Stéphane Ravier impose son sexisme gras au conseil municipal

Reportage
le 5 Fév 2019
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La séance du conseil municipal a été émaillée d'un incident sexiste d'une rare violence. Le sénateur RN Stéphane Ravier a proposé à l'élue écologiste Lydia Frentzel un "rendez-vous à l'hôtel, toujours le même jour, à la même heure" alors que cette dernière tentait d'intervenir sous les quolibets de son groupe. Lors de la précédente séance, elle se disait victime de "mépris de classe".

Stéphane Ravier lors d'un conseil municipal.

Stéphane Ravier lors d'un conseil municipal.

Lydia Frentzel en a encore les mains qui tremblent alors qu’elle allume une cigarette devant la salle du conseil municipal. L’élue écologiste des 15e et 16e arrondissements vient d’interrompre son intervention dans l’hémicycle après un incident sexiste dont elle a été la victime. Un incident comme la salle de Bargemon n’en jamais connu, reconnaîtra quelques minutes plus tard le président LR de la majorité municipale, Yves Moraine, venu lui apporter son soutien.

Malgré le maigre ordre du jour, les débats s’étirent en longueur. Lydia Frentzel a encore plusieurs minutes de temps de parole et démarre son intervention. Elle le dit d’ailleurs, alors que des bancs du rassemblement national (ex FN) montent des quolibets, notamment de la part de son président, le sénateur Stéphane Ravier. « Je lui ai alors dit que j’allais venir dans le 13/14, cela va tellement mal, dans son secteur », raconte l’élue municipale sur le perron.

« Rendez-vous à l’hôtel toujours le même jour, à la même heure »

Stéphane Ravier répond alors : « Oui, rendez-vous dans un hôtel, toujours le même jour, toujours à la même heure. » Habituée d’être prise à partie depuis les rangs du FN, d’être l’objet de sourires ou de commentaires à mi-voix quand elle intervient, Lydia Frentzel traite le président du groupe RN de « goujat » alors que des rangs de la gauche, enflent les protestations.

« C’est indigne, c’est parce que c’est une femme que vous lui parlez comme ça ? ». L’élu communiste Jean-Marc Coppola en appelle à Jean-Claude Gaudin en sa qualité de président de séance. Ce dernier fait signe à la conseillère municipale de poursuivre. Filant la veine sexiste, Stéphane Ravier poursuit : « Quand je parlais d’hôtel, c’était l’hôtel de ville ». Ce à quoi le maire répond, goguenard : « En tout cas, ce n’est pas dans mon bureau, hein », déclenchant les rires de son camp. « Ce bonhomme, c’est un scandale, un odieux personnage, s’emporte Lydia Frentzel à l’intention de Stéphane Ravier. Vous êtes une merde. » Le charivari se transforme en bronca, de part et d’autre.

Rappel au règlement

Les élus d’opposition socialiste et communiste demandent au président Gaudin un rappel au règlement. Cette disposition du règlement du conseil municipal permet à un président de groupe d’intervenir pour commenter un sujet qui a un rapport avec le déroulement de séance et la conduite de cette dernière. Pour le maire, ce n’est là que manigance politicienne. « Ils vont nous pourrir la séance comme ça pendant une année », glisse-t-il en aparté à Jean-Claude Gondard, le directeur général des services qui siège à ses côtés. « Il y a un règlement pour les femmes aussi, martèle Lydia Frentzel. Il doit y avoir un minimum de respect. Je suis une élue de la république. J’ai des enfants, des petits enfants, il est hors de question qu’on me parle comme ça. Je ne finis pas à l’hôtel avec monsieur ».

« N’exagérez pas, répond le maire. Allez, madame Frentzel continuez. » La colère des élus d’opposition de gauche connaît un niveau rarement atteint dans un conseil municipal. « Grossier personnage », tance Jean-Claude Gaudin à l’intention de Patrick Mennucci qui crie « Domenech » en référence à l’éditorialiste du Méridional, élu régional FN dans les années 80 et allié de Jean-Claude Gaudin alors président. Benoît Payan prend alors la parole pour demander à ce que le président du groupe Bleu Marine soit rappelé à l’ordre et qu’il présente ses excuses « pour ses propos infâmes qui rabaissent Lydia à des conditions ignobles ».

