Pour voir les vestiges de la Corderie de près, vous n’aurez que neuf jours par an

Info Marsactu
Violette Artaud
5 Déc 2017 9

La Ville de Marseille s'apprête à voter les conditions d'accès pour le public aux vestiges de la Corderie via une servitude. Pas plus de neuf jours par an et trente personne à la fois, la carrière antique penche plus vers la privatisation que vers la mise en commun du patrimoine.

Vue générale de la carrière grecque archaïque. En arrière plan, un tronçon du rempart du XVIIe siècle. Denis Gliksman, Inrap

Vue générale de la carrière grecque archaïque. En arrière plan, un tronçon du rempart du XVIIe siècle. Denis Gliksman, Inrap

Cela faisait partie des garanties annoncées par le gouvernement et promises par Vinci le mois dernier. “La ministre [de la culture, ndlr] a demandé au groupe Vinci de prendre plusieurs engagements afin de garantir la visibilité et une meilleure restitution des vestiges conservés, de favoriser leur accessibilité et de développer les médiations à destination des publics”, détaillait alors un communiqué de presse précisant qu’un “chemin bordant le rempart permettra un accès, sous certaines conditions, au public et notamment aux scolaires.” 

La mairie de Marseille votera lors de son prochain conseil municipal ces “conditions”. Le texte soumis au vote des conseillers municipaux délimite la servitude dont Vinci permet l’usage, le fameux “chemin bordant le rempart”. Et à en regarder de près la délibération, elles sont pour le moins restrictives. En effet, les visiteurs ne pourront contempler la carrière antique lors de visites obligatoirement accompagnées et uniquement à l’occasion de trois événements par an, qui eux-mêmes ne pourront pas durer plus de trois jours. Les journées du patrimoine par exemple. Autrement dit, l’accès aux vestiges de la Corderie par cette servitude ne pourra se faire pour le grand public que durant neuf jours par an… au maximum.

Trente personnes maximum

Mais attention, pas question de se ruer boulevard de la Corderie ces jours-là. La servitude ne pourra accueillir qu’au maximum trente personnes à la fois. Ce qui risque très probablement de poser problème pour le deuxième type de public accepté sur ce chemin qui longe le rempart : les groupes scolaires et universitaires. Ces derniers bénéficient eux d’une journée par mois maximum, du lundi au vendredi. Mais en comptant accompagnateurs et professeurs, les groupes de trente risquent bien d’être peu nombreux.

Quoi qu’il en soit et pour tout le monde, les visites devront s’effectuer entre 10 heures et 17 heures. La servitude elle, est loin d’avoir été pensée spécialement pour admirer la carrière antique puisqu’il s’agit du chemin déjà prévu pour l’issue de secours de l’école primaire qui jouxte la partie est de la parcelle.

Dans les couloirs de la ville, on met plus volontiers l’accent sur la difficulté de valorisation des vestiges eux-mêmes : “Ce n’est pas forcément à cet endroit que les vestiges seront le plus visibles. La vraie question est la façon dont ils vont être préservés et mis en valeur. On parle par exemple d’une dalle en verre pour les protéger et nous travaillons donc à une autre forme de mise en valeur, par exemple depuis un promontoire avec des panneaux explicatifs qui permettrait de rendre le site visible depuis le boulevard des Lices ou depuis le jardin de la colline Puget. Là-dessus, nous allons concerter avec les associations, le CIQ et la mairie de secteur”. Jointe par nos soins, l’adjointe à l’urbanisme (LR) Laure-Agnès Caradec n’a pas répondu à nos appels.

En effet, il était déjà question lors de l’annonce du ministère de la culture en novembre d’installer un “belvédère muni d’un ascenseur sera construit dans le jardin public mitoyen.” Problème, à vol d’oiseau, au moins 60 mètres séparent le jardin Pierre-Puget et les vestiges.

“C’est scandaleux”

Du côté du CIQ justement, on semble peu satisfait par cette proposition.“C’est scandaleux, on va regarder les vestiges avec des jumelles !”, s’agace son président, Guy Coja, qui ne s’étonne pas pour autant des conditions restrictives de l’accès à la servitude. Ce dernier raconte en effet que cela faisait parti des arguments de vente de Vinci. “Quand je suis passé au bureau des ventes, on m’a dit de ne pas m’inquiéter, que l’accès aux vestiges pour le public ne serait limité qu’à quelques jours”, raconte-t-il. Après un second échec devant la justice en date du premier décembre, le CIQ Saint-Victor-Tellène affirme poursuivre sa bataille juridique pour tenter de mettre en difficulté le permis de Vinci.

Mais, même après la lecture du rapport au conseil municipal citant la délibération en question, des questions subsistent au sujet de cette servitude. Où sera-t-elle située précisément ? Par où pourra-t-on y accéder? Un plan annexe est censé répondre à ces questions. Mais cette annexe n’est malheureusement pas encore disponible. “Nous sommes tous à la recherche de l’annexe !, ironise Benoît Payan, président du groupe d’opposition socialiste. Elle viendra probablement avec les additifs en fin de semaine. En tout cas en l’état, ce rapport est effrayant”, commente-t-il. Le feuilleton de la Corderie n’est pas prêt de s’arrêter. Saison 2 : le casse-tête de la conservation.

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