À Fos, la prise de conscience sur la pollution industrielle s’étend

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Violette Artaud
14 Fév 2018 7

Selon une étude citoyenne, certains aliments AOC Provence seraient largement plus contaminés par des polluants que la moyenne nationale. Avec ces nouveaux éléments qui font le lien entre pollution industrielle et risques sanitaires sur le pourtour de l'étang de Berre, la prise de conscience semble s'amplifier.

Photo : Violette Artaud

Photo : Violette Artaud

Ce lundi soir, le vent qui souffle par grosses rafales semble pousser les habitants dans le Théâtre de Fos-sur-Mer. Avec une capacité de 600 places, la salle est quasiment comble quand Daniel Moutet, président de l’Association de défense et de protection du littoral du golfe de Fos prend la parole. Depuis le matin, l’info tourne en boucle : l’association vient de rendre publique une nouvelle étude qui révèle la présence de polluants dans plusieurs aliments produits localement. “Il a fallu que nous allions chercher nous-mêmes des preuves scientifiques. Aujourd’hui nous les avons, entame le militant associatif. J’ai écrit au ministère de la santé et de l’environnement, au préfet et à l’ARS [agence régionale de la santé. Ndlr]. Ils n’ont même pas daigné accuser réception. Alors aujourd’hui, nous allons nous faire entendre encore plus fort. Tonnerre d’applaudissement. Sans même connaître les preuves scientifiques en question, l’assemblée approuve.

Ils sont plus de 400 ce soir à être rassemblés dans l’élégante salle du théâtre. Habitants de la commune, mais aussi de Miramas, Port-de-Bouc ou encore Port-Saint-Louis ils sont pêle-mêle membres de syndicats ouvriers, agriculteurs, conchyliculteurs, médecins ou simples citoyens du cru. Tous sont venus entendre les résultats de l’étude menée depuis 2009 par l’association de défense du golfe de Fos et l’institut écocitoyen, association financée par la Ville de Fos et le conseil de territoire Ouest Provence. C’est donc Philippe Chamaret, chimiste de formation et président de l’Institut écocitoyen qui explique que des aliments typiques du coin, labellisés AOC Provence, ont des taux de contamination pour certains polluants qui dépassent les seuils réglementaires définis pour ces denrées. Avec un point noir sur la viande de taureau et les œufs de poules des Alpilles pour lesquels les dépassements sont largement supérieurs à la moyenne nationale. “Le dépassement des limites réglementaires ne veut pas dire qu’on va mourir demain mais qu’il y a un problème de contamination sur le territoire qui doit susciter une surveillance particulière”, détaille à l’assemblée Philippe Chamaret.

Énième signal

Après l’étude participative Epseal sur les maladies à Fos et Port-Saint-Louis et l’étude Scenarii d’Air Paca publiée le mois dernier, les résultats de ces analyses sur les aliments résonnent comme un énième signal. Depuis deux ans, Daniel Moutet les gardait dans un tiroir. “Le moment paraissait opportun. Et puis j’en ai eu marre aussi. Cela fait deux ans que je toque à toutes les portes et qu’on m’envoie balader”, rend-il compte.

Alors que du côté de la préfecture on fait remarquer que “le nombre réduit d’échantillons prélevés ne permet aucune comparaison avec des fourchettes de moyennes nationales”, du côté de l’ARS on n’ose pas se prononcer “tant que l’ANSES [l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail] n’a pas rendu son avis”. Aucune étude officielle ne peux donc à ce jour confirmer ou infirmer le travail de l’association de défense du golfe de Fos et de l’Institut écocitoyen. En revanche, les interrogations et les inquiétudes de la population elles, sont persistantes.

“Que pouvons-nous faire ? Je suis grand-père de deux enfants qui sont sous Ventoline, et je peux vous dire que ce n’est pas facile ! Devons nous arrêter de payer nos impôts pour que l’on nous écoute ?”, s’exclame un homme dans la salle. “Je suis arrivé ici il y a 15 ans et je peux vous dire que j’ai été horrifié de découvrir ma salle d’attente”, ajoute un médecin généraliste de Port-Saint-Louis. Face à ce genre de discours récurrents et las de l’inaction des pouvoirs publics sur la question, l’association de défense du golfe de Fos a elle choisi de livrer sa bataille sur le terrain judiciaire.