Rappel à l’ordre

Yves Moraine prend finalement la parole : « Au nom de la majorité municipale, le rappel à l’ordre me paraît justifié compte tenu de l’agressivité verbale de monsieur Ravier. » L’intervention vise à remettre à un peu de gravité face à un incident que le maire semble prendre à la légère. Dans la foulée, Lydia Frentzel rappelle son combat de féministe et annonce : « Je porterai plainte pour diffamation. »

Au perchoir, Jean-Claude Gaudin prend le temps de feuilleter puis de lire le règlement intérieur qui stipule que le rappel à l’ordre doit avoir lieu une fois l’ordre du jour épuisé avec interventions des conseillers municipaux concernés. Les débats sont donc censés poursuivre et le maire reprend la litanie des rapports.

« Le mépris de classe »

Lydia Frentzel sort fumer une cigarette. Elle dit alors la difficulté réitérée d’intervenir quand on est une femme dans le conseil municipal. « Il suffit qu’on soit une femme, en plus des quartiers Nord pour être considérée comme moins crédible », analyse-t-elle à froid. Déjà en décembre, elle était intervenue pour dire qu’elle se sentait victime « de mépris de classe » à entendre les réactions à chacune de ses interventions :

C’est sorti tout seul. Je voulais parler des classes populaires dont je suis moi-même issue et j’ai senti le mépris autour de moi. Ce n’est pas facile de trouver sa place quand on est élue.

Élue communiste des mêmes quartiers, Valérie Diamanti venue la rejoindre acquiesce : « Le FN a des propos racistes de longue date et le maire laisse faire. Si en plus on est une femme, c’est pire ». « Il y a tout de suite un sourire, on en sait moins que les hommes », ajoute Florence Masse, élue socialiste, sortie à la suite de Lydia Frentzel.

Plaintes mutuelles et excuses demandées

Alors que cette dernière s’apprête à revenir dans l’hémicycle, les élus RN sortent à leur tour et notamment Stéphane Ravier. Les esprits s’échauffent dans la salle des pas perdus. « Je n’ai jamais parlé de tarifications. C’était une plaisanterie », se défend le sénateur RN, déclenchant l’ire de Lydia Frentzel : « Mais je n’ai jamais parlé de rendez-vous. C’était politique. J’ai dit que j’allais épauler les équipes qui y militent. C’est vous qui avez parlé d’hôtel. Qu’est-ce que vous sous-entendiez ? Je porterai plainte pour diffamation. » « Je porterai plainte aussi, réplique Stéphane Ravier. Vous m’avez insulté ». Le ton monte dans le groupe d’élus, au point d’attirer un agent de sécurité.

Pendant ce temps, dans l’hémicycle la séance se poursuit. Une fois l’ordre du jour épuisé, Jean-Claude Gaudin fait son rappel à l’ordre « en demandant à Stéphane Ravier de retirer ses propos qui peuvent être considérés comme insultants »… mais en l’absence de l’intéressé. Lydia Frentzel est aussi sommée de présenter ses excuses. Ce qu’elle ne fait pas. Jean-Claude Gaudin refait ses piles : « La séance est levée… »

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Commentaires

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  1. patrick patrick

    et gaudin laisse faire, il va finir sur une liste rn

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  2. julijo julijo

    M’enfin c’est tellement normal de la part de ravier.
    Qu’attend t’on de ce personnage en dehors de ces réflexions, sexistes, racistes, …. ?

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    • dany lamy dany lamy

      Décidément les staliniens que vous êtes sont toujours là?!!! dignes héritiers de la Satsi, la Sécuritate et très ouvert à la La police une la pensée Orwelienne… Cette histoire n’est qu’une tempête dans un verre d’eau, une plaisanterie mal comprises par des gens capables de récupérer le moindre mot pour faire le buzz… Ravier à bien précisé qu’il s’agissait de l’hôtel de ville, par contre l’insulte contre lui à bien été lancée et enregistrée….bref nul comme toujours avec cette gauche et ceux qui la soutiennent

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    • Zumbi Zumbi

      Ça y est, on connaît le pseudo de Ravier sur Marsactu : Dany Lamy. Tout y est, y compris les références hors de propos à des livres qu’il n’a pas lus. Ça épate les élus RN à la mairie du 13-14 : « Putain t’as vu tous les livres qu’il lit le maire ! »

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Staliniens, Stasi, Securitate (sans accent, hein, c’est du roumain), etc., il ne manque que le point Godwin : on n’a pas l’habitude, dans les commentaires de Marsactu, d’une telle délicatesse dans l’expression verbale – mais tout ce qui est excessif est insignifiant.

