Luynes et les Baumettes, deux prisons neuves mais déjà pleines à craquer

Décryptage
le 10 Avr 2024
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Les deux grandes prisons du département connaissent des taux de surpopulation inédits depuis leurs inaugurations en 2017 et 2018. La hausse des homicides liés au narcotrafic, suivie d'une hausse des placements en détention provisoire, en est l'un des facteurs.

Prison des Baumettes, Marseille, juin 2023. (Photo : LD)
Prison des Baumettes, Marseille, juin 2023. (Photo : LD)

Prison des Baumettes, Marseille, juin 2023. (Photo : LD)

À Marseille, c’est l’une des questions brûlantes du moment. La justice est-elle suffisamment dotée face à la hausse de la criminalité organisée ? Comptabilisant 49 homicides sur fond de trafic de stupéfiants, l’année 2023 a fait passer tous les voyants au rouge : moyens d’enquête, tribunaux, prisons. Et c’est sur ce dernier maillon faible que le président du tribunal judiciaire, Olivier Leurent, organisait une rencontre informelle entre deux autres magistrats et la presse, le mardi 2 avril.

Le département des Bouches-du-Rhône a beau être doté de deux prisons ultra-modernes, la surpopulation carcérale et le manque d’effectifs semblent y freiner toute perspective de réinsertion. Pire, alertent les magistrats : ces conditions permettraient aux réseaux de trafiquants de se reconstituer en prison, sans que l’administration pénitentiaire n’ait les moyens de les en empêcher. C’est le constat alarmiste qu’avaient dressé les chefs de la JIRS de Marseille, la juridiction inter-régionale spécialisée en criminalité organisée, lorsqu’ils avaient été auditionnés dans le cadre de l’enquête sénatoriale sur le narcotrafic, en mars dernier.

Voilà pourquoi le 2 avril, les magistrats du siège ont tenu à rappeler que si la surpopulation carcérale est un phénomène tout sauf local, elle engendre dans notre région des risques bien particuliers. Et ce, à cause de la “nature de la délinquance marseillaise”.

à la maison d’arrêt des Baumettes, 189% d’occupation

Au pied des calanques, le centre pénitentiaire des Baumettes 2, inauguré en 2017, compte 710 places théoriques. Mais au 2 avril 2024, on y dénombre 1020 personnes détenues, soit, un taux de surpopulation de 143 %. Ce taux avoisine même le chiffre record de 189 % dans les deux quartiers pour hommes de la maison d’arrêt, où se mélangent prévenus en détention provisoire et condamnés à de courtes peines. Lors de sa construction, la prison des Baumettes 2 contenait déjà des lits superposés dans toutes les cellules. La mesure est pragmatique, mais contraire au principe d’encellulement individuel, inscrit dans la loi.

Mais la surpopulation est devenue telle que des chambres ont dû être triplées. “Nous comptons actuellement 50 matelas au sol”, explique le 2 avril Morgan Donaz-Pernier, juge d’application des peines. Une situation quasi inédite depuis l’inauguration en 2017. Le confinement avait entraîné des milliers de libérations anticipées et aux Baumettes, le taux de surpopulation était descendu à 116 % en mai 2020. Il n’aura pas fallu quatre ans pour que la situation ne redevienne intenable.

Lorsqu’un homme est condamné à une courte peine à Marseille, c’est la première lettre de son nom de famille qui détermine s’il sera incarcéré aux Baumettes ou à Luynes. Quelques années après la mise en place de ce système, les deux maisons d’arrêts présentent donc des caractéristiques très similaires. Inauguré en 2018, le centre pénitentiaire de Luynes 2 est l’un des plus modernes de France. Au 2 avril, la surpopulation y atteint le chiffre de 163 %. Rattaché au bâtiment historique de Luynes 1, l’ensemble constitue l’une des plus grandes prisons du pays, avec une capacité théorique de près de 1400 places. En réalité, 1990 détenus y sont enfermés.

Narcotrafic et explosion de la détention provisoire

Comment en est-on arrivé là ? Parmi les multiples facteurs qui expliquent cette surpopulation record, l’un d’eux est mis en avant par les magistrats : la hausse du nombre de détentions provisoires. “Actuellement aux Baumettes, 52 % des personnes sont prévenus, c’est-à-dire, non condamnées”, déroule le juge d’application des peines Morgan Donaz-Pernier. “Il y a une prééminence de la détention provisoire à Marseille parce que nous sommes sur un ressort criminogène”, précise Annaïck Le Goff, première vice-présidente en charge de l’instruction.

La guerre des narcotrafiquants n’explique pas à elle seule cette situation, mais y participe tout de même beaucoup. D’abord, c’est le nombre d’enquêtes qui a explosé. En 2022, le narcotrafic avait entraîné l’ouverture de 113 informations judiciaires. En 2023, on en dénombrait 167. Puis il y a ce chiffre : 400 personnes sont actuellement en détention provisoire en lien avec une affaire de criminalité organisée. Cela représente environ 50 % des détentions provisoires ordonnées par les juges d’instruction marseillais.

À l’inverse, les magistrats restent encore très frileux à proposer des mesures alternatives. Le placement sous bracelet électronique, par exemple, est un régime de peine très répandu, mais quasiment jamais utilisé au stade de l’instruction : seulement 17 personnes en sont dotées. “On est réticents à utiliser ce dispositif en criminalité organisée, parce qu’on part du principe que le bracelet n’empêche pas la concertation entre deux personnes”, explique la juge Annaïck Le Goff. Mais quel scénario d’amélioration imaginer alors ?