“Plus il y aura de plaignants, plus on fera pression”

“Nous allons déposer une plainte contre X pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui au parquet de Marseille. Mais nous vous incitons aussi à prendre contact avec l’association pour déposer des plaintes individuelles”, annonce maître Julie Andreu, avocate de l’association. “Si la responsabilité pénale est effectivement recherchée par un juge d’instruction, ce sera un symbole fort pour la population, explique la juriste. Les procédures civiles peuvent elles avoir un impact financier fort. Plus il y aura de plaignants, plus l’indemnisation sera grande et plus on fera pression.” Si pour l’instant l’association n’a pas encore de retour sur le nombre de personnes prêtes à lui emboîter le pas, plusieurs étaient volontaires, ce lundi soir.

Mais cette bataille passe aussi par le terrain médiatique. En amont de la réunion publique, l’association de défense du golfe de Fos a pris soin de communiquer les résultats des analyses à deux grands médias nationaux, à savoir Le Monde et France Inter. Et cette agitation médiatique a provoqué des remous locaux. Ce mardi soir, au théâtre de Fos, une dizaine de conchyliculteurs se sont en effet déplacés avec la ferme intention de faire savoir qu’ils n’appréciaient pas vraiment cette mauvaise publicité.

“Une bombe atomique”

“Daniel, c’est une bombe atomique que tu nous a lâché dans la presse là !”, lance Denis Manias, président du conseil d’administration de la société coopérative aquacole de Port-Saint-Louis-du-Rhône, avant d’être rejoint par d’autres pêcheurs moins tendres. Inquiets pour la vente de leur récolte, les producteurs de moules ont rappelé tous les contrôles qu’ils subissent. “On est dans les normes il faut arrêter. Comment on va faire nous si plus personne ne veut acheter nos moules !”, ont-ils martelé. Les moules de Carteau, qui ont été analysées dans cette étude, ne présentent en effet pas de dépassement des seuils réglementaires. L’étude relève tout de même des contaminations par certains polluants au-dessus de la moyenne nationale.

Dans la salle du théâtre de Fos-sur-Mer ce lundi soir, peu de responsables politiques sont présents. Un détail que le maire PS de Fos, René Raimondi, n’a pas manqué de faire remarquer : “Je passe encore pour les troublions, mais tant pis, ma carrière politique est derrière moi. Pour moi, ça parait évident que les élus doivent se mobiliser sur ces questions”. L’édile se bat depuis plusieurs années pour enjoindre les services de l’Etat à prendre leurs responsabilités et réaliser des études. “Si la pollution est effectivement un problème pour les êtres humains et la production locale, alors il faut que l’Etat prenne ses responsabilités”.

“Les témoignages que nous avons entendu hier soir, a finalement rendu compte au lendemain de la réunion Philippe Chamaret, font ressortir des histoires de vie. Cette question a fait naître un conflit mais nous avons tous un combat à mener contre cette pollution qui nous divise.” Dans quelques mois, l’Institut écocitoyen doit publier une nouvelle étude sur l’imprégnation de la pollution dans le sang et les urines des habitants de ce territoire. Comme celles qui l’on précédé, elle contribuera sûrement à pousser encore un peu la prise de conscience et faire sauter des verrous pour qu’un jour, on ne puisse plus détourner le regard.


L’étude porte sur sept aliments AOC : le taureau de Camargue, le mouton de Crau, les fromages de chèvre et œufs de poules des Alpilles, les poissons du golfe de Fos, les moules de Carteau et l’huile d’olive produite aux Alpilles. Sur ces sept produits, qui ont été prélevés une fois par an entre 2009 et 2015, plusieurs polluants dont les PCB et dioxines ont été recherchés. Les résultats de ces analyses ont ensuite été comparés avec une moyenne nationale réalisée sur plus de 300 échantillons par le ministère de l’agriculture. Résultats : pour la viande de taureau et les œufs de poules, les voyants sont au rouge. Ces deux produits, dépassent en effet les seuils réglementaires en dioxine de façon beaucoup plus fréquente que la moyenne nationale. Sur 8 prélèvements 2 dépassent les seuils, soit 25 %, un pourcentage qui est de 0,3 % à l’échelle nationale.

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