      Certains lecteurs de Marsactu s’honorent peut-être d’être staliniens, mais ce ne sont pas eux qui ont inventé le joli surnom dont est affublé le gras Stéphane, « dictateur nord-phocéen » : ce sont des gens de son bord politique, en hommage à son ouverture d’esprit et à sa façon bien personnelle de diriger en mode « j’ai toujours raison », y compris avec violence le cas échéant : https://marsactu.fr/une-plainte-pour-extorsion-aggravee-et-menaces-de-mort-vise-le-senateur-fn-stephane-ravier/

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    • Tarama Tarama

      Nous avons donc des débiles comme commentateurs.

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    • PromeneurIndigné PromeneurIndigné

      Au demeurant Ravier se tient de façon curieuse sur la photo ! Que montre-t-il à sa voisine ?

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  3. CAT13 CAT13

    Si ce n’était pas si malsain, on pourrait croire à un sketch, avec Gaudin qui en met une couche sur le ton de l’humour, quelle belle image ce conseil municipal!

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  4. Un électeur du 9 ème Un électeur du 9 ème

    Gaudin est encore plus indigne que Ravier et il en est complice. Il aurait du être révoqué depuis longtemps.

    Par ailleurs si l’on considère l’immensité des besoins en matière de services à la population ce genre de conseil municipal semble bien léger. A quoi peuvent bien servir nos impôts ?

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Ce conseil municipal n’est qu’un théâtre animé par des comédiens médiocres. Tout est fait pour qu’il ne serve à rien, et pour que la démocratie locale ne fonctionne pas : réunions aussi rares que possible, ordres du jour surchargés, débats limités à leur plus simple expression (qui ne sont en réalité que des monologues), et nombreuses erreurs de casting.

      Quant à Ravier, il ne surprend pas : on n’attend rien d’autre d’un facho sexiste et violent.

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  5. Tarama Tarama

    Gaudin sera donc déficient dans TOUS les domaines. Ravier est une ordure, mais ça on le savait déjà.
    Soutien à Madame Frentzel face à ces personnages.

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  6. picto13 picto13

    Connivence indigne (« pas dans lmon bureau hein ! » ) de Gaudin. Qu’est ce qu’on rigole au conseil municipal !
    Lamentable. Soutien à Madame Frentzel.

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  7. didier L didier L

    Marseille mériterait d’avoir des élus de meilleure qualité, le niveau est bas, très bas, c’est assez pathétique. Et JCG ne tient plus vraiment la boutique, un vieux catho comme lui devrait réclamer un peu plus de dignité dans une assemblée qu’il préside.
    Bref il n’y a pas que les immeubles qui s’effondrent autour de ce maire, il y a aussi un certain sens de la politique, de la tenue … l’humour lourdingue, le dédain, le cynisme ne font pas un conseil municipal digne de ce nom. J’ai mal à ma ville quand je lis votre compte rendu.

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  8. Brallaisse Brallaisse

    Madame de Sévigné écrivait au XVII e, qu’à Marseille , qu’elle trouvait jolie, d’ailleurs, que  » l’air en gros y est un peu scélérat « .
    Méchant, pervers, n’a ni foi, ni probité étaient le sens donné au mot scélérat à cette époque ( Source Furetière) .
    Comme quoi cela ne date pas d’hier!.

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  9. inaudirosy inaudirosy

    Y a t’il eu de femmes pour s’indigner, prendre la parole et défendre Lydia ?
    Mesdames réfléchissez bien quand vous irez déposer votre bulletin dans l’urne, si des individus pareils prennent le pouvoir, c’est le retour au 19eme siècle :
    les femmes à la maison, les hommes au travail et ….. souvent au bordel !
    Tout mon soutien à Lydia

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  10. corsaire vert corsaire vert

    Lamentable en effet ….mais qui cela étonne de la part d’un RN et d’un misogyne comme Gaudin ?
    Il faut qu’elle porte plainte , il y a des lois dans ce pays ,du moins , tant que les ‘marines  » ne sont pas au pouvoir .

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  11. ALIBI ALIBI

    J’espère que l’on a pas les élu-e-s que l’on mérite ! Grave.

    Un cirque romain. Un désert cérébral. Une cour de récré. Un théâtre d’ombres narcissiques. C’est quoi un conseil municipal ?

