Sexisme en politique : dix élues marseillaises témoignent

Enquête
Rédaction de Marsactu
14 Fév 2019 5

Elles exercent ou ont exercé un mandat au sein d'une collectivité locale. Après l'attaque sexiste dont a été victime l'élue écologiste Lydia Frentzel en conseil municipal, dix élues racontent leur quotidien en politique. De l'indifférence revendiquée aux avances sexuelles insistantes.

Le 4 février dernier, le sénateur Rassemblement national Stéphane Ravier se lançait dans une attaque sexiste contre la conseillère municipale Europe écologie les verts Lydia Frentzel en plein conseil municipal (lire notre article). En suggérant de la retrouver “au même hôtel, à la même heure”, l’élu osait une saillie rarement entendue dans un hémicycle local. L’affaire a choqué au-delà des cercles politiques locaux car elle éclaire d’une lumière crue les rapports femmes/hommes en politique. Marsactu a choisi de donner la parole à dix femmes, élues ou anciennes élues locales pour parler de ce sujet.

Elles représentent l’ensemble des forces politiques présentes dans les hémicycles. Leurs témoignages sont de degrés différents. Certaines ne voient pas de problème. D’autres, au contraire, nous ont raconté les brimades récurrentes, les propositions sexuelles et les remarques déplacées sur le physique. Au cours de cette enquête, l’une d’entre elles nous a même confié des faits qui relèvent du harcèlement sexuel avant de renoncer à témoigner par crainte des conséquences pour sa vie et sa carrière. Preuve s’il en fallait encore que prendre la parole sur ce thème est toujours compliqué.

Lydia Frentzel, conseillère municipale écologiste

Depuis dix jours, je suis la cible d’attaques immondes sur les réseaux sociaux.

Depuis dix jours, c’est une avalanche. Cela n’arrête pas. J’ai été obligée de filtrer, de me préserver. J’ai pris quelque jours au vert mais il a fallu revenir au travail. Et, depuis la petite phrase de Marine Le Pen sur France Inter [“On ne va pas faire une police des blagues de mauvais goût”, Ndlr], c’est reparti. Je suis la cible d’attaques immondes sur les réseaux sociaux notamment de l’extrême-droite. Je n’étais pas prête à ça, à cette intensité, à ce niveau de violence. Certains m’ont apporté leur soutien, à gauche mais aussi à droite comme Yves Moraine ou Nora Preziosi. Mais ce qui m’a le plus touché, ce sont tous les témoignages que j’ai reçus par les réseaux sociaux : des soutiens mais aussi beaucoup d’histoire de violence, de femmes battues. Des choses terribles. Cela donne la mesure de ce qui reste à faire dans notre société.

Le sexisme en politique, on y répond comme on y répond dans la vie. Cela fait partie de notre vie de femme. Nous l’avons toutes intégré. Alors, bien sûr, en tant que femme, il faut parfois faire face à des intimidations, notamment lorsque vous dérangez des hommes politiques en place, qui se sentent menacés. Le retour peut être très violent. Moi, je n’étais pas du milieu, mon militantisme est celui d’une femme des quartiers, présidente de CIQ, engagée auprès des gens, pour leur environnement. Je suis d’un milieu populaire, je leur ressemble. Je n’ai pas été au lycée. En étant élue pour la première fois en 2014, je n’avais pas les codes. J’ai ressenti un vrai mépris de classe. Pourtant, nous aussi, on a le droit de s’exprimer, le droit à la parole. Si cette histoire m’était arrivée en début de mandat, je serai partie en courant. Maintenant, je suis plus aguerrie, notamment parce que je suis les formations d’élus au sein du parti. Même à EELV, il faut se battre pour que les gens des quartiers populaires soient à des places éligibles. Retour à la mosaïque.

Sabine Bernasconi, maire Les Républicains des 1er et 7e arrondissements, vice-présidente du département

Il y a eu le titre dégueulasse de La Provence “Sabine Bernasconi dévoile le bas”. Il n’aurait jamais été fait pour un homme.

Je n’ai jamais vraiment eu l’impression de subir le sexisme : il y a eu quelques petites blagues ou quelques regards. Pour ma part, cela a toujours déclenché une réaction assez vive. Quand même, j’ai été dans l’opposition face à Patrick Mennucci [son prédécesseur à la mairie du 1/7, ndlr] qui est un tantinet misogyne. C’est le “mademoiselle” très souvent utilisé pour s’adresser à moi et d’autres mots pas toujours respectueux des femmes. Dernièrement, il y a aussi eu le titre dégueulasse de La Provence : “Sabine Bernasconi dévoile le bas”. Il n’aurait jamais été fait pour un homme. Je leur ai dit ma colère et ils ont mis quelques lignes pour dire que je n’étais pas contente. Entre ça et ce qui est arrivé à Lydia Frentzel, je me demande quel est ce vent de folie qui s’est déclenché. Il ne faut pas laisser passer, il faut le dénoncer à chaque fois !

