La mairie de Marseille teste le HLM numérique

À la une
le 13 Sep 2011
2

En vous connectant à moi vous pouvez effectuer vos démarches administratives, écouter la radio, se tenir au courant des événements locaux, échanger avec vos proches. Je suis, je suis… Internet ? Certes. Mais aussi Residacoeur, un portail expérimenté à partir de ce mois-ci dans cinq résidences (soit 700 locataires) gérées par Habitat Marseille Provence (HMP), l’office HLM de la mairie de Marseille.

La différence ? Présenté ce mardi à la presse, il est spécialement pensé pour être accessible au plus grand nombre, notamment les seniors. « Il y a des personnes qui ont un ordinateur mais savent juste envoyer des messages à leurs enfants », justifie Brigitte Beulaygue, qui dirige Vivacoeur, une start-up qui a poussé à l’Incubateur de la Belle de Mai et a développé la plate-forme. Outre une simplicité accrue en regroupant tout dans une même interface, voulue la plus intuitive et ergonomique possible, la société tiendra des permanences de formation dans les résidences. Et les « timides de l’Internet » peuvent toujours bénéficier des formations gratuites d’associations, comme celles accueillies dans les structures de la mairie du 11/12, note Robert Assante (Nouveau Centre), dont le secteur compte deux résidences concernées (Blancarde et Ducret).

Compléter le tarif social

Une manière de compléter la « lutte contre la fracture numérique » déjà engagée par HMP et la mairie via un partenariat avec Numéricable : 11 000 des 15 000 locataires de l’office peuvent bénéficier d’une offre triple-play (télé, internet à 2 méga et téléphone, ce dernier étant cependant limité aux appels entrants et aux numéros d’urgence…) pour moins de 5 euros par mois inclus dans les charges. Possibilité tarifaire – qui renvoie le tarif social du gouvernement à la plaisanterie qu’il n’est pas loin d’être – qui est ouverte par le raccordement préexistant au câble de ces ensembles collectifs. Ce qui, soulignons-le, exclut dont les locataires de logements plus diffus, sociaux ou non.

Sauf que depuis le lancement de l’opération début 2010 seulement 1500 se sont abonnés… Par manque de communication de Numéricable, peu enclin selon Daniel Sperling, l’adjoint au maire chargé du dossier, à mettre les moyens pour conquérir des abonnés si peu rémunérateurs. On  ajoutera cependant qu’HMP a dans cette affaire lui aussi un rôle d’information à jouer.

Compétence et usages

Quoi qu’il en soit, si la première lacune de ceux qui n’ont pas accès à Internet est justement un abonnement à un fournisseur d’accès, les raisons ne sont pas que sociales : certes en 2008 34% des foyers gagnant moins de 900 euros par mois étaient abonnés accès à Internet, contre 60% tous revenus confondus, mais dans une étude de l’Insee cette année la première des « raisons pour ne pas avoir Internet » est le manque de compétence, devant le coût d’un ordinateur ou d’un abonnement. Et l’accès ne fait pas tout, les usages de certains connectés pouvant être très limités.

Pour les locataires, le portail Residacoeur, a vocation a devenir une « conciergerie numérique » résume Arlette Fructus, vice-présidente d’HMP et adjointe au Logement à la mairie. Dans la rubrique « ma résidence » ils retrouveront ainsi les dernières actualités d’HMP, de l’immeuble, du gardien. « Si le message concerne le bâtiment F7, seuls ses locataires l’auront », précise Brigitte Beulaygue. Ils pourront aussi – en théorie – entrer en contact directement avec leur bailleur, éventuellement via une webcam.

Outre des rubriques horoscope, radio, OM, annuaire, un pan du portail est dédié au contact avec les institutions. « Pour la mairie centrale, c’est centré sur les démarches administratives, tout ce qui existe déjà sans que cela soit forcément connu », comme une prise de rendez-vous en ligne ou des formalités d’état civil, détaille Brigitte Beulaygue. Quant aux deux mairie d’arrondissements partenaires (4/5 et 11/12, donc gérés par la droite), il s’agit plutôt de savoir « qu’est-ce qui va se passer près de chez moi« . Et les autres collectivités et services de l’Etat ou public autre que la mairie, dont tout le monde a forcément un jour besoin ? « C’est open, mais on commence avec ce que l’on maîtrise », assure Arlette Fructus.

