Le projet de brasserie de la chambre de commerce fait bondir les cafetiers du Vieux-Port

Actualité
Benoît Gilles
19 Fév 2019 11

D'ici à cet été, la chambre de commerce prévoit de transformer une partie du rez-de-chaussée du palais de la bourse en brasserie, avec terrasse extérieure. En cure d'austérité forcée, l'institution trouverait là des revenus complémentaires. Les restaurateurs du quartier dénoncent une concurrence déloyale d'élus censés les représenter.

Au Palais fin ? Le palais gourmand ? Le bistrot du palais ? Le concours est ouvert pour trouver un nom à la future brasserie que la chambre de commerce et d’industrie de Marseille Provence (CCI-MP) prévoit d’installer au rez-de-chaussée du Palais de la bourse, cet été. Siège de la chambre consulaire, réputée la plus ancienne de France, le monument historique du XIXe va passer de la postérité à la limonade.

L’appel à manifestation d’intérêts doit se clôturer à la fin du mois mais la CCI-MP y donne déjà le ton : le restaurant devra être de type “trendy business” dans un “lieu cosy et convivial”, “hyper connecté” destiné à une “clientèle Business, aux occupants du Palais de la Bourse et au grand public de passage”. Les cafetiers et brasseurs du quartier ne sont pas chauds pour participer au brain storming, bien au contraire. En leur nom, le président de l’union des métiers de l’hôtellerie, Bernard Marty, s’est fendu d’une lettre aux accents cinglants. Il y dénonce “une concurrence déloyale” menée par ceux dont la vocation est de défendre les commerçants, estime-t-il.

“On a le droit d’être intelligent”

“Nous n’avons rien contre la concurrence du moment qu’elle relève de l’initiative privée, plaide Frédéric Jeanjean qui accueille ses collègues cafetiers et restaurateurs dans sa Brasserie des templiers. La brasserie d’Artplexe, de l’hôtel des Feuillants, cela ne nous fait pas peur. Au contraire, on dit bienvenue. Là, on nous annonce sans concertation une brasserie de 500 m2, au sein même de la maison commune. On dit stop. On a le droit d’être intelligent et de se parler.”

Annoncé par le président de la chambre de commerce lui-même, le projet a pris un tour plus concret avec l’appel à manifestation d’intérêts début février. Il prévoit effectivement une brasserie de 240 m2 intérieur et 260 m2 en terrasse sur le flanc gauche du bâtiment, celui qui fait face au Vieux-Port. Censé se distinguer “de l’offre du périmètre” la brasserie devra proposer une offre de restauration “toute la journée” du petit déjeuner au brunch. “Au départ, on nous parlait d’un snack ou d’une buvette, mais là cela n’a rien à voir”, constate Arnaud Lafargue, patron du Café de la banque et de la branche bar et brasserie de l’UMIH.

Vue d’architecte du cabinet MJ architectes publiée sur le site Made in Marseille.

“La défiance et non la confiance”

“Si une telle démarche devait se poursuivre, ce serait la défiance et non la confiance qui présiderait aux relations entre les entreprises et ses représentants”, estime Adrien Bérard, patron du Métropole et président de l’association des commerçants Bourse Colbert Vieux-Port République qui annonce vouloir lancer une pétition. Comme souvent en matière de commerce, l’affaire débute par des hauts cris pour finir en négociations avec des élus, tout aussi entrepreneurs que les contestataires. “Nous comprenons les raisons budgétaires et la nécessité de renflouer les caisses mais nous prônons le dialogue”, lance Frédéric Jeanjean, par ailleurs conseiller municipal de la majorité Gaudin.

Le projet s’inscrit dans une longue période de vaches maigres pour la CCI-MP, notamment due à la restriction du reversement par l’État des “taxes pour frais de chambre consulaire” versé par toute entreprise dont le chiffre d’affaires excède 500 000 euros. Entamé dès 2016, le plan d’économies a entraîné une première vague de licenciements et une restructuration en profondeur du rôle de la CCI (lire notre décryptage). Cet été, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire a annoncé une nouvelle vague d’économie de 400 millions d’ici 2022.

Mutation accélérée

À Marseille, cela passe par une mutation des activités, accélérée par l’arrivée de Jean-Luc Chauvin. En 2018, le musée de la marine a fermé ses portes et vu ses collections reversées au Mucem (lire notre article). L’aile est du palais qu’il occupait recevra les services dédiés aux entreprises, aujourd’hui regroupés rue Sainte-Victoire (6e). Ce site doit fermer ses portes à court terme pour regrouper sur un seul lieu l’ensemble des services de la CCI, à l’automne, assorti de nouveaux services.

“Nous avons déjà connu cela avec la mutation du World trade center, géré jusqu’à il y a peu par la CCI et qui s’est mis à faire de la location de salles et de bureaux, ce qui est notre cœur de métier depuis 15 ans, complète Philippe Bonifay, le patron du building de la Canebière, sis au-dessus des Templiers. Sans le dire vraiment, on nous annonce que le palais de la bourse va se mettre à faire la même chose, en concurrence déloyale avec ses mandants.”

“Une offre différenciante”

Effectivement, le projet de chambre du futur porté par Jean-Luc Chauvin prévoit une révolution du palais avec regroupement des services généraux dans les étages, salle de sports, et espaces modulables au rez-de-chaussée, baptisés “innovation home”. Pour l’heure, personne à la chambre ne souhaite commenter ce vent de fronde des brasseurs associés.

Joint par nos soins, Jean-Luc Chauvin, en vacances, renvoie vers son institution. Son vice-président en charge du commerce, lui-même cafetier de métier, Jean-Luc Blanc est aux abonnés absents. La chambre a réagi par voie de communiqué signalant la “large publicité” de leur appel à manifestation d’intérêts qui aurait reçu à ce jour 18 candidatures, permettant à ceux-ci de proposer une “offres adaptée et différenciante” et ainsi “de compléter l’offre de restauration en centre-ville (…) renforcer son attractivité, attirer de nouveaux flux et de nouveaux publics“. Soulignant le caractère tardif de l’ire des cafetiers, la chambre campe sur ses positions : “Ce projet, initié en juin dernier, deviendra bientôt réalité”.

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