À Marseille une abstention record inégalement répartie

Décryptage
le 30 Juin 2020
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Le second tour des municipales à Marseille n’a pas été l’occasion d’un retour aux urnes avec environ 100 000 votants de moins qu'en 2014. Les écarts territoriaux se sont confirmés et même accentués, entre des secteurs nord faiblement mobilisés et un sud disputé. Difficile cependant d’en tirer des enseignements sur la victoire du Printemps marseillais.

À Marseille, plus que l’arrivée en tête du Printemps marseillais, c’est l’abstention qui aura marqué ces municipales. Le faible taux de participation au premier tour s’est confirmé le 28 juin avec seulement 35 % de votants, beaucoup moins qu’en 2014, où ce taux s’élevait à 58 %. Le contexte particulier, entre la crise sanitaire, la campagne interrompue et l’affaire des procurations qui touche l’équipe de Martine Vassal, peut être un facteur de cette faible mobilisation. Mais elle s’est exprimée différemment au sein des 480 bureaux de vote, allant de 10,9 % de votants jusqu’à 60,4 %.

Seulement un quart de votants au nord

Les habitants des quartiers nord de la ville ont plus fortement boudé les urnes : dans les 13/14 et 15/16, l’abstention s’élève à plus de 70 %. Elle a même progressé entre les deux tours, probablement sous l’effet des retraits respectifs de la gauche et la droite dans ces secteurs. L’est offre une situation plus contrastée, avec quelques zones de forte abstention dans les 10e et 11e arrondissement et une participation légèrement plus forte dans le 9e et 12e.

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Si l’on observe les bureaux où l’abstention a été la plus forte, on les retrouve dans trois secteurs différents : le 13/14, le 11/12 et le 9/10. La plupart de ces bureaux de vote se trouvent dans des quartiers populaires composés de cités HLM. Le bureau « école élémentaire Clair Soleil », dans le sud du 14e, enregistre le plus fort taux d’abstention de près de 90 %. Vient ensuite un bureau de la cité Air Bel dans le 10e arrondissement, à 84 %.

Les secteurs centraux et le 6/8 confirment au contraire leur abstention traditionnellement plus faible. Elle atteint 58,5 % dans les 4e et 5e arrondissements, et 54,7 % dans les 1er et 7e arrondissements, soit presque 20 points d’écart avec le 13/14. Au sein même de ce secteur des disparités apparaissent : les quartiers de Noailles et de Belsunce sont ceux qui se sont le plus abstenus.

Des foyers de participation marqués à gauche

Deux zones se démarquent par une participation nettement plus forte : le 7e arrondissement, et l’hyper-centre autour des Réformés, de la Plaine et du cours Julien. Dans ces deux zones, le Printemps Marseillais enregistre de bons scores, et est en tête dans le secteur. Pourtant, les orientations politiques du 7e et de l’hyper-centre sont au départ très différentes.

Près d’Endoume et de Bompard, c’est la droite qui régnait en maître jusqu’ici. François Fillon (LR) dépassait les 30 % à la présidentielle de 2017, alors que Jean-Luc Mélenchon (FI) tournait autour des 15 %. Pourtant, une grande partie des bureaux de vote du 7e arrondissement ont mis la gauche en tête au second tour de ces municipales, même si les résultats sont souvent serrés.

Au centre-ville, c’est le contraire. Le candidat insoumis y réalisait des scores proches de 35% contre 15 % pour le candidat Les Républicains. Au deuxième tour des municipales dans ce secteur, Michèle Rubirola (PM) s’impose largement face à Bruno Gilles (DVD).

Une poussée au cœur de la gaudinie

Entre le premier et le deuxième tour, la participation n’a que peu évolué. De 32,76 % elle passe à 35,37 %. Mais là aussi les fractures se font ressentir. Alors que la participation recule dans le nord de la ville, oscille suivant les zones dans le 11/12, elle augmente au sud-ouest. À qui profitent ces écarts ? Aucune tendance ne se dégage globalement, même si ces secteurs ont été remportés par le Printemps Marseillais. Certains bureaux voient une forte augmentation de la participation qui coïncide avec une hausse des voix pour Martine Vassal (LR) ou Sabine Bernasconi (LR).

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Par exemple, dans le 6/8, quelques bureaux traditionnellement acquis à Jean-Claude Gaudin se sont mobilisés, semble-t-il au profit de la candidate LR. C’est le cas dans les bureaux 808 et 809 près du Prado et Bonneveine, où environ 10 % d’électeurs en plus sont revenu voter entre les deux tours, soit environ 150 électeurs par bureau, et la candidate LR a bondi de plus d’une centaine de voix dans chacun des bureaux.

Mais ces quelques regains de participation n’ont pas permis à Martine Vassal de l’emporter. Olivia Fortin (PM) la devance d’une courte tête, un peu moins de mille voix, et fait basculer le secteur à gauche. Ces disparités mettent en garde contre une lecture facile où le covid expliquerait l’abstention comme les défaites électorales.

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Commentaires

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  1. patrick patrick

    il ne faut pas chercher du côté des élus les solutions pour lutter contre l’abstention. le but de la plupart d’entre eux est d’être élu (c’est à dire avoir un travail rémunéré) peut importe la représentativité. macron a une majorité à l’assemblée avec 38% de suffrages exprimés, soit moins de 18% pour son parti. en tient il compte ? a t’il remis en cause quoique ce soit ?

