Alors que la mairie de Marseille rêve d'une troisième ligne de métro, un groupe d'élus et techniciens planche depuis cet été sur un schéma de transports métropolitain. Ce réseau du futur, baptisé Métro Express, prend forme dans un document de travail révélé par Marsactu. Un projet calibré pour décrocher une aide importante de l'État.

Un réseau de transports baptisé Métro Express, avec des lignes allant de A à M sur le modèle du RER et du Transilien en région parisienne. Des correspondances métro, tram avec des stations « Saint-Loup » ou « La Gaye » (9e), le tout pour un coût d’investissement chiffré à 3 milliards d’euros d’ici 2025. Loin des rêves qui agitent certains forums de passionnés, cette perspective a été présentée la semaine dernière à Bouc-Bel Air à une poignée d’élus et de techniciens. Ce groupe de travail était réuni pour la troisième fois depuis juillet pour plancher sur les transports du futur de la métropole.

Le document qui dessine ce Métro Express, référence limpide au Grand Paris Express de la capitale, est tombé dans le bec de notre gabian. S’il n’est encore qu’une version de travail, il permet de remettre en contexte l’annonce tonitruante du premier adjoint à la ville de Marseille Dominique Tian. Lors d’une rencontre à la Cité des métiers, dans le cadre de la semaine de la mobilité, celui-ci a exhumé une promesse de campagne de Jean-Claude Gaudin de 2008 et 2014 : une troisième ligne de métro au sud de la ville. Le document annonce aussi un « abonnement métropolitain » pour 2017 et marque une orientation nette : la métropole des transports se fera par les cars.

« Une aide très substantielle de l’État »

Dans l’attente de la finalisation de ce processus, annoncée pour novembre, le vice-président Jean-Pierre Serrus se refuse à commenter le document que nous publions aujourd’hui. À la métropole, on précise qu’il ne s’agit que d’une contribution des agences d’urbanisme de Marseille et Aix, qui servira de base à un « agenda » des transports plus complet. Jean-Pierre Serrus resitue toutefois la démarche dans son contexte sonnant et trébuchant :

Quand le premier ministre est venu le 9 septembre, je lui ai indiqué que nous étions en bonne voie et que nous pouvions d’ores et déjà annoncer que nous aurons besoin d’une aide très substantielle de l’État. En effet, le contour des projets est de 3 milliards d’euros, ce qui n’est clairement pas soutenable pour les finances de la métropole, même en tenant compte des 300 millions d’euros de financement du conseil départemental.

Depuis des années, cet enjeu central des transports est récité sur tous les tons par de nombreux acteurs. À commencer par les premiers ministres successifs Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls. « On ne comprendrait pas que l’État, qui a imposé cette métropole à marche forcée, ne soit pas au rendez-vous », plaide Jean-Pierre Serrus.

Certes, l’État avait laissé entendre qu’il était prêt à lui donner un coup de pouce, ce que François Hollande aurait confirmé de vive voix au président de la métropole Jean-Claude Gaudin, un soir de demi-finale d’Euro au Vélodrome. Pourtant, en décembre dernier, à quelques jours de la naissance de la nouvelle institution, Marsactu tirait un constat : presque rien n’avait été fait pour préparer l’émergence d’un réseau métropolitain cohérent. Retardé par les recours, ce travail s’est donc finalement mis en branle cet été.

Treize lignes « premium »

Trois réunions plus tard, l’armature du schéma de « référence » repose sur douze ou treize lignes « premium », selon les variantes, dont trois au maximum passent par le rail : Marseille-Aubagne, Marseille-Miramas par l’aéroport et le tram-train Aubagne-La Bouilladisse. Le reste est une adaptation du réseau Cartreize, actuellement géré par le conseil départemental et qui sera demain sous la responsabilité de la métropole. Pour prétendre à ce titre de « premium », elle devront proposer un trajet « au moins toutes les 10 minutes en heure de pointe » et « tous les jours, toute l’année, le soir ».

Metroexpress, le plan transports a 3 milliards de la metropole 1
Le schéma de référence du réseau Métro Express. Cliquez sur l’image pour ouvrir dans une nouvelle fenêtre.

Sur plusieurs lignes, les cars profiteraient de la L2 et du boulevard urbain sud pour desservir Frais Vallon, La Fourragère , Saint-Loup ou encore Valmante, faisant de Saint-Charles un terminus parmi d’autres. Jusque là, il s’agit seulement d’un changement de trajets. Le gros du travail est ailleurs : pour être efficace, ce réseau repose sur 100 kilomètres de site propre sur autoroutes et sur une vingtaine de parkings relais.

"Ring" et "Interpoles", deux approches proposées par le livre blanc des transports.
« Ring » et « Interpoles », deux approches proposées par le livre blanc des transports.

