[Municipales, le tuto] À quoi servent (vraiment) les maires de secteur ?

Série
le 30 Août 2019
6

À la rentrée démarrera vraiment la campagne des municipales. Parce qu’avant de regarder la partie, c’est mieux de comprendre les règles du jeu, Marsactu vous propose son tuto. Aujourd’hui, le rôle des maires de secteur.

Chez les maires des autres villes de la métropole, ils font presque figure d’épouvantail. « Vous allez devenir comme des maires de secteur », leur a-t-on promis alors que leurs pouvoirs étaient progressivement absorbés par cette grande institution. À Allauch et Plan-de-Cuques, on s’alarme de longue date de devenir les maires du « 17e arrondissement de Marseille ».

Effectivement, les maires de secteur, censés piloter deux arrondissements de Marseille, n’ont en réalité que très peu de pouvoir. À la tête d’un territoire plus peuplé qu’Aix-en-Provence avec 154 000 habitants, la maire des 13e et 14e arrondissements Sandrine D’Angio (RN) est loin de gérer 2000 agents et un budget de 285 millions d’euros comme Maryse Joissains. Et même de pouvoir revendiquer les prérogatives d’un maire de village. Celles-ci ne sont toutefois pas inexistantes et leur rôle politique va bien au-delà de ces attributions légales.

Une élection identique à celle des autres maires

Cela n’a plus de secret pour vous si vous avez lu notre épisode précédent (sinon rendez-vous ici) : les élections au sein des huit secteurs marseillais se passent comme dans n’importe quelle autre ville de France. Les conseillers municipaux sont simplement remplacés par des conseillers d’arrondissements (entre 24 et 48 selon les secteurs), qui désignent ensuite en leur sein un maire de secteur, issu de la liste arrivée en tête au second tour.

Des pouvoirs limités

Bagatelle, Maison Blanche, Saint-Joseph : pour beaucoup de Marseillais, ces noms de bastides ont acquis une réalité concrète le jour de leur mariage, célébré par le maire ou un des élus de secteur.

Ce rôle symbolique des maires de secteur n’est heureusement pas le seul – citons notamment les centres aérés – comme le montre notre infographie non exhaustive. À Marseille, la mairie centrale a conservé le maximum de pouvoir et restreint les transferts de compétences vers les secteurs. Leur budget cumulé est d’un peu plus de 15 millions d’euros (fonctionnement et investissement), contre 1,5 milliards d’euros pour la mairie centrale.

En comparaison, à Paris, un maire d’arrondissement chapeaute les inscriptions scolaires, les cantines, la caisse des écoles, une part du budget du centre d’action sociale ou des attributions en crèche.

Voirie et propreté

À côté des compétences listées dans le très officiel code général des collectivités territoriales, il y a l’usage et parfois la nécessité. Élus de proximité, les maires de secteur et leur équipe se retrouvent souvent en première ligne lorsqu’un potelet manque à l’appel ou qu’un dépôt sauvage de déchets grossit. Ils suscitent parfois eux-mêmes ce recueil des doléances en tenant des permanences ou en participant aux réunions des CIQ de leur territoire.

Être maire de secteur est aussi une manière de se construire un ancrage local, toujours utile lors des échéances électorales et même au sein de leur parti. Cela leur permet d’être en prise directe avec la population des quartiers concernés et les destinataires de demandes qui vont parfois bien au-delà de leurs attributions réelles.

Au fil des années et des dispositifs, diverses institutions les invitent également à participer à des décisions et diverses commissions.

Un porte-voix pour l’opposition, une baronnie dans la majorité

Le courrier à en-tête, l’écharpe et l’onction du suffrage universel. Si on laisse de côté leurs compétences effectives, les maires de secteur ont tous les attributs pour représenter leurs administrés. À l’hôtel de Ville, Jean-Claude Gaudin ne le méconnaît pas, prêtant une oreille attentive et déférente, y compris pour les maires de secteur d’opposition. Le Stéphane Ravier chef de groupe d’extrême-droite au conseil municipal n’est pas le Stéphane Ravier jusqu’à il y a peu maire des 13e et 14e arrondissements, convié aux inaugurations dans un esprit républicain.