Selon Morgan Donaz-Pernier, “il faudrait qu’on renforce notre collaboration avec les SPIP, les services pénitentiaires d’insertion et probation, afin d’identifier plus rapidement les personnes pouvant être candidates au port d’un bracelet. Car il faut garder en tête qu’on doit toujours agir sur des délais très courts, et c’est cela aussi qui favorise le choix de la détention provisoire.” Le juge avance bien une deuxième piste, mais elle est située tout au bout de la chaîne : “favoriser les mécanismes de sortie de détenus.”

En prison, la débrouille de l’administration

En prison, l’administration pénitentiaire y a déjà pensé. C’est ce qu’explique Catherine Forzi, déléguée d’établissement Force ouvrière. “Aux Baumettes, on a un super dispositif qui s’appelle la SAS, la structure d’accompagnement à la sortie, et qui accueille des détenus prêts à être réinsérés. Mais on s’est rendu compte que pendant que les gens étaient entassés à la maison d’arrêt, on n’arrivait pas à remplir la SAS, parce que les critères pour y entrer étaient trop sélectifs. Donc on les a assouplis, au cas par cas, bien sûr.”

La débrouille est aussi de mise dans les cellules triplées : “quand on est obligés d’ajouter un matelas au sol, on laisse les trois co-détenus se choisir entre eux. Le but n’est pas de créer des tensions. Le but n’est pas non plus de réunir des gens mis en cause pour une même affaire. Mais il ne faut pas se leurrer ! Le lien avec l’extérieur a toujours existé, le trafic en prison a toujours existé.” La déléguée syndicale plaide pour des renforts en effectifs, et estime qu’environ 40 postes de surveillants manquent à l’appel aux Baumettes.

Même discours à Luynes. Selon Imane Pau, déléguée locale adjointe Force ouvrière, “notre effectif de référence est à 579 personnels, tous grades confondus, mais nous sommes à 490 en réalité”. Selon cette dernière, la tension dans les cellules est “palpable”, et même “accentuée ces derniers temps”. Un homme de 23 ans a été tué en février par son co-détenu. Les causes de ce drame ne sont pas connues à ce jour. En 2025, l’inauguration des Baumettes 3 devrait fournir 700 places supplémentaires dans le département. Mais au tribunal comme en prison, aucun spécialiste n’y voit une solution aux maux, si nombreux, de l’enfermement.

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Commentaires

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  1. jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

    Nous sommes tous en prison…!!!!

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  2. kukulkan kukulkan

    et combien de nos politiciens corrompus auront fait un vrai séjour en prison ? malgré les millions détournés ? Proche de zéro.
    Tant que le tout sécuritaire et répressif prévaudra sur l’accompagnement, les dispositifs anti discriminations, et des aides sociales à la hauteur, la situation sera de pire en pire. Légaliser le cannabis, ça fait combien d’année qu’on est au courant ?

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    • SLM SLM

      Si la France est “un état tout sécuritaire et répressif” pourquoi le trafic de drogue et l’insécurité perdurent-ils?

      Qu’est ce que la discrimination (contre qui d’ailleurs?) vient faire dans le débat?

      La France consacre un tiers de son PIB à la protection sociale. C’est le taux le plus élevé d’Europe. Question non réthorique : est-ce qu’augmenter ce taux aura un effet positif ou négatif sur la surpopulation carcérale aux Baumettes et à Luynes, objets de l’article? Ou bien est-ce qu’il n’existe ni corrélation ni causalité?

      Question réthorique cette fois-ci : vous croyez sincèrement que le jour où le cannabis sera légalisé les trafiquants vont s’inscrire à l’URSSAF, payer leurs charges et leurs impôts?

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  3. Alexeï Mikhaïlovitch Alexeï Mikhaïlovitch

    Allez voir les comparutions immédiates. Vous aurez la réponse.

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    • SLM SLM

      La réponse à quoi?

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  4. julijo julijo

    tout à fait d’accord avec SLM, sur ce point :
    Si la France est “un état tout sécuritaire et répressif” pourquoi le trafic de drogue et l’insécurité perdurent-ils?

    bonne question quand on voit s’agiter les inventeurs de “place nette xxl” !
    encore que les interpellations de ce jour là à marseille n’ont pas donné lieu à beaucoup d’emprisonnés !

    moi j’adhère à : “quand on ouvre une école, on ferme une prison”
    et le coté, prévention, éducation…..est absent des projets gouvernementaux aujourd’hui.
    alors vu les chiffres et l’énorme et honteux décalage, entre le nombre de places, et de détenus….vivement les 700 en 2025, mais ça va pas suffire !
    il est consternant de s’apercevoir, que les méthodes préconisées dans ce domaine et dans tant d’autres (ecoles, pouvoir d’achat, budget de la france….) ne fonctionnent pas ou si peu…et il ne vient à l’idée de personne parmi tous ces ministres et notre président jupiterien de changer de méthode ! non on s’obstine, on s’enfonce, et on est content.
    ( et mon propos est de vouloir changer, mais pas du tout pour les idées du fn-rn, non loin de là. cela va sans dire, mais c’est mieux comme ça)

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    • Electeur du 8e © Electeur du 8e ©

      « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. »

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  5. Neomarseillais Neomarseillais

    1000 détenus aux Baumettes et… 2000 à Luynes !

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