[Ma mosquée va craquer] Islah : un futur incertain pour la mosquée des puces

Série
Invités de Marsactu
25 Juil 2018 2

En partenariat avec la Street School, Marsactu vous présente Ma Mosquée va craquer, une série réalisée par les apprentis journalistes de cette formation intensive. Implantée au cœur du marché aux puces dans le 15e arrondissement, Al Islah, l'une des plus grandes mosquées de Marseille, cherche à acquérir un nouvel emplacement. Locataire au bail précaire, il est n’est pas sûr que le lieu de prière résiste au bras de fer entre son propriétaire et l’établissement public Euroméditerranée qui porte un nouveau projet pour le lieu.

L'entrée de la mosquée Al Islah, au marché aux puces. Dessin : Malika Moine

L'entrée de la mosquée Al Islah, au marché aux puces. Dessin : Malika Moine

Déménager la plus grande mosquée marseillaise peut sembler, de prime abord, compliqué. Installée dans un immense entrepôt au cœur du marché aux puces (15e), le lieu de culte bénéficie depuis presque trente ans d’une fréquentation considérable. À l’image de celle du centre commercial, où des milliers de personnes viennent quotidiennement faire tourner les quelque 250 commerces installés dans les immenses halles d’un marché qui mélange brocante, alimentaire et puces traditionnelles.

Or, comme l’ensemble du site, le destin de la mosquée s’écrit désormais en pointillés. En effet, l’ensemble du secteur fait partie du second périmètre d’action d’Euroméditerranée. Dans le cadre d’un appel à projets attribué à un groupement amené par Bouygues, l’établissement public d’aménagement entend y installer un projet baptisé les Fabriques qui mêlerait certaines activités actuelles -dont le marché alimentaire- et d’autres nouvelles notamment résidentielles et tertiaires. Dans cette perspective, l’avenir de la mosquée semble compromis. D’autant plus que l’actuel propriétaire des puces, André Coudert, n’entend pas se laisser dicter son destin (lire notre article). « La transition doit être douce, et nous préférons traiter avec le propriétaire plutôt que d’en arriver à devoir exproprier, tente de rassurer Hugues Parant, le directeur général d’Euroméditerranée. Nous ne considérons pas aujourd’hui que la mosquée soit un élément bloquant. »

« On essaye de communiquer avec Euromed pour comprendre ce que tout cela va devenir, explique Azzedine Aïnouche, imam de la mosquée et président de l’association. Même les fidèles savent, car beaucoup fréquentent le marché ou sont même commerçants. Il savent que si les puces sont amenées à changer de destination, voire à disparaître, il en adviendra de même pour la mosquée. Nous avons demandé à être relocalisés dès qu’on a eu vent du projet d’Euromed.« 

Un développement au-delà du culte

Azzedine Aïnouche souhaite faire de la nouvelle mosquée Islah un lieu qui ne soit pas uniquement voué à la prière. La mosquée, qui jusqu’à présent a su générer une synergie humaine importante au sein du 15e arrondissement, devra aussi se développer en un lieu culturel. L’imam réfléchit notamment à des espaces dédiés à la culture et au sport, mais aussi un salon de thé et un restaurant, afin d’accueillir des gens qui ne seraient pas nécessairement pratiquants.

La grande salle de prière de la mosquée Islah continue à accueillir de nombreux fidèles venus du quartier mais également de l’extérieur de Marseille – Photo Simon Saada

L’association a lancé dès le début du mois de juin, en même temps que le ramadan, un appel aux dons afin d’aider à acquérir la futur mosquée. « Nous pensons être capables de réaliser cela nous-mêmes », explique l’imam. « Ça s’est vu avec d’autres lieu de cultes, comme pour la nouvelle mosquée des Cèdres qui est presque finie ou encore les Flamants, dont le gros œuvre a été également financé par les fidèles. On a bon espoir. On ne sait pas vraiment qui est ou sera décisionnaire, mais de notre côté nous faisons de notre mieux.« 

« Le projet est de créer un centre cultuel mais aussi culturel, qui s’implanterait dans le quartier des Crottes sur le périmètre d’Euromed », indique la directrice de cabinet de Samia Ghali, sénatrice et ex maire de secteur. « Il s’agira, d’un espace qui ira au-delà du seul lieu de culte, à la manière de la mosquée de Créteil1, et qui favoriserait l’interconnexion entre les musulmans et non musulmans. Ce projet pourrait compenser l’échec de la grande mosquée de Marseille.” Un soutien politique toujours difficile à traduire en termes financiers, s’agissant d’un projet cultuel. Dans le dernier cas de la Grande mosquée de Marseille, la mairie se contentait de louer le terrain. À Créteil, le financement portait sur la partie culturelle du lieu, comme l’autorise la loi.

Une incertitude générale pour les fidèles

« Nous sommes tristes de savoir que le marché va disparaître, mais nous sommes surtout inquiets quant au futur de la mosquée, raconte Abdel, qui tient un commerce d’alimentation dans le marché aux puces. « On nous promet beaucoup de choses, mais on ne nous donne jamais rien. Nous aidons comme nous pouvons la mosquée qui a lancé un appel aux dons. Nous avons besoin d’un lieu de proximité pour pratiquer notre religion. Mais au-delà de ça, il y a parfois des vices cachés directement liés à l’argent qui empêchent les projets de voir le jour. »

Un scepticisme qui se fait en effet souvent sentir chez les fidèles qui gardent un mauvais souvenir de l’épisode de la « Grande Mosquée » qui n’a jamais vu le jour. « Une souscription avait été lancée, puis est tombée à l’eau, et personne ne sait où elle est passée, raconte l’imam d’Islah. Il y a eu des levées de fonds à travers toute la ville, beaucoup de gens ont collecté les dons des musulmans dans les rues et auprès des autres mosquées pour aider à la réalisation de ce projet. Les musulmans sont capables de financer leur lieu de culte, pour peu qu’ils voient les choses. » Malgré la pose de la première pierre en 2010, l’association Grande mosquée n’a jamais réussi à boucler l’ambitieux budget de 22 millions d’euros et n’a pu au final payer que « l’architecte et les avocats », selon son président, cité par La Provence.

Un échec qui semble rester ainsi en travers de la gorge pour beaucoup, et qui explique une certaine réserve des fidèles de la mosquée Islah vis-à-vis de ce projet d’acquisition. « Beaucoup de choses se disent mais rien n’est sûr. En tout cas, si le marché ferme, il sera bien évidemment nécessaire de relocaliser la mosquée », explique Hocine, un habitant de Vitrolles qui comme beaucoup d’autres fait sa prière à la mosquée Islah lorsqu’il se rend aux puces. Reste à savoir si, réimplantée géographiquement, la nouvelle mosquée saurait drainer la même affluence, sans le moteur de l’énorme activité des puces.

Simon Saada

Cet article est issu de la série Ma mosquée va craquer. Vous pouvez lire ici les autres articles qu’elle contient. 

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