Une perquisition a secoué la mairie d'Istres fin mars, à l'initiative du parquet national financier. Son enquête fait suite au constat par la chambre régionale des comptes de l'omniprésence de certaines entreprises au sein de la ville. Visite guidée.

Qu’ils aient été trente ou quarante selon les estimations, la descente de gendarmes dans la ville d’Istres est venue souligner le sérieux avec lequel l’enquête préliminaire ouverte pour diverses atteintes présumées à la probité est traitée par le parquet national financier. En restant plusieurs jours en ville, en s’intéressant à une série d’entrepreneurs, les enquêteurs ont touché directement à des acteurs qui trustent un nombre important de marchés publics.

Parmi ces entrepreneurs, il y a Philippe Cambon, dont le domicile – et non le bureau comme indiqué dans un premier temps – a été visité par les gendarmes et se trouve, selon nos informations, au cœur de l’enquête. Sa femme, la troisième adjointe au maire d’Istres Valérie Cambon, a même dû répondre à quelques questions. L’homme a plusieurs métiers, résultat de la « success-story d’un entrepreneur » selon les mots de son blog. D’abord, spécialiste de la fabrication des vérandas en alu avec SAM (société d’activité métallière, dont il a transmis la présidence à son fils à la fin de l’année 2016), l’homme a étendu son champ de compétence aux travaux publics avec FDO Méditerranée et surtout à la promotion immobilière, ce qui lui permet de couvrir des chantiers quasiment de A à Z. En tout, il possède aujourd’hui près de quarante sociétés.

Pour la chambre régionale des comptes, qui a envoyé ses observations provisoires aux personnes et aux entreprises qu’elle a choisi de citer et transmis des éléments au parquet, le fait que les mêmes entreprises reviennent régulièrement est particulièrement étonnant. Du côté de la Ville,  on considère qu’il n’est pas rare que des entrepreneurs du cru puissent remporter une série de marchés. Chez SAM, Jérémy Cambon déroule la répartition des recettes et renverse l’équation : « Son chiffre d’affaires a toujours été composé de la façon suivante : 70% particulier région PACA, 10% collectivité région PACA et 20% chantier privé région PACA », détaille-t-il par mail.

« Même pas 1 % de notre chiffre d’affaires »

Pour lui, « la collectivité istréenne ne représente même pas 1 % de notre chiffre d’affaires, et il n’existe pas de texte qui interdit à une entreprise de la ville de répondre à un appel d’offres et de le remporter si son prix et ses compétences professionnelles sont les meilleures. » Au téléphone, il ajoute : « On perd régulièrement des marchés à Istres mais on en est au point de se demander s’il ne faut pas qu’on ne réponde plus à Istres. » De son point de vue, les multiples sociétés de la famille Cambon seraient victimes de l’enquête : « Ils veulent tuer le maire et il s’attaque à nous. Aucune des entreprises que nous dirigeons n’a été perquisitionnée, nous ne sommes pas concernés ». Pour la justice, le tout est de savoir s’il y a eu favoritisme voire même atteinte plus grave encore à la probité.

A Istres, force est de constater une présence particulièrement forte. Il s’intègre le plus souvent à un attelage où l’on retrouve régulièrement deux architectes locaux, le cabinet Atrium et l’atelier RI2L de Frédérik Rill dont la présence régulière a elle aussi attiré l’œil de la chambre régionale des comptes puis des enquêteurs. Faire le tour de leurs constructions respectives, c’est en quelque sorte visiter l’actualité immobilière d’Istres.

Des réalisations phares

Les réalisations phares, en attendant le golf de Rassuen dont le promoteur n’est pas encore connu, portent leurs signatures. L’hôtel de Ville compte parmi ses architectes Michel Vallière et le cabinet Atrium comme maître d’œuvre quand FDO construction réalisait le gros œuvre pour 4,4 millions d’euros. « Le marché était conclu avant que nous rachetions la société [au Portugal, ndlr]« , assure Jérémy Cambon sans que nous soyions en mesure de le vérifier. SAM a lui réalisé une des pièces maîtresses du bâtiment, le mur-rideau de 100 mètres par 20, sorte de « seconde peau » pour la nouvelle antre du maire inaugurée en décembre 2013. L’ouvrage a été construit sous l’impulsion de l’intercommunalité, le SAN Ouest Provence alors présidé par René Raimondi et vice-présidé par le maire d’Istres François Bernardini, largement – et c’est compréhensible – associé au projet.

À quelques centaines de mètres de là, le Forum des Carmes porté par Kaufman & Broad a enfin connu la pose de sa première pierre début mars. Le projet ambitieux doit redynamiser le centre-ville en proposant une nouvelle offre commerciale mais aussi un « forum des arts ». Le parking porte la signature de FDO qui l’a réalisé pour 8,5 millions d’euros. Quant au projet qui prendra place au-dessus, il compte au rang de ses architectes à nouveau Atrium.

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commentaires
  1. Cabries defense Cabries defense

    Il n’y a pas qu’à Istres……………….

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  2. Electeur du 8e Electeur du 8e

    A Istres, tout va bien. Mais « ils » veulent « tuer le maire ». Qui, « ils » ? On ne sait pas. Ah, si, peut-être plus les électeurs que les juges : au premier tour des régionales 2015, le FN a obtenu 45,7 % des voix dans cette ville (avec un taux de participation de 55,1 %) ; et 51,1 % au second tour (avec une participation de 64,2 %).

    Mais sinon, à Istres, tout va bien. Le maire et ses amis sont des exemples de probité. Et les électeurs sont contents et le font savoir.

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