    C’est quand est-ce qu’ils-elles bossent pour nous préparer une ville qui fonctionne à peu près ?

    Genre avec des trottoirs, de la lumière, des transports en commun, des écoles avec le raccordement au tout à l’égout et le minimum syndical de la deuxième ville de France.

    Genre des él-e-s qui utilisent leur cerveau et les logiciels embarqués qui vont avec.

    Ne faites pas de réflexion sur ma syntaxe, c’est un choix.

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    • Caroline Caroline

      Bravo!

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  12. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    Fhaine = Rhaine

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  13. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    l’époque de la guerre froide, les gouvernements de droite comme de gauche, de crainte de voir la deuxième ville de France tomber aux mains du Parti communiste, ont laissé une grande liberté de manœuvre à Gaston Defferre. Celui-ci, il est vrai, comme le professeur Vigouroux, était davantage soucieux de l’intérêt général que Gaudin. Quant au PCF il a bien géré et gère toujours convenablement, des villes comme Martigues, Aubagne, Gardanne etc.
    En 1986 le gouvernement de droite, de crainte que la région PACA tombe entre les mains du F haine, a laissé le champ libre à Gaudin pour diriger, le Conseil régional avec le parti de Monsieur Le Pen. Certains espéraient naïvement que Gaudin parviendrait à débaucher les conseilleriez régionaux F haine, sans leur faire de concession. Il n’en fut rien. Quoi qu’il en soit, à la même époque, la gestion des villes par le F haine comme Vitrolles, Toulon, Marignane fut une catastrophe. Les lois de décentralisation n’ont rien arrangé, car le contrôle de légalité a posteriori par le Préfet de région des actes des collectivités territoriales est peu efficace, qu’il s’agisse notamment du recrutement des personnels ou des marchés publics.
    Quant aux « investissements » les plus dispendieux, l’État n’y peut rien, car il n’exerce aucun contrôle sur l’opportunité de ces dépenses. En effet Il est tenu de respecter le principe de la libre administration des collectivités territoriales. Celles-ci peuvent d’autant plus facilement faire valser l’anse du panier, que l’État abonde leur budget d’une dotation globale de fonctionnement, ce qui leurs laisse de la marge pour les « investissements ». Certes La Chambre régionale des comptes, peut parfois réagir à posteriori en relevant les anomalies du budget municipal, mais lorsque les travaux sont en cours ou ont été réalisés, il n’y a plus grand-chose à faire.
    On le constate en voyant l’état bilan de de la ville de Marseille, où rien n’a été fait dans l’intérêt de tous. Les réalisations de bientôt 25 ans de municipalité Gaudin n’étaient pas prioritaires au regard de l’insuffisance des transports en commun, de l’insuffisance et du délabrement des équipements sportifs et scolaires notamment dans les quartiers populaires de la réhabilitation de l’habitat indigne etc. Les réalisations coûteuses de l’actuelle municipalité pouvaient être différées. Il n’était pas indispensable de rénover le stade vélodrome deux fois en moins de 20 ans. Construire une patinoire à Marseille, alors qu’on manque de piscine est une décision pour le moins curieuse. Plutôt que de prolonger le métro vers les quartiers nord et les quartiers sud par un moyen de transport en site propre, donc rapide (métro, ou tramway) on a investi un pognon de dingue, pour construire un tramway qui fait double emploi avec le métro. Était-il prioritaire de paver les quais du Vieux-Port ? Pour mémoire, s’agissant des équipements sportifs, notamment dans les quartiers populaires, rien n’a été fait, ou presque , depuis la construction de six piscines dans le cadre du plan des 1000 piscines porté par le professeur Joseph COMITTI, ministre des sports au début des années 70. Quant aux transports en commun en site propre, aux pistes cyclables, la comparaison avec des villes telles que Montpellier, Strasbourg, Lyon etc. n’est pas à l’honneur de Marseille qui revendique la place de deuxième ville de France. Certes la ville est pauvre, mais elle trouve de l’argent pour financer des gadgets telles les trottinettes électriques, qui mettent en danger la sécurité des piétons. S’ajoutent les projets inutiles comme le téléphérique de Notre-Dame de la garde, l’hôpital privé de 600 lits, qui fera concurrence aux hôpitaux publics, qui sont à la peine, la rénovation du parc Chanot etc.

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