58 établissements et un chef de projet pour “l’expérimentation Macron” dans les écoles

Décryptage
le 11 Jan 2022
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Le recteur d'académie, Bernard Beignier est revenu lundi sur le plan "école du futur" dans lequel devraient s'engager une cinquantaine d'écoles marseillaises. La liste s'affine avant le retour à Marseille du président de la République en février.

Bernard Beignier (à d.), recteur d'académie et David Lazzerini, adjoint au secrétaire général d'académie, le 10 janvier 2022 à Aix. (Photo : C.By.)

Bernard Beignier (à d.), recteur d'académie et David Lazzerini, adjoint au secrétaire général d'académie, le 10 janvier 2022 à Aix. (Photo : C.By.)

Du prêt-à-porter pour ceux à qui cela va, du sur-mesure pour ceux qui le nécessitent. C’est en filant la métaphore textile que Bernard Beignier, recteur de l’académie Aix-Marseille, a donné lors de sa conférence de presse de rentrée des nouvelles de l’expérimentation voulue par le président de la République pour les établissements scolaires marseillais dans le cadre de “Marseille en grand”. Soit une cinquantaine d’écoles laboratoires développant des projets propres, pour inventer à Marseille “l’école du futur” avant de voir l’initiative se généraliser ailleurs si elle est concluante.

“Les enseignants sollicités ont été heureux de la liberté qui leur était accordée”, affirme Bernard Beignier qui assure que l’initiative est sur de bons rails. Un chef de projet chargé du suivi de plan va d’ailleurs être recruté dès cette semaine par le rectorat. Cinquante-huit établissements marseillais ont candidaté pour prendre part à cette expérimentation. Chacun porte des projets “de nature très diverse”, explique le recteur. “Certains ont trait à la culture. Certains se ressemblent entre eux, d’autres collent à la population des secteurs concernés”, précise-t-il.

Écoles hors réseaux d’éducation prioritaire

Sur la grosse cinquantaine d’écoles postulantes, toutes ne figurent pas, en revanche, dans les réseaux d’éducation prioritaires (REP ou REP+) visés par Emmanuel Macron lors de son discours fleuve le 2 septembre dernier. Des noms sont évoqués tels que l’école de la Loubière (5e), Cabot-Les Pins (9e), Chartreux-Ivaldi (4e) ou Eugène-Cas (4e). À défaut de dévoiler la liste exhaustive des candidates, Bernard Beignier confirme : “des écoles ne font pas partie des quartiers prioritaires. Elles ont fait savoir qu’elles voulaient prendre part à l’expérimentation. Pourquoi pas ?”

En fait, cette expérimentation est un outil de réforme de l’Éducation nationale avant d’être un dispositif en faveur des élèves les moins favorisés.

Sébastien Fournier, SNUIPP

Du côté des syndicats, on voit là “une contradiction majeure” entre le discours présidentiel et les faits. “Lorsqu’il vient, Emmanuel Macron dit vouloir répondre aux enjeux éducatifs des quartiers populaires. En fait, cette expérimentation est un outil de réforme de l’Éducation nationale avant d’être un dispositif en faveur des élèves les moins favorisés”, pointe Sébastien Fournier, secrétaire départemental adjoint du SNUIPP.

Il craint, en outre, que “la liberté de moyens” voulue par le président à destination de ces établissements-pilotes ne soit un facteur aggravant d’inégalités : “Nous voulons que l’on offre à toutes les écoles les mêmes moyens. Ce qui nous inquiète, c’est la contractualisation des moyens, notamment humains. La présence d’un maître ou d’un psychologue Rased (qui dispensent des aides spécialisées aux élèves d’écoles maternelles et élémentaires en grande difficulté, ndlr), d’une infirmière ou d’une assistante sociale ne peut pas dépendre du fait que l’école ait candidaté à tel ou tel projet !” La question des moyens sera d’ailleurs au cœur du mouvement de grève nationale prévu ce jeudi 13 janvier dans l’Éducation nationale.

Pas en arrière

Autre point de crispation chronique depuis le mois de septembre dernier : le recrutement des enseignants dans ce laboratoire de l’école du futur. Le 2 septembre, à la tribune, le président évoque la possibilité pour les directeurs de “choisir l’équipe pédagogique”. Il a alors conscience de lâcher une bombe dont les effets se font encore sentir. “Ce jour-là, le président n’a pas dit qu’il abolissait le code de l’éducation, que je sache”, évacue le recteur. Il promet qu’il s’agit là, seulement, de permettre aux directeurs d’être présents lors des jurys recrutant les enseignants.

Dans les faits, on assiste tout même à un petit pas en arrière gouvernemental. Les syndicats ont obtenu que les professeurs des écoles recrutés ne le soient plus au travers de la procédure dite de “postes à profil”, mais via “des postes à exigence particulière”. “Le collègue qui le souhaite devra toujours postuler et être soumis à un entretien d’embauche, mais il gardera, avec cette deuxième option, son barème antérieur (les points accumulés par son ancienneté, ndlr)“, se félicite Sébastien Fournier. Il regrette néanmoins que ces postes échappent au “mouvement ordinaire” de l’Éducation nationale et pique : “On se demande bien quelle exigence particulière il va falloir avoir pour candidater dans une école qui mène un projet… alors que toutes les écoles de France font de même !”

La liste des écoles retenues pourrait évoluer et le contenu de leurs projets s’affiner, conclut de son côté Bernard Beignier. Car certaines idées proposées par les établissements “doivent encore être accompagnées”, dit-il. En février, le recteur d’académie ambitionne de présenter au président-candidat une expérimentation marseillaise façon tailleur cousu-main.

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Commentaires

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  1. Pascal L Pascal L

    Le véritable problème est de parvenir à avoir et à garder en REP+ des enseignants qualifiés et motivés par leur mission de service public.

    En moyenne sur les collèges Marseillais des zones prioritaire on avait entre 25 et 30 % de renouvellement de l’équipe chaque année donc quasi systématiquement des profs débutants face à des élèves difficiles.
    Ceci a un effet sur la masse salariale d’un collège : le salaire moyen d’un prof dans ses premières années est environ la moitié de celui du prof “chevronné”. Un collège REP+ coute donc nettement moins cher qu’un collège prestigieux.

    Plutôt que de tenter de diminuer la pénibilité par une réduction sensible des effectifs ou des dispositifs plus de profs que de classe on a donc choisi l’incitation financière : on a octroyé une prime assez conséquente (plus de 400 euro par mois) et une réduction de service de 2h (cette réduction était prévue pour permettre la concertation mais les syndicats se sont chargé de la transformer en réduction de service).

    Un prof en collège est 16h devant les élèves par semaine, un couple qui s’arrange pour ne pas travailler les même demi-journée (ça existe) peut se passer de nourrice pour garder ses propres enfants et engranger près de 1000 euro de prime
    On a certes fidélisé quelques profs motivés par le service public mais on a aussi attitré des chasseurs de primes qui n’en ont rien à faire de l’éducation prioritaire, qui méprisent ces élèves pour lesquels, selon eux, on ne peut rien faire, qui ne sont pas écrasés par les corrections de copies ou les préparations (j’ai connu un prof qui se vantait de ne jamais ouvrir son sac en dehors de l’école) et qui peuvent se contenter de distribuer des polycopiés sans avoir les parents sur le dos.

    Alors maintenant on essaie de trouver d’autres solutions comme les postes “profilés” c’est à dire un moyen de se débarrasser des chasseurs de prime inefficaces mais on ne fait toujours rien pour diminuer la pénibilité.

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    • Patafanari Patafanari

      Merci pour cet éclairage débarrassé du jargon-camouflage de l’Education nationale.

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  2. Agnès Revertegat Agnès Revertegat

    Ma fille bosse en rép et la majorité des profs sont motivés disponibles,ne comptent pas leur temps.et.font preuve de grande créativité,ce n’est pas 16 h devant élève , il faut rajouter les préparations les corrections, les réunions, les conseils de.classe les conseils de discipline.
    De très jeunes prof commencent leur carrière dans ce type d’établissement et y restent motivés, heureux de leur métier, proches de leurs élèves. Et je ne décrirai pas.l’investiseemnt.depuis la crise COVID
    Il faut arrêt er de mettre en avant le disfonctionnement , d’une minorité pour faire passer l’inacceptable.
    On se dirige vers quoi ? La suppression de l’éducation nationale. La privatisation des écoles ?un système à l’américaine
    Si tout était si simple et si facile ,si ce métier permettait de s’enrichir, tous les postes seraient combles.
    Bac +5 diplôme d’ingénieur , 6ans d’expérience,salaire moyen 1700euros pas mois. Et confrontées au mépris perpétuel
    Il en faut de la motivation pour de lever tous les matins.
    Alors intéressez vous à ce qui se passe réellement pour le.corps.enseignznt et arrêtez de diffuser la propagande gouvernemental qui a jamais eu un mot de remerciement pour cees professionnel s de première ligne qui se chargent de ce qu’un pays.devrait.avoir de us cher, l’éducation et le bonheur de ses enfants .

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