De ce statut, les élus peuvent faire un porte-voix, davantage qu’un « simple » conseiller municipal ou d’arrondissements d’opposition. C’est ce qu’a régulièrement pratiqué à partir de 2008 l’ex maire PS des 15e et 16e arrondissements, Samia Ghali. Interpeller, mais aussi se structurer, autour de leur équipe d’adjoints et des postes de collaborateurs permis par leur fonction. Dans la majorité, l’aspect revendicatif est en sourdine, même si, il y a quelques années, Robert Assante ou Guy Teissier ont critiqué l’urbanisme galopant dans leur secteur.

Ce titre de maire de secteur permettait aux intéressés de participer à la traditionnelle réunion d’état-major du lundi organisée par Jean-Claude Gaudin, aux côtés du premier adjoint ou de parlementaires. Avec, parfois, un impact réel sur les arbitrages rendus, lorsque la fronde menace de prendre trop d’ampleur.

L’histoire

Brigade pour l’une, patrouille pour l’autre : Sabine Bernasconi dans le 1/7 et Lionel Royer-Perreaut dans le 9/10 ont tous deux mis sur pied des équipes dédiées à la propreté. Une compétence pourtant métropolitaine que leurs agents affecté au secteur n’ont a priori pas vocation à exercer. Reconnaissant ce numéro d’équilibriste juridique, Sabine Bernasconi expliquait à La Provence avoir trouvé l’astuce « d’élargir les activités des agents qui interviennent en centres d’animation. Ils ont donc la capacité de travailler sur les alentours de ces lieux ».

Article édité le 2 septembre 2019 avec une précision sur le budget des mairies de secteur

Article en accès libre

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Commentaires

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  1. David David

    « À Marseille, la mairie centrale a conservé le maximum de pouvoir et restreint les transferts de compétences vers les secteurs ».

    On se demande bien pourquoi ? À la lecture de la liste de ces prérogatives restreintes et/ou transférées, on a la réponse : attribution des logements sociaux, des places en crèche, arbitrages divers… Ces « prérogatives » sont autant de cordes à l’arc du système clientéliste mis en place par l’équipe de de bras cassés aux manettes depuis un quart de siècle à l’hôtel de ville, équipe qui a soigneusement trusté tout ce qui était bon pour elle et ses petits copains, ne laissant à l’immense majorité des gueux restants que des miettes…

    Merci pour ce bon article, qui met encore en lumière ces faits de manière incontestable. Marseillaises et marseillais, il est temps de vous réveiller, la possibilité de mettre un bon coup de balai à tout ce système est réelle, et ce d’ici quelques mois seulement … Même si je ne me fais pas beaucoup d’illusions sur la bonne dose de « pragmatisme » et de « compétences » nécessaires pour arracher la mairie…

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  2. Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

    Très intéressant, mais on aimerait connaître le montant des budgets effectivement gérés par les mairies de secteur (notamment pour les subventions aux associations), qui donnent une indication sur le niveau réel de délégation. Autant que je me souvienne, ils sont assez dérisoires ?

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    • Julien Vinzent_ Julien Vinzent_

      Bonjour,
      bonne question, qui mérite en effet un complément dans l’article.
      Les mairies de secteur bénéficient d’une dotation en fonction des équipements et services qui leur ont été transférés, assortie d’un bonus calculé en fonction de la population et les caractéristiques sociales des arrondissements. Au total, pour les huit secteurs, cela représentait 13,6 millions d’euros en 2017, hors salaires des personnels attachés au secteur.
      Une dotation d’investissement (forfait de 2 euros par habitant) vient compléter ce budget (soit 1,7 million d’euros en 2017 pour huit secteurs). Pour comparaison, le budget global de la Ville est d’environ 1,5 milliard d’euros. http://webdelib.e-mrs.fr/webdelib/documents/2016_10_03_08_30/pdf/D0MYY.pdf

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  3. Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

    Merci Julien !

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  4. Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

    Merci Julien !

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  5. Kaboum Kaboum

    Merci pour cet article complet. Question complémentaire : à quoi servent les arrondissements, vu que toutes les compétences fonctionnent à l’échelle d’un secteur ? Pourquoi avoir conservé les subdivisions 1/7; 6/8; 13/14 etc ?

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