Les adhérents d’un club de foot de la Sauvagère manifestent au cœur de la mairie du 9/10

Reportage
Benoît Gilles
31 Oct 2018 4

Le président du club de foot Vivaux-Sauvagère, Omar Keddadouche organisait mardi une manifestation au cœur de la maire des 9/10. Il reproche au maire de secteur d'avoir supprimé des horaires d'entraînement sur le stade du quartier, conséquence, selon lui, d'un différend personnel.

Omar Keddadouche face à la mairie de secteur, entouré des adhérents de l'ASC Vivaux-Sauvagère.

Omar Keddadouche face à la mairie de secteur, entouré des adhérents de l'ASC Vivaux-Sauvagère.

“Oh Royer-Perreaut, rends nous nos créneaux ! Pont de Vivaux, c’est pas chez toi !” Sur l’air de la chanson des supporters de l’OM et dédiée au président de Lyon Jean-Michel Aulas, le slogan résonne dans le petit hall de la mairie de secteur des 9e et 10e arrondissements. Mégaphone en main, le président de l’association sportive et culturelle Vivaux Sauvagère, Omar Keddadouche fait face à l’escalier et entonne La Marseillaise.

Le président charismatique du club de quartier mène le chœur de parents et d’enfants venus le soutenir dans son bras de fer avec le maire de secteur (LR) Lionel Royer-Perreaut. Les usagers de l’USCVS reprochent à l’élu d’avoir retiré quatre créneaux d’entraînement sur le stade Hubert-Moruzzo dont la mairie de secteur vient de récupérer la gestion directe, lors du conseil du 8 octobre dernier.

Gestion décentralisée

Avec ce changement, le maire a récupéré la gestion des horaires d’entraînement qu’il peut donc distribuer entre les différents clubs de son secteur. Ils sont désormais plusieurs à devoir se partager le stade refait à neuf. “Partager, cela ne nous a jamais posé de problème, explique Omar Keddadouche, devant un platane centenaire où il a donné rendez-vous à ces adhérents. On l’a déjà fait et on le refera. Mais là, il donne des meilleurs créneaux à un club, l’AS Timone, qui a moins d’adhérents que nous”. Il prend pour exemple, les U17, forcés de s’entraîner de 19h30 à 21H30 le vendredi, faute de créneau avant. “Et c’est pire le mercredi où je perds le créneau du début d’après-midi. L’AS Timone pouvait venir le matin…” Sans compter l’arrivée d’une équipe 2 de vétérans, venue d’un autre club, l’USPEG. “Alors que ce club a déjà un stade pour lui tout seul qu’il ne partage avec personne”, s’indigne-t-il.

Le cortège de plus d’une centaine de personnes, enfants compris, habillées aux couleurs du club, rejoint ensuite la mairie pour chanter sous les fenêtres du maire absent et improviser un entraînement symbolique.

L’attrape-rêves et le fanion

Mère qui élève seule ces trois garçons, Conception Foutado habite la Pauline après avoir longtemps résidé à la Sauvagère. Du grand de 15 ans au plus jeune, ils sont tous au club. “À quelle heure va rentrer mon grand en finissant à 21 h 20 ?, demande-t-elle. Même si je n’habite pas loin, je ne suis pas tranquille”. Même son de cloche de la famille Achouri qui a ses deux fils au club tout en venant du 9e. Une mère dit venir de la Belle-de-Mai pour que son fils assiste aux entraînements. La présidente du comité des fêtes du club, Samantha Galakanis résume tout cela d’une voix émue : “Les petites filles ont un attrape-rêve au-dessus de leur lit, mon fils c’est le fanion de l’ASCVS”. Ce fanion, Lionel Royer-Perreaut l’a reçu en mains propres comme on peut le voir sur le panneau de photos issues de Facebook qu’elle présente à la presse.

Des jeunes du club jouent devant la mairie de secteur.

Absent de sa mairie mais joint par téléphone, le conseiller départemental et maire de secteur dit “ne pas comprendre”. “Ce terrain n’est pas la propriété du club mais celle de la mairie de Marseille, explique Lionel Royer-Perreaut. À ce titre, il appartient à tous les Marseillais. L’AS Timone est orphelin de stade depuis que celui où il s’entraînait a été vendu à un promoteur. C’est normal que l’ASCVF partage ce stade refait à neuf avec un autre club du 10e. Je pensais que le sport diffusait des valeurs de partage. Visiblement, ce n’est pas le cas“.

“Trop de clubs, pas assez d’équipement”

Un point de vue bien évidemment partagé par Jean-Pierre Martinez, le président de l’AS Timone. “Cela fait 30 ans qu’on se bat pour avoir un vrai terrain, raconte l’ancien chauffeur de car. Tout le monde le sait, à Marseille, il y a trop de club et pas assez d’équipements. C’est normal que la Sauvagère partage. Le club n’a que dix ans et mes gamins, ils veulent aussi jouer sur du synthétique“.