Mais globalement, avec le mouvement “balance ton porc” ça a progressé. Les femmes hésitent moins à s’exprimer, à réagir et à partager des sentiments qui sont pénibles. Il y a une forme de solidarité féminine : quand il y a cette remarque sur Lydia Frentzel, il y a une réaction immédiate des femmes et de quelques hommes aussi. Il y a une prise de conscience qu’une blague déplacée ça peut mettre mal à l’aise, que ça ramène la femme dans une situation désagréable. On commence à comprendre qu’il vaut mieux s’en passer.Retour à la mosaïque.

Michèle Rubirola, conseillère départementale Europe écologie-les Verts

Je suis médecin, on me demande souvent de jouer au docteur.

En politique, c’est identique à ce qui se passe en tant que femme tout court. Comme les gens portent des valeurs, on pourrait croire que ce serait différent mais non.

Au sein de mon propre parti, il est vrai que j’ai eu les SMS de Denis Baupin. Un jour j’étais à la tribune et je reçois un texto : “Tes dessous et tes bottes me plaisent beaucoup, est-ce que tu pourrais relever la jambe que j’en vois un peu plus ?” Je n’ai pas répondu. Et puis on s’est croisé dans un couloir. Il m’a attrapée par la taille pour me prendre contre lui et je l’ai repoussé. Je l’ai pas dénoncé, je me suis débrouillée toute seule, on m’a appris à ne compter que sur mes propres forces. Ce n’est qu’après que j’ai compris que c’était une mécanique bien huilée et que d’autres femmes avaient subi davantage encore. Dans les hémicycles, j’ai jamais eu à avoir affaire à ce qu’a vécu Lydia Frentzel. Mais ça ne m’empêche pas de faire attention à la façon dont je m’habille : pas de décolleté, pas de jupe trop courte. C’est ça qui est chiant, on ne se sent pas libre.

Les relations avec les hommes dérapent parfois. Comme je suis médecin, on me demande souvent de jouer au docteur. Et puis il y a eu ce déplacement avec des élus. Je me suis retrouvée assise dans le bus à côté d’un élu local de droite. On a discuté de tout sauf de politique, c’était une discussion agréable. Le soir venu, on dîne tous ensemble et il me dit : “tu veux pas aller en boîte ?” Je dis non. Puis ça a été : “Viens dans ma chambre”. Il a insisté lourdement me disant : “Je suis bien monté. Quand je me la contemple, elle est bien grosse”. Ensuite, il a frappé plusieurs fois à la porte de ma chambre. Dans sa tête, si je lui avais parlé, ça voulait dire que j’avais envie qu’on se voit. Pour moi, c’était juste une discussion avec un collègue rien de plus. Il m’a dit que j’avais pas les codes. Et il est devenu lourd mais il n’y a pas eu d’agression physique. Et puis ça a été la menace : il m’a dit que si un jour je montais au créneau sur une sujet politique, il serait contre moi en disant que c’était parce que je n’avais pas eu ce que je voulais de sa part. J’en ai parlé avec une collègue mais je n’ai pas voulu le dénoncer. Pour moi, ça s’était passé lors d’un moment privé et ça pouvait se gérer comme ça. Et même si je suis parfois montée au créneau, il n’a jamais osé me faire de remarque de ce type. Depuis on s’ignore.Retour à la mosaïque.

Dominique Vlasto, adjointe au maire Les Républicains

Si un jour, il se passe quelque chose, vous remettez les gens à leur place et c’est fini.

Ça ne m’est jamais arrivé depuis que je suis en politique. On ne m’a jamais dit : “mais toi, tu es une femme”. Je n’ai jamais eu de problèmes de ce type là, j’ai toujours défendu les femmes mais je pense qu’elles ne doivent pas prêter le flanc. Je dis toujours quand je reçois des jeunes filles : il y a une façon de s’habiller, de se tenir.

C’était la première fois que j’entendais ce genre de choses [l’attaque sexiste contre Lydia Frentzel, ndlr]. Il n’y a pas d’excuses, on peut plaisanter mais là ce n’est pas une plaisanterie. Je dirais plutôt que ce serait une maladresse.