Ce choix renvoie au scénario « Inter-pôles » proposé fin 2014 par le livre blanc des transports métropolitains, né de la mission confiée par le gouvernement au préfet Laurent Théry. L’alternative, Ring, centralisait le réseau autour d’un anneau ferroviaire Marseille-Aix-Rognac-Vitrolles. Celui-ci nécessite notamment de mener à bien la réouverture d’un chaînon manquant, la ligne Aix-Rognac. Or, cet investissement a été écarté en juillet de la liste des projets financés par l’État et la région dans leur contrat de plan 2015-2020, éloignant la perspective de sa réalisation. À Bouc-Bel-Air, le maire de Miramas Frédéric Vigouroux (PS), est intervenu pour s’inquiéter de la place du rail dans l’agenda. « Quelle articulation fait-on avec le ferroviaire, qui nécessite du temps ? Est-ce que cet agenda, qui est censé être stratégique, est seulement une réponse rapide ? », s’interroge-t-il, tout en reconnaissant l’attente forte de la population dans ce domaine.

Et le métro dans tout ça ? « Ce que la ville de Marseille a demandé par courrier, c’est une 3e ligne de part et d’autre de Saint-Charles, en lien avec la gare souterraine. Elle irait au nord vers l’opération Quartiers libres de la Belle de mai et le Merlan, et au Sud vers le Mucem et le littoral », glisse-t-on dans l’entourage de Dominique Tian. Mais son souhait personnel, c’est de défendre un prolongement jusqu’à Bonneveine. » Le courrier évoque aussi « un mode de transport lourd et cadencé » pour rejoindre les plages du Prado et la Pointe-Rouge depuis le rond-point du Prado. Mais à Bouc-Bel-Air, « hormis une intervention de Dominique Tian, Marseille n’a pas été abordée du tout », témoigne Stéphane Mari, conseiller métropolitain PS et membre de la commission transports.

Le tram des Catalans mais pas le métro Bonneveine

"Tram 4 sept.", un projet désormais intégré à la réflexion.
« Tram 4 sept. », un projet désormais intégré à la réflexion.

La présentation contient pourtant noir sur blanc une nouveauté : la ligne de tramway jusqu’à la place du 4 septembre (7e arrondissement), elle aussi évoquée par Dominique Tian. « Ce projet ne date pas d’aujourd’hui, il a fait l’objet d’un travail de longue haleine entre les services et les élus », commente la maire des 1er et 7e arrondissements Sabine Bernasconi (LR), qui considère qu’il est « acté » par la métropole. En revanche, nulle trace d’un métro dans le document. « Dominique Tian s’est exprimé au nom de la ville de Marseille, comme l’ont fait les autres communes de la métropole. Je pourrais vous détailler les propositions des 92 communes, mais ce serait un peu long », sourit Jean-Pierre Serrus.

La simple addition des projets déjà dans les cartons des six anciennes intercommunalités et du contrat de plan État-région aboutit à 5,8 milliards d’euros d’ici 2030. Parmi eux, le prolongement du métro vers Saint-Loup, comme l’a rappelé ce lundi en conseil municipal le président du conseil de territoire Marseille Provence (ex-MPM) Guy Teissier. L’ex-maire LR des 9e et 10e arrondissements a insisté sur le caractère prioritaire de la liaison entre Drômel et Saint-Loup. « Le tracé prioritaire, c’est l’axe Nord-Sud Est vers Saint-Loup. Bien sûr il peut y avoir une bretelle vers Bonneveine », a-t-il asséné, ouvrant l’air de rien une brèche dans la majorité Gaudin.

Train, cars, trams, métros, navettes, parkings relais : les projets déjà dans les cartons.
Train, cars, trams, métros, navettes, parkings relais : les projets déjà dans les cartons.

De cette liste de courses extensive, l’agenda métropolitain ne reprendra donc pas tout et la troisième ligne de métro est un gros morceau. Il faut « prioriser », rappellent à maintes reprises les documents de travail de la cellule Métro Express. Celle-ci se réunira une dernière fois le 24 octobre pour étaler les projets à court, moyen et long terme. Car qui dit agenda dit calendrier. À très court terme, les efforts se concentreraient sur la tarification et l’harmonisation. L’impact des pôles d’échanges et sites propres sur autoroute est attendu pour 2020, celui des investissements ferroviaires pour 2025, horizon qui servirait de référence au schéma. Aux alentours de 2030, l’arrivée de la ligne nouvelle Paca – avec la gare souterraine Saint-Charles – permettrait ensuite de débloquer « une véritable offre métropolitaine de type RER ».

Pour l’heure, Saint-Loup figure en bonne place comme correspondance de plusieurs lignes premium. « Chacun prêche pour sa paroisse, pour ses quartiers, philosophe Rolland Blum, vice-président aux finances de la métropole. Chacun veut le métro à sa porte mais évidemment ce n’est pas comme ça que ça marche. »

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