La mauvaise semaine de Stéphane Ravier

Actualité
le 20 Oct 2016
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Le Front national a perdu dans la même semaine trois conseillers municipaux, son groupe à la métropole et vu se créer un groupe dissident à la mairie. En cause, à chaque fois, l'incapacité à rassembler du sénateur et maire des 13e et 14e arrondissements Stéphane Ravier.

Photo Esther Griffe

Photo Esther Griffe

“Ne croyez pas que la direction du mouvement ne regarde pas ça avec la plus grande attention”, explique un cadre expérimenté du parti. Depuis, une semaine, les départs dans l’équipe de Stéphane Ravier garnissent une fois de plus les rubriques Front national des journaux. Vendredi, Marsactu a révélé la démission de ses deux premiers adjoints à la mairie des 13e et 14e arrondissements de Marseille.

Silencieux depuis lors, Stéphane Ravier a finalement donné un entretien à La Provence ce mercredi matin. Son principal argument, il s’agirait d’adjoints inexpérimentés qui auraient voulu grimper trop vite les échelons politiques. Mais cette communication a bien vite été balayée par une annonce attendue depuis quelques jours, celle du départ d’Élisabeth Philippe, une autre conseillère municipale. Avec les deux démissionnaires de vendredi,  Paul Cupolati et Laurent Comas (partis en 2015 en soutien à Jean-Marie Le Pen), ils formeront dans l’hémicycle municipal un second groupe d’extrême-droite représentant les élus FN de 2014.

“Je faisais partie des fidèles”

Adhérente depuis 2006, tête de liste aux dernières municipales dans les 11e et 12e arrondissements, Élisabeth Philippe n’a rien de la militante de fraîche date. Son départ surprend jusque dans les rangs du conseil régional où elle siège depuis 2010. “C’est une fidèle et une pure. Je regrette ce choix”, explique Frédéric Boccaletti, le secrétaire général du groupe qui a essayé en vain de la retenir. “Depuis 2006, je mangeais Front national, je buvais Front national, je dormais Front national, se défend-elle. Moi, je faisais partie des fidèles avec des idées bien arrêtées. Je suis tout à fait d’accord avec le programme national du parti. Pour moi, le problème est local: aujourd’hui, je suis dégoûtée. Je finis mes mandats et j’arrête la politique. Depuis les régionales, je n’ai plus eu de contact avec Stéphane Ravier.”

Celui-ci a pourtant eu des alertes. Au mois de juin, il a enregistré en tant que secrétaire départemental du parti la démission d’Elisabeth Philippe de ses fonctions de secrétaire de circonscription. La lettre, lue dans les instances du parti, n’a pas suscité de réaction particulière de celui qui est aussi sénateur. Successeur à ce poste, Franck Allisio, venu de Les Républicains, juge “étrange” ce départ définitif : “Le dernier message politique que Stéphane Ravier lui a envoyé, c’est de la placer à la quatrième place sur la liste des Bouches-du-Rhône aux régionales. On ne peut pas dire qu’il l’ait déconsidérée”, nuance-t-il. Mais, accaparé par ses multiples mandats (sénateur, maire de secteur, conseiller municipal et métropolitain) et fonctions (il siège notamment au bureau politique du parti), Stéphane Ravier ne remplit plus à plein son rôle de secrétaire départemental qui nécessite présence et écoute auprès des militants.

Contre “un rapprochement avec Gaudin”

Autre problème, Elisabeth Philippe pointe aussi l’inaction politique du leader de son parti. “On a tracté, affiché, on a pris des coups pour en arriver là. Et une fois en fonction, on n’en fait rien”, se lamente-t-elle. Elle cite d’abord le conseil municipal pour l’emploi : “Nous sommes un petit groupe à avoir bossé dessus. Notre travail conséquent et sérieux en amont a même été salué sur d’autres bancs de l’hémicycle. Mais Stéphane Ravier n’a montré aucun intérêt pour notre travail. Il n’est même pas venu au conseil !” Plus important, elle dénonce une forme de “rapprochement avec Jean-Claude Gaudin” : “Nous avons voté pour le pacte de gouvernance de la métropole. J’ai eu honte. Ce ne sont pas nos idées ! Stéphane Ravier a été élu au Sénat sur le rejet de la métropole et ensuite, on vote avec la droite ? C’est trahir les gens.”

Sur ces points notamment, nous aurions aimé interroger Stéphane Ravier mais ce dernier n’a pas donné suite. Il faut dire qu’il a à gérer les conséquences de ces trois départs. À la métropole, le FN perd ainsi le groupe dont la création avait été facilitée par Jean-Claude Gaudin. Il voit ainsi s’échapper toutes les facilités afférentes et notamment les collaborateurs dont la cheville ouvrière de la fédération départementale, parfois qualifié de “secrétaire départemental bis”, Stéphane Dheilly.

Mais, s’ils déstabilisent le parti, Stéphane Ravier et ses proches veulent croire que ces événements n’auront pas de conséquences électorales directes. “On n’est pas sur des scandales comme à l’époque de 1995, assure Franck Allisio. Ce sont des épiphénomènes qui n’impactent pas les administrés. Le jugement, c’est 2020.” Et une élection municipale qui nécessitera huit têtes de liste d’arrondissements. Depuis 2014, il a déjà écarté et perdu le soutien de cinq de celles qu’il avait choisies à l’époque.

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