Cela m’a même étonné de la part de Stéphane Ravier. La politique c’est comme une grosse entreprise. Il se passe la même chose. Ce qui se passe en politique se passe ailleurs mais on en parle moins. J’ai fréquenté plusieurs milieux et je peux vous dire que c’est assez pareil. Je travaillais à la Sofres en 1978. C’est vrai que les hommes étaient très présents, qu’ils aimaient un peu dominer mais une fois que vous bossez, on vous laisse tranquille. Si un jour, il se passe quelque chose, vous remettez les gens à leur place et c’est fini. Si vous bossez, vous êtes reconnue, que vous soyez homme ou femme.Retour à la mosaïque.

Arlette Fructus, adjointe au maire Parti radical, conseillère régionale

Je ressens une forme de commisération. « Elle parle, oui, on la laisse » mais il y a toujours des hommes qui couvrent ton expression.

Après la sortie de Stéphane Ravier, j’ai ressenti de la colère. C’est inadmissible et ça témoigne d’un état d’esprit lourd qui n’a pas sa place dans les échanges. Ce que j’ai entendu m’a ulcéré et j’ai quitté l’hémicycle. C’est dans son ADN mais aucune conviction politique ne justifie la vulgarité.

Le monde politique est fait par les hommes pour les hommes. Avec les années, il y a eu une prise de conscience notamment avec la loi sur la parité mais la bataille n’est pas finie. Une étude publiée en 2017 montre que le temps de parole des femmes à l’Assemblée est de 3,5 % ! C’est très révélateur d’une exacerbation [du sexisme] en politique car c’est un monde cruel régi par des codes masculins où l’on se donne à voir.

Pour ma part, je n’ai pas à me plaindre de remarques liées, par exemple, à mon physique. Je n’ai jamais été victime, comme Lydia, d’une agression directe. Par contre, j’ai déjà eu le sentiment que mes propos avaient moins d’intérêt. Je ne vais pas dire sentiment d’infériorité, mais plutôt de moins de considération. Je ressens dans les comportements une forme de commisération : “elle parle, oui, on la laisse” mais il y a toujours quelqu’un qui parle quand tu parles, des hommes qui couvrent ton expression. Il faut faire plus tes preuves, parler plus fort, voire même demander le silence. Sauf que ce n’est pas dans la nature de tous. En politique, il y a l’idée du tribun qui est forcément un homme mais il y a d’autres formes d’expression. Ce qui ne veut pas dire que l’on exerce pas pleinement notre mandat. Moi je suis plus dans la complémentarité. En réunion quand une femme est d’accord elle a tendance à dire “oui d’accord” alors qu’un homme va forcément vouloir reformuler pour faire en sorte de récupérer l’idée.

La considération masculine arrive avec la maîtrise parfaite du sujet. C’est lourd et il ne faut pas se rater. Il faut s’imposer, pas parce qu’on est une femme, mais parce qu’on a une utilité. Je pense que la bonne réponse à avoir [face au sexisme] c’est une solidarité structurée et organisée afin que ce combat soit perçu comme juste et pas seulement comme celui des suffragettes ou de féministes inconditionnelles.Retour à la mosaïque.

Éléonore Lepprettre, conseillère régionale Modem

Toutes ces petits remarques quotidiennes sont très difficiles à vivre, malsaines et totalement inappropriées. Le plus dur est de ne pas baisser les yeux.

À l’Assemblée, je vois de loin arriver un élu que je connais. Vous sentez le regard qui commence du bas et qui finit par croiser vos yeux. Il me dit : -“Mais qu’est-ce que tu fais là ? Tu visites pour dans cinq ans ?” -“Ben non tu sais je travaille ici, avec Marc Fesneau, le président du groupe Modem”. -“Ah oui, tu es sa secrétaire ?” -“Ben non je suis son assistante parlementaire”. Je ne pense pas qu’il l’aurait dit à un homme.

Je travaille en politique entre Paris, au cabinet du Ministère des relations avec le Parlement, et Marseille en tant que conseillère régionale. Et je peux dire que les questions de sexisme ne sont pas du tout envisagées de la même façon. À cette exception près, je n’ai jamais eu à subir de remarques déplacées à l’Assemblée.

À Marseille, la culture est patriarcale : on est toujours à la limite entre le côté potache du Sud et le sexisme. À mon âge, il y a un vrai souci de frontière ; c’est à dire cet affectueux “ma petite” qui en même temps est très problématique. Je ne suis pas “sa” petite. Si une fille est jolie, on ne peut pas s’empêcher de le lui dire.

