Une plainte pour extorsion aggravée et menaces de mort vise le sénateur FN Stéphane Ravier

Info Marsactu
Jean-Marie Leforestier
7 Déc 2017 13

Un conseiller municipal et métropolitain FN a porté plainte contre le sénateur Stéphane Ravier et un militant frontiste. Il leur reproche de l'avoir forcé à démissionner de ses mandats en multipliant les menaces, les humiliations et les violences, ce que le militant visé par la plainte dément. Suite à sa déposition, une enquête a été ouverte et été confiée à la Sûreté départementale.

Peu avant 18 heures, au siège du FN marseillais, Michel Cataneo a rendez-vous avant le bureau politique qui doit se tenir ce lundi 5 décembre à 19 heures. Le conseiller métropolitain et municipal, le plus souvent vêtu de noir, attend les deux Stéphane de la fédération des Bouches-du-Rhône. Il y a le secrétaire général, le "préfet" du parti, le sénateur Stéphane Ravier. À ses côtés, son bras-droit, véritable pilier de la fédération mais jamais élu, Stéphane Dheilly.Alors qu'ils sont en froid pour de nombreuses divergences dans l'organisation du parti depuis deux ans, ce dernier a envoyé un texto le matin même à Michel Cataneo pour sceller la réconciliation sur fond "de mort politique de Tian". La comparution devant le tribunal correctionnel de l'ancien député LR, le vendredi précédent, modifie les rapports de force électoraux dans les quartiers sud où Michel Cataneo est élu. "Stéphane nous propose de nous voir pour un entretien", explique Stéphane Dheilly par SMS.Mais la rencontre aurait eu un tout autre objet, qui va aboutir à une plainte déposée au commissariat du 8e arrondissement mardi 5 décembre, que Marsactu s'est procurée. Michel Cataneo y explique avoir été humilié, menacé et même frappé par les deux hommes. L'objectif selon lui ? Lui faire signer trois lettres de démission : deux pour ses mandats adressés à Jean-Claude Gaudin et au préfet, une à Marine Le Pen pour quitter le parti. Les faits, tels que décrits dans le procès-verbal, sont qualifiés par les enquêteurs d'"extorsion en bande organisée" et "de menaces de mort". Une enquête a depuis été ouverte et a été confiée à la Sûreté départementale, l'unité d'enquête de la direction départementale de la sécurité publique, a-t-on appris de source policière. Contacté, le parquet de Marseille n'avait pas répondu au moment de la publication à nos demandes de précisions.

"Il a fermé la porte à clef puis les insultes ont commencé"

"Je suis rentré dans le bureau de monsieur Ravier en compagnie de monsieur Dheilly vers 18 h 15. [...] Monsieur Dheilly a alors fermé la porte à clef, puis les insultes ont commencé", raconte dans sa déposition Michel Cataneo. L'élu FN cite également une phrase qu'il n'attribue pas précisément à un des deux protagonistes : "Merde, ordure, tapette, sale gaulliste, je vais te casser la gueule".Quelques paragraphes plus loin, il se fait plus précis : "Monsieur Ravier m'a alors donné des claques sur les joues, avec ses deux mains à la fois, c'était humiliant". Il poursuit : "Monsieur Dheilly m'a attrapé pour me mettre à terre, je me suis retrouvé à genoux, j'étais vulnérable et Monsieur Dheilly prenait des photos – je ne sais pas avec quel téléphone – et il me disait "on va les montrer à tes enfants"".Selon son récit, qui demande encore à être vérifié par les enquêteurs de la police judiciaire, la scène aurait duré une heure : "Ils me disaient que j'étais une larve, que je ne me défendais même pas. Je n'ai pas crié, je me faisais tout petit. Je subissais car je voulais juste sortir vivant de cette folie. Ils m'ont ensuite menacé de mort et ils ont dit "si tu parles, on fera la méthode à l'ancienne" puis Monsieur Ravier a ajouté "tu baigneras dans ta merde et ton sang"".Joint par Marsactu, Stéphane Dheilly a nié toute mise sous pression : "Quelle connerie, mon dieu ! Jamais de la vie ! Cela n’en restera pas là". Mais il n'a pas souhaité rentrer dans le détail des accusations. Contacté, Stéphane Ravier n'a pour l'heure pas répondu. Interrogé à ce propos par l'élu socialiste Stéphane Mari, il a en revanche démenti toute cette histoire en conseil d'arrondissements des 13e et 14e ce jeudi, selon le récit des débats faits par La Provence. Les relations sont depuis plusieurs mois très complexes au sein du Front national des Bouches-du-Rhône. De nombreux conseillers municipaux élus en 2014 ont quitté le parti dénonçant le "caporalisme" de Stéphane Ravier.

Une brouille de longue date

Michel Catanéo faisait partie des nouvelles figures promues tête de liste de secteur par Stéphane Ravier (le 6/8 en l'occurrence) lors des municipales 2014. Ce quadragénaire, ancien chanteur de rock gothique, avait remplacé au pied levé un premier candidat, finalement jugé incompatible avec la ligne du parti. Celui qui a une formation de juriste se présentait alors comme "gaulliste", en plein dans la ligne d'"ouverture" prônée alors par le parti.Très vite pourtant, les relations s'étaient tendues avec Stéphane Ravier. En février 2016, après la publication dans La Provence d'un article sur ses loyers impayés, Michel Cataneo avait été sommé de démissionner par le patron départemental du parti. Comme d'autres élus, il a reproché à Stéphane Ravier la faible latitude laissée aux élus dans leur expression publique et au sein de la fédération. Lors des dernières législatives, il avait contesté auprès du siège de Nanterre la désignation de Caroline Sicard dans la circonscription qui regroupe les 7e et 8e arrondissements où il s'estimait légitime. Il avait même annoncé sa démission du parti avant de revenir sur ses propos et de poursuivre son parcours au sein du Front national.Article actualisé le vendredi 8 avec le démenti de Stéphane Ravier.

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