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  2. Elric Menescire Elric Menescire

    Et dire que tout ceci risque d’être balayé a l’issue du premier conseil municipal samedi prochain.

    Il faut absolument que cette loi plm inique soit dénoncée,et, en cas de hold up du fauteuil de maire de la part de la droite, une mobilisation massive et continue des citoyens. Car,a l’illégitimité du maire Royer Perrault (ou Teissier) s’ajouterait l’ignominie d’un vol manifeste.

    Si la droite réalise, avec l’aide de Ghali, ce hold up, comment reprocher aux gens de ne plus croire aux élections ? Si ça arrive, l’élection suivante verra un taux d’abstention bien pire… c’est le peu de démocratie restant qui est en état de mort cérébrale.

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    • leravidemilo leravidemilo

      La loi PLM (Mitterand/Defferre) est une loi contre la démocratie, qui adoptée en 82, a permis dès 83 à Defferre d’être réélu alors qu’il était minoritaire, la même chose intervenant pour Gaudin plus tard. Elle doit être dénoncée tout le temps, qu’il y ait un nouvel « hold up » ou pas, car elle constitue une incitation permanente au hold up, et une négation de la souveraineté du corps électoral.

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  3. pascal pascal

    Très instructif, merci
    La participation dans le 15/16 et 13/14 est réellement problématique pour la prise en charge des difficultés de ces populations. pourquoi un élu s’occuperait d’eux? certes ils ont été abandonnés depuis longtemps et forcément résignés mais ce n’est pas une excuse…

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  4. Input Output Input Output

    En l’absence de la reconnaissance du vote blanc réclamée désespérément depuis des années, l’abstention est le seul moyen d’expression des citoyens qui veulent dénoncer l' »oligarchie représentative » que nous subissons, plutôt que de désigner par dépit des maîtres parmi lesquels nous n’avons pas envie de choisir : https://evolut10nnaire.blogspot.com/p/neocratie.html

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    • patrick patrick

      vous pensez réellement qu’un abstentionniste va se déplacer pour voter blanc ? l’abstention est une résignation pas un moyen d’expression.

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    • leravidemilo leravidemilo

      Sauf que justement, l’abstention c’est ne pas se déplacer, et qu’il en résulte que, si un électeur se déplace il n’est pas abstentionniste…
      Il s’agit bien d’un choix constitutionnel, et donc politique, et d’une convention. Imaginez que l’on compte ainsi : exprimés : 1OO, blancs: 30; Nuls: 10; Trucmuche: 40; Machinot :20. Mettez Macron à la place de Trucmuche et MLP à celle de Machinot. Imaginons maintenant l’ambiance, le climat, des premières semaines du mandat de Trucmuche/Macron, et sa marche solennelle autour de la pyramide du Louvre, et les éditos de la presse main stream…
      Et d’ailleurs, « Imagine t on le général De Gaulle face à un tel scrutin? » (Il fait sa valoche, , saute dans la DS, et roule dans la nuit vers Colombey, en repensant au chapitre en cours de ses « mémoires »…

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    • Tarama Tarama

      Va-t-on vers un scénario à la Bush 2004 (vs Al Gore) avec la triche en Floride qui avait fait basculer l’élection ?

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  5. leravidemilo leravidemilo

    La principale et l’essentielle « leçon » de ce scrutin est bien l’abstention massive, généralisée et toujours en progression, qui en vient à priver progressivement notre système « représentatif » de toute légitimité, et qui pose, une fois de plus la question de notre constitution et celle de la 6èm République.
    C’est sans doute d’ailleurs, la seule leçon qu’on peut en tirer de façon certaine comme étant pérenne : Ce dimanche ce qui c’est exprimé compte tenu de l’ensemble des circonstances, c’est 14% du corps électoral, et nombre des « conclusions » que déjà on en tire, risquent de s’avérer caduques vite fait…
    Concernant Marseille,une autre leçon s’impose, comme l’article le met fort justement en valeur, c’est le différentiel entre les secteurs et les arrondissements, différentiel qui, à l’occasion de ce scrutin, s’accroit encore et fortement.
    J’ai fait dès hier les comparaison entre les deux tours, en comptant en voix exprimées, car les nuls et les blancs ont l’air d’avoir bougés en plus (à vérifier).
    Les évolutions dans les secteurs et entre les deux tours entre les vois exprimées sont très parlantes : +18,7 dans le 4ème secteur, +11,7% dans le6ème, + 11,1% dans le 1er…. et à l’inverse, +5,5% dans le 2ème, +3,9% dans le 8ème et …. – 14,2% dans le 7ème… Ces – 14,2% correspondent à 3280 voix exprimées en moins, alors que le score du P.M au premier tour et sur ce secteur était de l’ordre de 3690 voix….
    Et comme prévu (et annoncé), on trouve dès le lendemain des commentaires attribuant aux électeurs la pleine responsabilité de cette abstention, en exonérant les politiques de toutes les vilenies faites à ces citoyens, du bracelet Dior de Mm Andrieux, à la paix de l’âme du pépé de J Bacchi…, et qu’on se demande s’il convient bien de « s’occuper » encore de ces populations (voir ci dessus) Chapô les artistes!

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  6. Tarama Tarama

    Le poids de Samia Ghali dans l’avenir de Marseille par rapport à son poids démocratique n’en est que plus amer.

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    • patrick patrick

      c’est la revanche de la cagole clientéliste.

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