Pour Omar Keddadouche, le différend ne repose pas sur ces questions d’horaires. Derrière, il y voit un jeu politique clientéliste et un “différend personnel” entre lui-même et le maire de secteur, l’ancien suppléant de Guy Teissier. Un différend qui fait suite à un post incendiaire qu’Omar Keddadouche, grand adepte des réseaux sociaux, a publié sur son profil Facebook. Un post écrit en soutien à une élue de secteur que le très actif bénévole estimait “mise de côté”. “J’ai fini par retirer ce post sur le conseil d’amis. Mais, depuis, il me le fait payer. C’est du clientélisme pur. Mais nous, on est tous des bénévoles, on lui doit rien”.

“Je ne suis pas un chien au bout d’une laisse que l’on tire”

Le clientélisme, Omar Keddadouche sait ce que c’est. Il assume ses amitiés avec Samia Ghali qu’il a soutenu pendant la primaire socialiste, Henri Jibrayel, mais aussi Guy Teissier, Bruno Gilles, Martine Vassal et Renaud Muselier…  Il continue d’ailleurs de mettre en avant son respect pour le député et ancien maire de secteur, “un bonhomme, un vaillant” pour mieux enfoncer son suppléant. “Je ne suis pas un chien au bout d’une laisse que l’on tire”, dit-il encore.

Dans le différend qui oppose l’élu et le président de club, le local est une autre pomme de discorde. En mars, Omar Keddadouche reçoit une lettre recommandée du directeur général des services de la mairie de secteur qui l’informe que l’ensemble des mises à disposition de locaux municipaux sont passées au peigne fin. La sienne a expiré au “premier janvier 2014. en conséquence, ces locaux sont actuellement occupés et utilisés sans droit ni titre”, précise le courrier que nous avons pu consulter.

Soirée France-Uruguay

“Il me proposait un loyer de 5000 euros par an alors qu’on ne payait rien avant, s’insurge le président. On est prêt à payer, c’est la loi, mais pas un montant exorbitant”. Il dit avoir demandé au député Teissier d’intercéder pour faire baisser la facture qui l’est finalement de 90% pour atteindre 440 euros. Mais en juin, alors que la coupe du monde bat son plein,  rebelote : nouveau courrier recommandé sur fond, selon Keddadouche, de jalousie politique.

“On avait organisé une fête à l’occasion de France-Uruguay où on avait invité Richard Miron pour le remercier de la remise à neuf du stade”, raconte Omar Keddadouche. Ses travaux ont été anticipés grâce à l’aide supplémentaire du conseil départemental à la Ville de Marseille. Dans l’entourage de l’élu aux sports, on confirme la présence de ce dernier pour la diffusion du match sans plus de commentaires. Quelques jours plus tard, une missive arrive au domicile du président, le directeur de services rappelant la situation “sans droit ni titre” du local et appelant à la vigilance quant à son usage. Avant d’insister en soulignant “qu’une manifestation [a]été organisée (…) sans que la mairie du 5e secteur ait été invitée ou, le cas échéant, informée” et ce alors que la nouvelle convention doit être signée en septembre. Celle-ci est suspendue par le maire.

En réaction, le président du club annule toutes les manifestations de l’été et les permanences du club en attendant que la situation se régularise. Une entrevue a finalement lieu en mairie de secteur, la convention est signée mais le différend guère aplani. Du côté de Lionel Royer Perreaut, la position reste ferme : “Vous vouliez que l’on poursuive une mise à disposition sans droit ni titre alors qu’il y a des gendarmes partout dans la ville ?, souligne-t-il. Nous avons signé cette convention au montant prévu par les textes”. Sur le premier montant proposé et l’intervention de Guy Teissier, il élude :“Le seul chiffre qui vaille est celui qui apparaît sur les documents signés”.

Des appels de droite et gauche

Il nie d’ailleurs “tout différend de nature politique avec monsieur Keddadouche”. En revanche, ajoute-t-il, “de gauche comme de droite, tout le monde m’appelle à propos de ce monsieur”. Quel que soit le lieu de leur implantation, les clubs de foot sont régulièrement fréquentés par des élus qui louent le travail éducatif mené et se bousculent aux remises de trophées, gâteaux des rois où ils sont régulièrement invités.

Chroniqueur habituel des matches de l’OM sur France Bleu Provence, Omar Keddadouche les fréquente régulièrement et ne s’en cache pas. “Mais depuis la grande fête de Noël dernier, Lionel Royer-Perreaut n’est plus venu”, note la présidente du comité des fêtes du club pour souligner l’antériorité du mouvement. Outre une retransmission sur les réseaux sociaux, Omar Keddadouche avait convié radio, télé et journaux à la manifestation, “la première que j’organise de ma vie”. Il se dit prêt à donner sa démission “pour qu’il laisse le club tranquille”. Pour l’heure, le maire de secteur campe sur une position qu’il estime “équitable”. Désormais leur différend est public.

Actualisation le 1er novembre à 16h45  : à la demande l’intéressé, suppression d’un passage énoncé sous le régime du off.

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