A Marseille, la moitié des piscines municipales sont fermées en été. Pour ce quatrième épisode de notre série, Marsactu range son bonnet de bain et part explorer les piscines des voisins. Si de nombreux bassins offrent une alternative aux Marseillais, d'autres sont trop loin ou carrément interdits aux baigneurs venus d'ailleurs.

Si les Marseillais ont de l’imagination pour compenser la fermeture estivale des piscines municipales, dans le reste de la métropole, cette situation est exceptionnelle. Hors Marseille, dans un rayon de 45 km autour du Lacydon, plus de trente piscines publiques sont à disposition des baigneurs. Mais elles restent difficilement accessibles aux Marseillais.

La faute à l’absence de transports en commun, mais aussi du fait d’une volonté délibérée de certaines mairies. Les conseils municipaux fixent les horaires, tarifs et conditions d’accès, qui varient grandement selon les villes et villages (voir carte ci-dessous). Fait original, trois piscines sont interdites aux non-résidents de la commune : Cabriès, Plan-de-Cuques et Allauch.

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Légende : en vert, les piscines municipales ouvertes aux résidents et non-résidents de la commune, avec des tarifs identiques ; en jaune, les piscines municipales ouvertes aux résidents et non-résidents de la commune, avec une entrée plus chère pour les non-résidents ; en rouge, les piscines municipales ouvertes aux seuls résidents de la commune ; en noir, les piscines fermées.

Pas de papiers, pas de piscine

Desservies par le réseau RTM depuis la station de métro La Rose, les piscines d’Allauch et de Plan-de-Cuques sont idéalement situées pour les habitants du 13ème arrondissement, privés de leurs bassins ce mois-ci. Mais ces mairies ne veulent pas de Marseillais et ne le cachent pas.

photo : Léo C.
photo : Léo C.

Aux alentours de la piscine, pas moins de quatre affiches avertissent le baigneur non-allaudien : pas de justificatif prouvant qu’on réside sur la commune et de pièce d’identité, pas de baignade. Pourtant, le maire d’Allauch, Rolland Povinelli, accueillait un illustre Marseillais pour l’inauguration de la piscine en 1982 ainsi qu’en témoigne cette archive de l’INA.

Devant l’entrée du bâtiment, deux agents de surveillance de la voie publique (ASVP) vérifient les documents des baigneurs. “Et si vous ne les avez pas, ils ne vous laisseront pas entrer, précise l’employée d’accueil. On a trop de monde sinon, ce n’est pas gérable. C’est une question de sécurité. Mais si vous connaissez un Allaudien et qu’il vient avec ses papiers, il peut vous inviter.” La mairie d’Allauch n’a pas répondu à nos demandes d’interview.

Des dérogations pour les mieux informés

En contrebas de la colline d’Allauch, Plan-de-Cuques possède elle aussi une piscine réservée à ses résidents. Selon le maire (DVD) Jean-Pierre Bertrand qui occupe ce siège depuis 1989, “la piscine a 35 ou 40 ans et ça a toujours été le cas.” Sur la porte d’entrée, des panneaux avertissent le baigneur étranger : pas de carte, pas de baignade. Après une petite discussion, l’hôtesse d’accueil consent à nous laisser entrer peu avant la fermeture, alors que la piscine est presque vide. “Si vous n’habitez pas à Plan-de-Cuques, il faut demander une carte à la mairie en mai, nous informe une agent. Le maire en délivre quelques-unes, après ça il n’y en a plus.”

La piscine ouvrant en juillet, mieux vaut être bien informé. Et la carte ne dispense pas de payer un droit d’entrée plus élevé. “Cette année, on a donné 400 dérogations, confirme Jean-Pierre Bertrand. C’est beaucoup trop, on baissera le nombre l’année prochaine. On a 11 000 habitants sur la commune et 150 000 Marseillais autour qui sont susceptibles de venir. D’ailleurs la plupart des dérogations sont pour des gens de La Rose ou de Château-Gombert. La piscine a été payée par Plan-de-Cuques, les Plan-de-Cuquois paient pour son entretien, c’est normal qu’ils aient la priorité. On n’a pas la mer ici, la piscine est notre seul moyen de nous rafraîchir en été.”