La frontière entre la drague et le sexisme est poreuse. On m’a demandé, toujours sous le coup de la blague et à plusieurs reprises avec qui j’avais couché pour en arriver là. Mais je ne vois pas une de mes collègues dire à Ludovic Perney [le benjamin du conseil régional, ndlr] “quel beau gosse !” Au début, on me parlait tout le temps de mes yeux: “excusez moi je ne vous entendais pas, j’étais plongé dans vos yeux”.

Avec le temps ça a un peu changé car j’ai montré que je pouvais porter des dossiers, mener une campagne des législatives. J’ai l’impression qu’il faut toujours prouver plus quand on est une femme.

Mais ça n’empêche pas les remarques, par exemple lors d’une conférence de presse du président Muselier. À la fin, tout le monde veut le saluer et là, à un moment donné, un élu me pousse et je me retrouve sur les genoux d’un autre élu qui était encore assis. Je demande à celui qui m’a bousculée ce qu’il lui a pris. Et là il me dit : “Ça va, t’as l’habitude d’être sur les genoux des hommes en général, non ?!” Je ne me suis pas laissée démonter, il a bien compris et il a mis ça sur le compte de la rigolade. Une autre fois, c’est une discussion professionnelle qui termine par un post-scriptum : “cette robe te fait des très jolies jambes”.

Il est très difficile de passer le cap d’aller porter plainte. Les propos sexistes, sont très souvent enrobés du ton de l’humour et d’une sorte “d’affection” dû à mon jeune âge. Porter plainte parce qu’on m’a dit que j’avais de jolis yeux ? de jolies jambes ? On me rirait au nez. Toutes ses petits remarques quotidiennes sont très difficiles à vivre, malsaines et totalement inappropriées. Le plus dur est de ne pas baisser les yeux, de ne pas banaliser. Je me protège en remettant en place ces hommes avec répartie, assez fort pour que l’entourage entende, et je me forge une armure en passant outre.

Conserver cette carapace est un combat. On subit une pression mentale plus importante que les hommes. Et je condamne fermement les propos du style “elle n’avait qu’à pas mettre de jupe”. Je suis une femme, je l’assume pleinement, nous sommes dans un pays où nous disposons de nos corps et de nos tenues vestimentaires, mais pour le moment, c’est presque considéré comme un acte de résistance que d’assumer pleinement sa féminité.Retour à la mosaïque.

Sophie Camard, ancienne vice-présidente EELV de la région et députée suppléante France Insoumise

Être une femme en politique c’est à la fois se battre, et tout le temps relativiser. 

Le sexisme on le retrouve autant en politique que dans le monde de l’entreprise. Hommes et femmes ont des façons différentes de travailler, aussi bien que de préparer des élections. On me reproche souvent de ne pas assez me mettre en avant, de ne pas imposer ma vision aux autres, de vouloir travailler collectif. Il y a globalement une vision très virile du leader en politique. J’accepte volontiers de faire campagne en binôme. Après, il y a toujours un soupçon, est-ce que c’est parce qu’on ne veut pas qu’une femme seule soit tête de liste ? Est-ce pour se rassurer qu’on me met avec un homme ?

Dans mes campagnes, je n’ai pas eu à subir de situations gênantes. Mais quand on est candidate, on doit s’attendre aux remarques permanentes sur la tenue. J’ai tout eu, sur la couleur des robes, les bottes, les chapeaux …

Je me positionne sur des terrains qui sont souvent ceux des hommes : l’industrie, l’économie, l’écologie… Je l’ai intégré. J’ai l’habitude de débattre avec des hommes, et je suis presque plus à l’aise, il y a moins de non-dits, c’est plus franc. Bien sûr, en tant que femme, il faut toujours qu’on en rajoute dans la compétence. À la région, j’ai beaucoup travaillé pour maîtriser mes dossiers. Je connais plein d’hommes que ça ne dérange pas d’arriver les mains dans les poches. Être une femme en politique c’est à la fois se battre, et tout le temps relativiser. Relativiser parce que sinon, ce serait la guerre en permanence. Les hommes ne se rendent pas compte à quel point ils ont tout le pouvoir, et on les laisse souvent faire. Il ne faut pas oublier qu’en France, les femmes sont plus nombreuses, et que la parité n’est pas un quota, sinon, on serait plus nombreuses qu’eux en politique ! Les politiques publiques l’oublient.Retour à la mosaïque.

Nassera Benmarnia, conseillère PS des 2e et 3e arrondissements

Une fois élue : le message c’est “reste à ta place, estime-toi heureuse d’être où tu es”.

