 19 ans, Ali Barka a fini troisième du concours Éloquentia, un mois auparavant. Il retrace son histoire d'Oran à Félix-Pyat. Portrait d'un jeune homme déterminé, qui sait où il va.

Félix-Pyat (Marseille, 3ème)

Installé à une table au théâtre Toursky, où il a répété son texte pour le concours Éloquentia, Ali semble réservé mais a le regard assuré sous sa casquette. « Ali ? Ali est posé, c’est la force tranquille ! » affirme Mohamed, qui participait également au concours. Le jeune homme se confie sur son parcours et nous emmène faire un tour dans son quartier.

« Il avait une histoire à raconter »

Pour sa première participation au concours d’éloquence, il a choisi d’aborder le sujet des migrants et des sans-papiers venant en France. « Il avait une histoire à raconter » poursuit Mohamed. Profitant de cette tribune pour déconstruire les préjugés sur les migrants, il a raconté le parcours difficile d’un ami ayant quitté l’Algérie pour la France. Comme lui, Ali a quitté Oran pour Orange avec ses parents à l’âge de 9 ans : « J’étais encore petit quand on s’est installés, je ne voyais même pas la différence entre l’Algérie et la France. »

La vie vue d'en haut

Arrivé à Marseille en 2014, il s’installe à Félix-Pyat situé dans l’un des arrondissements le plus pauvre de la ville. Ali dépeint un environnement dans lequel il se sent bien, où beaucoup de souvenirs se sont accumulés en peu d’années. « Il y a eu beaucoup de changements dans le quartier » explique-t-il en nous montrant les nouveaux aménagements sur la place principale de la cité, au pied des tours dont il a peint la façade avec son père maçon « du 5ème au 13ème étage ! » Un soir, il est monté tout en haut, sur le toit d’un des bâtiments pour observer la ville, prendre de la hauteur sur son quotidien. « Il y a eu des règlements de comptes, des bagarres, des morts, des familles qui pleurent. En ce moment, c’est calme » constate-t-il.

Sur la route

Au fur et à mesure de la balade, Ali sort de sa réserve. Il finit par enlever sa casquette, dévoilant un éclair rasé au-dessus de l’oreille gauche. Un éclair à l’image de sa détermination certaine : « Dès le lycée je savais que je voulais faire routier. Il n’y avait que ça dans ma tête. » Une passion de brûler l’asphalte qui s’est révélée précoce. Petit déjà, son père lui faisait conduire la voiture familiale sur des parkings. À 16 ans, il part en stage sur les routes d’Italie, d’Allemagne et d’Espagne se retrouvant dans la cabine d’un 35 tonnes. Dès l’aurore, motivé comme jamais, il se souvient : « À 5h j’étais déjà en bas ! Après dans le camion, c’est une autre histoire, tu fatigues ! Tu te dis que tu serais bien resté chez toi ! » Loin d’une vie d’errance à écumer les routes d’Europe pour un salaire de la peur, Ali aspire à un rythme de vie plus tranquille, « je ne me sens pas de rester et dormir dans un camion une semaine entière, à l’international, en se douchant dans les aires de repos, ce n'est pas mon truc ! » relance-t-il.

Une ligne de conduite exemplaire

Son expérience professionnelle l’a amené à effectuer des livraisons pour Auchan. Une étape qui fut compliquée pour le jeune homme. Le rythme des livraisons, la pression du temps, les journées à rallonge et la circulation difficile dans la cité phocéenne lui font préférer les trajets à l’échelle nationale, « je voudrais plutôt faire par exemple Marseille-Lyon, partir d’un point A pour revenir à un point B, pas tourner à gauche, à droite ». Une ligne de conduite qui correspond à son caractère, raisonnable et déterminé : « Je ne suis pas quelqu’un qui fait n’importe quoi. Mes parents sont fiers de qui je suis. » Aîné d’une fratrie de quatre enfants, il s’impose de montrer l’exemple : « Si je fais n’importe quoi, mon frère qui a 16 ans aujourd’hui, d’ici un an peut faire comme moi. Mais si je vais au travail, il va se dire dans sa tête, moi aussi il faut que je bosse. »

Une détermination à toute épreuve

En attendant de recevoir la carte du permis poids lourd qu’il vient de passer pour reprendre le travail, Ali ne perd pas de vue son but. « Je n’ai pas encore réussi ce que je veux, ni atteint mes objectifs. Le chemin est droit, on le suit ou on marche tordu et on tombe ». Comme un pied-de-nez aux clichés pour ne pas se laisser enfermer. Plus tard, Ali veut monter une entreprise de transports et souhaite prendre soin de sa famille. « C’est le plus important, si je suis là c’est grâce à eux. Pas plus ». Il plaisante sur sa mère qui ne veut pas le laisser s’envoler du nid familial pour l’instant. Les yeux remplis de rêves, il s’imagine vivre avec « une belle vue sur la mer pour voir tout Marseille ».

Samia Kadiri & Chloé Morisset


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