De l’autre côté de la chaîne de l’Étoile, encore plus éloignée de la mer, Cabriès est la troisième commune à limiter l’accès à sa piscine. Des exceptions d’entrée sont tout de même prévues pour les personnes membres d’un club de sport Cabriessien ou travaillant sur la commune… à condition de s’acquitter d’un droit d’entrée presque deux fois plus élevé que les résidents. Impossible là aussi d’avoir un interlocuteur à la mairie de Cabriès sur le sujet.

Le flou métropolitain

Le plus souvent, les piscines appartiennent aux communes, qui les gèrent comme bon leur semble. Elles peuvent en déléguer la gestion aux intercommunalités, comme c’était parfois le cas avant la création de la métropole Aix-Marseille Provence notamment dans le pays d’Aix. Mais la métropole ne s’est pas encore penchée sur la question de nouveaux transferts. Les compétences non-obligatoires de la nouvelle institution intercommunale font l’objet d’une négociation avec les communes jusqu’en 2018. Difficile de dire si les piscines vont demeurer l’apanage des mairies, passer en gestion métropolitaine, voire un mélange des deux.

“On peut tout imaginer concernant la gestion des piscines, confirme Georges Cristiani, vice-président de la métropole en charge des équipements métropolitains, maire sans étiquette de Mimet et président de l’union des maires. Trois cas de figure sont envisageables : les piscines qui étaient d’intérêt communautaire comme celle de Fuveau qui était gérée par la communauté du pays d’Aix passent à la métropole. Les piscines d’intérêt communal comme celle de Mimet le restent. Et les piscines qui étaient d’intérêt communal avant de devenir d’intérêt communautaire pourraient revenir aux communes, comme à Charleval, qui a confié tardivement sa piscine à l’ancienne intercommunalité. Dans tous les cas, pour le baigneur ça ne changera rien. Mais le baigneur qui n’était pas forcément contribuable pourra le devenir, puisqu’il faudra bien adosser ces équipements publics à une fiscalité propre à la métropole.”

Jean-Pierre Bertrand, lui aussi opposant à la métropole et garant du caractère “villageois” de Plan-de-Cuques, n’est pas rassuré par la possibilité d’une gestion métropolitaine. “Ce qui pose problème, c’est qu’on est une petite commune face à un ogre. Plan-de-Cuques est tellement proche de Marseille, vu qu’on a une belle piscine ici, j’ai la certitude que des gens de Marseille vont venir s’y baigner à nos frais. Mais à Allauch comme à Plan-de-Cuques, personne ne demandait à aller à la piscine de Château-Gombert quand elle était encore ouverte.”

“C’est tout le problème de la gestion de proximité, conclut Georges Cristiani. Pour les services de proximité comme les piscines, on peut se poser des questions sur l’intérêt de la métropole. Ça révèle les limites de cette institution.”

Une solution de repli peu attractive

Dans certaines piscines, l’entrée est possible pour les non-résidents moyennant un prix d’entrée légèrement plus élevé. Pour les non-résidents, il faut débourser environ 3,60 euros toutes piscines confondues, contre 3 euros à Marseille. Bien que les écarts soient importants, de 1,50 euro à Martigues à 7,20 euros à Gémenos, un non-résident devra débourser en moyenne 4,80 euros dans les piscines qui différencient résidents et non-résidents.

Mais le véritable frein à l’accès aux bassins est un sujet éminemment métropolitain : Les transports en commun. Depuis la gare Saint-Charles, seules trois piscines sont accessibles en moins de 45 minutes, dont Allauch et Plan-de-Cuques (voir carte ci-dessous). La moitié des piscines de la métropole sont situées à plus d’une heure, voire d’une heure et demi de trajet, sans prendre en compte les changements nécessaires et les derniers mètres à faire à pied. Voilà qui explique le grand succès de la piscine de Gardanne, à vingt minutes des quartiers Nord. Pour certains, bien moins loin que la mer.

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Légende: en vert, piscines situées à moins de 45 minutes de transports en commun de la gare Saint-Charles ; en jaune, piscines situées à moins d’une heure ; en orange, piscines situées à plus d’une heure ; en rouge, piscines situées à plus d’une heure et demi de la gare Saint-Charles ; en noir les piscines fermées.


L’intégralité de la série

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Léo Caravagna

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