C’est difficile la place d’une femme en politique. Ça l’est d’autant plus qu’ici, on dit toujours qu’une femme est là par le bon vouloir de l’homme… L’ascension est difficile. Aujourd’hui, je reste dans une place de figurante. Quand les élues restent en place, c’est bien parce qu’elle lui a tout donné. Il y a plein d’hommes qui sont là par la volonté d’un pote mais pour eux, on n’en fait pas un plat ! Et une fois élue ça continue : le message c’est “reste à ta place, estime-toi heureuse d’être où tu es“.

C’est d’autant plus difficile quand on est issue de la diversité, quand on est une femme musulmane affichée. On t’explique qu’il y a des places assignées dans une logique très coloniale. Le communautarisme, c’est pas les communautés qui en parlent tout le temps. Je ne vis pas en vase-clos à parler du matin au soir d’islam, ça les politiques mettent du temps à le comprendre. À droite ou à gauche, ceux qui constituent des listes réfléchissent de cette manière, avec des cases à cocher. Il faut un peu des arabes, des noirs et maintenant peut-être que sur certains secteurs, il faudra des asiatiques. C’est lamentable mais c’est comme ça que ça se construit. Moi, on me met dans la case “femme issue de la diversité”. Il y en a une et pas deux. On m’a déjà dit “on ne te prend pas, il y a déjà une arabe sur la liste”. On m’oblige à entrer dans la concurrence avec les autres candidates issues de la diversité.

Mais je ne veux pas être mise en concurrence avec une autre femme issue de l’immigration, ça ne m’intéresse pas. C’est suffisamment dur pour qu’on ne se tire pas dans les pattes.Retour à la mosaïque.

Myriam Salah-Eddine, adjointe au maire aux droits des femmes de 2001 à 2008

Je venais du bâtiment. J’ai su m’imposer en prouvant que j’avais du répondant sur le plan technique. En politique, c’est pareil.

Quand Renaud Muselier est venue me chercher une première fois en 1999, j’ai d’abord refusé. Je ne me sentais pas prête. Je suis arrivée à la politique en même temps que la loi sur la parité. Le nombre de femmes notamment à droite a explosé. Nous étions 30% environ alors que les femmes étaient une poignée auparavant. Le profil a aussi changé. J’étais une femme jeune, venue du monde du bâtiment, novice en politique alors que celles qui étaient déjà élues avaient plus de bouteille. Ce n’est pas forcément facile de faire sa place. Il y a une certaine concurrence et pas  seulement avec les hommes. Je n’ai pas ressenti plus de sexisme en politique qu’il y en a dans le reste de la société. Et y a-t-il un endroit de notre société où il est absent ? Je venais du bâtiment où j’étais conductrice de travaux, un milieu et un métier où les femmes sont plutôt rares. J’ai su m’y imposer en prouvant que j’avais du répondant sur le plan technique. En politique, c’est pareil. Après, socialement, c’était un cercle fermé avec beaucoup d’avocats, de médecins. J’étais la benjamine du conseil municipal, dernière d’une famille de sept enfants, d’un père ouvrier marocain. Il a fallu faire sa place, redoubler d’efforts car j’étais attendue au tournant. Je ne regrette rien.Retour à la mosaïque.

Sandrine D’Angio, maire de secteur Rassemblement national et conseillère régionale

Je n’ai jamais été victime de sexisme et je trouve la question rabaissante car on ne la pose jamais aux hommes.

Je suis solidaire de Stéphane Ravier, c’est tout ce que je peux dire. Je refuse de commenter ce qui s’est passé. Mais ne croyez pas que Lydia Frenzel n’a pas eu de propos déplacés. Sinon, pour répondre à votre question, je n’ai jamais été victime de sexisme et je trouve la question rabaissante car on ne la pose jamais aux hommes. Que ce soit dans ma vie professionnelle où j’ai été chef d’entreprise ou dans ma vie politique, je n’ai jamais été confrontée à cela. Et pourtant je travaille avec une majorité d’hommes. Mais je n’ai jamais été jugée sur le fait d’être une femme plutôt que sur mes compétences.

Que l’on me traite de “charmant pantin” me fait sourire. C’est peut-être du sexisme mais quand l’on sait de qui ça vient [le deuxième adjoint démissionnaire à la mairie de secteur Antoine Maggio, ndlr], on sait que c’est surtout de la jalousie. Aujourd’hui je peux affirmer que je ne suis pas un pantin, alors ça me fait plus sourire.

Je ne dis pas que le sexisme n’existe pas, mais cela ne fait que quatre ans que je fais de la politique et je n’y ai encore jamais été confrontée personnellement. Espérons que ça n’arrive jamais. Retour à la mosaïque.

Jean-Marie Leforestier, avec Violette Artaud, Lisa Castelly et Benoît Gilles

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