« Briser la solitude »

Dernier volet, qui a suscité le plus d’espoir dans cette conférence de presse où s’étaient invités les administrateurs d’HMP tout juste sortis de leur CA : le réseau social qui permet de s’échanger des messages texte, audio, vidéo, des cartes postales… Pour remplacer Facebook, Twitter, Skype et Google+ ? Là n’est pas l’objectif répond Brigitte Beulaygue. Pas sûr tout d’abord que les locataires sachent – voire connaissent – ces outils. Et « il s’agit plus un réseau social de proximité, familial, amical, où il n’y a pas d’anonymat, ce qui est important en terme de sécurité ».

« Tout le monde est dans son coin et ne veut pas échanger avec celui qui est dans la cage d’escalier d’à côté », déplore Robert Assante pour qui le portail peut aider à « briser la solitude ». Espoir rejoint par la présidente de l’association des locataires de la Grotte Roland, administratrice de HMP, pour qui « le problème de l’isolement des personnes âgées, de la non-communication, des amalgames qui entraînent une coupure » est à prendre au sérieux.

Coups de main et peut-être demain suivi des consos

Ayant déjà supervisé des expérimentations avec Vivacoeur, Monique Cordier, présidente de la confédération des comités d’intérêts de quartiers, assure « avoir vu des choses extraordinaires » émerger, comme « des liens intergénérationnels » sur le mode la mamie qui aide le jeune à faire ci et vice-versa. Un « système de coup de main » qui est d’ailleurs intégré tel quel dans la plate-forme. Forcément, on pense aux systèmes d’échanges locaux, dont la France compte plusieurs centaines. Et toujours dans l’idée mise en avant par Arlette Fructus « d’entretenir et améliorer le lien social », qui on espère ne restera pas – ou ne deviendra pas du coup – que virtuel, le portail comprend un espace pour « valoriser les talents des personnes » : où telle locataire publie ses recettes de cuisine, telle autre tient une « rubrique sur les timbres », raconte Brigitte Beulaygue, évoquant des expériences déjà en cours. Bref, des blogs.

Plus
prosaïquement, le réseau permet aussi de se dire : « Mme Untel, cela fait longtemps qu’elle n’a pas posté de message, on la contacte, on la voit, on peut donner l’alerte », glisse Monique Cordier. Mais d’autres fonctionnalités du domaine de la domotique, pour l’instant non intégrées dans l’expérimentation, sont possibles, confie Brigitte Beulaygue : suivi des consommations d’eau et d’électricité, alertes aux monoxyde de carbone, bracelet permettant de mesurer le pouls et éventuellement d’alerter les proches…

Reste à savoir combien de résidents joueront le jeu, le point crucial pour Daniel Sperling. L’opération, qui pourrait être étendue, sera évaluée qualitativement par des chercheurs de l’Institut de management public et de gouvernance territoriale, qui dépend de l’université Aix-Marseille et devrait rendre son rapport en janvier 2012. Reste aussi à savoir si 13 Habitat l’autre office public HLM intervant sur la ville, que nous avons également sollicité sans suite, suivra l’exemple d’HMP.

Un lien En matière de tarif social, le gouvernement avait déjà fait bien peu au niveau des mobiles, comme l’avait facilement montré le fiston à Nanard, sur Marsactu

Un lien Save@work4homes, un projet européen pour la réduction des consommations d’eau et d’énergie via le numérique dans les logements sociaux, suivi notamment à Angers

Un lien Et pendant ce temps, a révélé récemment Owni, les fournisseurs d’accès réfléchissent à un autre possible facteur de « fracture » : la fin de l’Internet illimité

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE DÉCOUVERTE – 1€ LE PREMIER MOIS

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.

Commentaires

L’abonnement au journal vous permet de rejoindre la communauté Marsactu : créez votre blog, commentez, échanger avec les autres lecteurs. Découvrez nos offres ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.

  1. pique boufigue pique boufigue

    pourquoi ne pas prendre exemple sur le CG13;attention pas tous sont bons ,mais je pense donner aux seniors la possibilité d avoir un ordinateur ,comme pous les collegiens.
    je precise pas tous les exemples du CG ne sont bons à prendre..

    Signaler
  2. Silvano Silvano

    L’opération Ordi13.a été un flop avec un coût exhorbitant…. mais à la décharge du CG13, l’Education Nationale n’a pas vraiment été d’un grand soutien.(ps, au passage je suis fier de mon jeu de mots).

    Signaler

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire