La grande migration vers Macron des élus LR de Marseille

Enquête
le 28 Fév 2022
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Alors que le président de la République a fait de Marseille un de ses points d'appui en vue d'un deuxième mandat, Renaud Muselier a annoncé son ralliement dimanche, après beaucoup d'autres élus LR. Martine Vassal comme Jean-Claude Gaudin s'interrogent.

Martine Vassal et Renaud Muselier en avril 2021. (Photo : Emilio Guzman)

Martine Vassal et Renaud Muselier en avril 2021. (Photo : Emilio Guzman)

“Il faut que tu suives le vent”. Bruno Gilles n’y va pas par quatre chemins ce 11 février pour tenter de convaincre Jean-Luc Di Maria, le leader de l’opposition de droite à Martigues. Il est temps, dit-il à son ami, de quitter Les Républicains pour rejoindre la majorité présidentielle, via Horizons. Lui est devenu le représentant local du parti d’Édouard Philippe quelques semaines auparavant. Il avait rompu avec le parti Les Républicains en 2019 pour se présenter en solo aux municipales face à Martine Vassal. L’ancien sénateur-maire des 4/5 estime que, bien vite, ne pas devenir un soutien d’Emmanuel Macron mettra en difficulté son interlocuteur, qui se rêve aussi bien député que successeur à la mairie du communiste Gaby Charroux.

La manœuvre, ce jour-là, ne marche pas. Arrimé à LR et à Valérie Pécresse, Jean-Luc Di Maria ne cède pas, dit-il, à la tentation de “la trahison”. Mais ils sont nombreux dans les Bouches-du-Rhône à avoir progressivement sauté le pas. Enclenché depuis plusieurs mois avec son alliance controversée aux régionales, le ralliement du président de région Renaud Muselier est désormais officiel. “Personne, parmi les candidats déclarés, n’est au niveau de cette élection. C’est pourquoi je soutiendrai et voterai pour Emmanuel Macron, après mûre réflexion et sans hésitation”, a-t-il expliqué dans le JDD fustigeant au passage “la droitisation” de Valérie Pécresse.

D’autres, moins capés, officialisent leur ralliement par grappes. Issus des listes municipales marseillaises de Martine Vassal, Lionel Royer-Perreaut, Didier Parakian, Alain Gargani, Jean-Michel Turc ou Isabelle Savon soutiennent désormais le locataire de l’Élysée. De nouveaux noms sont annoncés avec insistance et notamment celui de Sylvain Souvestre, le maire des 11e et 12e arrondissements, pourtant installé là par les très droitiers parlementaires Julien Ravier et Valérie Boyer. “Au début, ils attendaient Vassal et sa cohorte d’élus. Mais comme elle ne venait pas, ils se sont décidés à la contourner”, explique un des ralliés.

Résultat, une bonne part de la droite locale est désormais rendue dans le camp macroniste, qu’elle adhère à LREM, à Horizons ou reste sans étiquette. Jadis cheville ouvrière d’une fédération LR aujourd’hui en décrépitude, Bruno Gilles met ainsi avec délectation ses compétences d’organisateur de parti au service d’Horizons. “Ce que l’on fait est calqué sur ce que l’on faisait à la grande époque. Je ne dis pas qu’on veut faire un RPR bis mais je veux vite montrer qu’on est structurés et qu’on a des adhérents”, assure-t-il.

Un siphonnage en règle piloté depuis Paris

En janvier, le ministre de l’Intérieur a profité d’une visite dans le 9e arrondissement pour échanger avec le futur rallié Lionel Royer-Perreaut.

Ces débauchages obéissent à une stratégie de siphonnage à l’œuvre dans tout le pays mais particulièrement efficace ici avec notamment l’élue régionale Sabrina Roubache en agent de liaison. La productrice de films chargée des grandes causes régionales par Renaud Muselier, qui revendique de longue date sa proximité avec le couple Macron, a un temps charrié les moqueries et les accusations en usurpation. Mais les nouveaux venus constatent sa capacité à solliciter le président sur Telegram et à obtenir des réponses. Derrière, un duo parisien prend le relais. Depuis l’Élysée, le conseiller territoires du président, Jean-Marie Caillaud peut décrocher son téléphone pour convaincre un élu, même de rang moyen, de faire la jonction. Au sein de La République en marche, Jérôme Peyrat, conseiller du délégué général Stanislas Guérini issu les rangs de la droite, fait aussi jouer ses réseaux.

Certains ont droit à des traitements encore plus privilégiés. Le 29 janvier, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’accorde une visite de terrain à La Soude (9e arrondissement). Il s’arrête au centre social pour une discussion sur le séparatisme. Mais le déplacement a aussi une partie off, avec un entretien avec le maire du secteur Lionel Royer-Perreaut. Au programme, une discussion entre un ancien militant de la droite sarkozyste passé en 2017 dans le camp Macron et un qui s’apprête à le faire. Dix jours plus tard, “LRP”, formé par les députés Yann Piat et Guy Teissier, annonce son ralliement. Dans la foulée au Sénat, en réponse à la parlementaire Valérie Boyer qui lui pose une question sur l’insécurité, Gérald Darmanin utilise son ralliement pour contrer les critiques de la parlementaire de l’Est de la ville. “Il y a des gens qui préfèrent la France à des convictions partisanes”, conclut le ministre.

Tous concourent à la stratégie du président de la République qui a fait de Marseille une de ses rampes de lancement pour un deuxième quinquennat. En lançant en fin de mandat son plan “Marseille en grand”, il espérait même que la pluie de milliards permettrait de convaincre les trois grands élus du coin de faire front commun. Renaud Muselier donc mais aussi Martine Vassal, à la tête de la métropole et du département, et même Benoît Payan, le maire PS.

Vassal tentée mais pas ralliée

Pour ce dernier, la cause est entendue et n’a jamais vraiment dépassé le stade du fantasme : sa majorité solidement ancrée à gauche ne le lui pardonnerait pas. Mais l’arrivée de Martine Vassal est une hypothèse toujours sur la table. La secrétaire départementale de LR 13 a certes ficelé les investitures aux législatives dans un parti privé de président depuis le départ de Renaud Muselier mais elle hésite encore, font savoir ses proches. Son absence à un meeting de soutien à Valérie Pécresse aux côtés des députés Bernard Reynès et d’Éric Ciotti à Chateaurenard n’a échappé à personne.

Martine Vassal peut-elle encore être dans un parti avec des personnes qui estiment que LR, c’est comme le FN mais qu’eux, à la différence, ils peuvent gouverner ?

Un proche

Son ralliement interviendra-t-il avant le premier tour ou assumera-t-elle seulement un soutien au deuxième tour face à un candidat d’extrême-droite ? Sa position n’est pas tranchée mais elle s’affine. La perspective d’un premier meeting marseillais d’Emmanuel Macron le 5 mars l’oblige à accélérer quand bien même la guerre en Ukraine rend plus que floues les modalités de cette entrée en campagne. “Martine Vassal peut-elle encore être dans un parti avec des personnes qui estiment que LR, c’est comme le FN mais qu’eux, à la différence, ils peuvent gouverner ? Martine Vassal, elle est pas comme le FN !”, illustre un proche. Mais le pas n’est pas sauté.

Parmi ses potentiels nouveaux alliés, la situation aurait tendance à agacer. “Elle tourne tout le monde en bourrique”, souffle-t-on dans les rangs macronistes. Martine Vassal avait pourtant fait le travail aux départementales en soutenant ou en incluant dans sa majorité plusieurs élus LREM ou apparentés dans une alliance discrète mais réelle. Mais depuis, elle a été accaparée par la situation à la métropole où la réforme voulue par… Emmanuel Macron l’a quelque peu déstabilisée et éloignée des questions partisanes. Nul besoin durant ces turbulences d’ouvrir d’autres champs de bataille en quittant sa famille politique si l’on se souvient qu’un lointain pionnier, le maire de La Roque-d’Anthéron Jean-Pierre Serrus s’était fait désouder en règle de sa vice-présidence par sa majorité. Elle se contente pour l’heure de différencier national et local pour préserver l’unité dans les assemblées provençales : pour l’instant, les pro-Macron n’y ont pas créé de groupe distinct de LR. Mais pendant ce temps, le récit se tisse sans elle et d’autres personnalités entrent dans le casting. “C’est pas facile d’arriver à la fin”, admet-on dans son entourage.

Gaudin espéré

Le dernier ralliement espéré est celui d’une figure qui reste tutélaire quoiqu’écornée par des dernières années de mandat chaotique. Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille pendant 25 ans n’est plus dans la politique active mais réfléchit à donner un signe de son inclination. En privé comme en public, il ne manque pas de souligner qu’il ne se serait trouvé personne, dans son camp ou dans un autre, pour faire mieux que le président. Il ne décourage pas non plus ceux qui quittent LR pour le sortant. En miroir, la macronie le ménage : les ministres dont le premier d’entre eux, Jean Castex, lui rendent visite dans sa maison de Mazargues et Brigitte Macron l’appelle avec une certaine régularité. Même si Gaudin a fait partie des fondateurs de l’UMP, ancêtre de LR, les voir sur la même ligne pour cette présidentielle est une hypothèse sérieuse.

Face à ces ralliements actés ou putatifs, la question de la sincérité des démarches se pose. Soutien de longue date de Valérie Pécresse et investie dans la 2e circonscription sur le littoral sud pour les législatives de juin, Sabine Bernasconi résume ces transferts à “des choix personnels du fait d’ambitions déçues ou d’un ressenti sur un manque de considération”. Parmi les personnes qui peuvent se sentir visées, Lionel Royer-Perreaut, soutien de Valérie Pécresse à la primaire à l’automne, qui a mal vécu la décision unilatérale du député Guy Teissier de choisir le vice-président de la métropole et du département Didier Réault comme candidat à sa succession. Mais lui, sans cacher s’être senti méprisé par son parti, évoque une réflexion bien plus large : “On acte une forme de malaise au sein de notre famille politique. Et ce qui nous permet d’en prendre conscience et de sauter le pas, c’est le défaut de leadership national comme local.”

Ceux qui restent veulent “tenir la barre”

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Commentaires

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  1. Brallaisse Brallaisse

    “il faut que tu suives le vent”
    Voilà comment définir Bruno Gilles en 7 mots.Sa vie politique se résume dans cette petite phrase.
    Petit bonhomme,petite ambition mais carrière rémunératrice.Les autres ne valent pas mieux.

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  2. Lucien LAURENT Lucien LAURENT

    Et si Macron faisait une jospinade au premier tour, le mistral continuera-t-il à faire tourner les girouettes.

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  3. Marieke Marieke

    Et dans quelques semaines, on déplorera un fort taux d’abstention aux élections.

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  4. Patafanari Patafanari

    On les croyait chèvres, ils se révèlent lemmings.

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  5. Bernard Honorat Bernard Honorat

    Dangereux de suivre Macron plutôt que ses électeurs. Les marseillais n’aiment pas ceux qui font des beaux discours et ensuite le leur font dans le dos comme Macron. Compter sur les voix d’Estrosi à Marseille est très risqué.

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    • julijo julijo

      oui, c’est sûr, les marseillais n’aiment pas.
      cependant, estrosi l’ a fait, rubirola, aussi, et mumu s’est fait soutenir par lrm aux dernières régionales…alors les marseillais, ok, mais pas tous !!

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  6. Zumbi Zumbi

    “La prétérition (substantif féminin), du latin praeteritio (« action de passer sous silence »), du supin praeteritum, aussi appelée paralipse, est une figure de style qui consiste à parler de quelque chose après avoir annoncé que l’on ne va pas en parler.” (Wikipedia)
    Exemple :
    “Je ne dis pas qu’on veut faire un RPR bis”, dit Bruno Gilles. Bref, il propose à Macron son savoir-faire dans le clientélisme, le recrutement de bras cassés FO utiles pour les affichages et les services d’ordre et le contrôle des CIQ.
    La suite de la définition de la prétérition dans Wikipedia vaut le coup : “Elle permet de ne pas prendre l’entière responsabilité de ses propos…”

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  7. Lecteur Electeur Lecteur Electeur

    Le programme commun de tous ces politiques c’est que les riches doivent toujours s’enrichir davantage et que ceux qui travaillent doivent encore s’appauvrir y compris avec des retraites retardées et revues à la baisse.

    Avec eux il faut que tout change pour que rien ne change.

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  8. gastor13 gastor13

    Est-ce que quelqu’un a dit à Macron qu’une bonne partie des nouveaux recrutés et des potentiels futurs sont des incompétents notoires et seront plus des boulets que tête de gondole ?

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Remarque très juste. Macron n’a pas pu ne pas remarquer l’état dans lequel se trouve Marseille après avoir été “gérée” sans partage pendant 25 ans par une clique LR qui n’a rien à voir avec celle qu’on peut trouver dans d’autres villes. Formée et formatée par Gaudin, dont la ligne se résumait en deux formules, “pas de vagues” et “m’en fouti”, elle ne deviendra pas miraculeusement compétente et rigoureuse en changeant d’étiquette politique.

      Le pompon sur l’Huveaune serait que Gaudin rejoigne Macron : on aurait ainsi la preuve que le “nouveau monde” est clientéliste, beau parleur et paresseux comme l’ancien. En attendant, on se demande pourquoi le patriarche est “espéré”, vu son bilan calamiteux ici.

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    • Pascal L Pascal L

      Peut être parce que tout ce qui affaiblit LR affaiblit Mme Pecresse. Et si les voix d’extrême droite se partagent en deux et si Mme Pécresse est suffisamment affaiblie on aurait un second tour M. Macron contre M. Mélenchon, ce qui serait pain béni pour le président sortant.

      En effet, contre Mme Pécresse il y aura une très forte abstention à gauche car “blanc bonnet et bonnet blanc le retour” ce qui peut rendre le résultat incertain. Contre M. Mélenchon il n’y aura pas trop d’abstention à droite et la réélection est quasi assuré.

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  9. André WEINGARTEN André WEINGARTEN

    L’actuelle députée du 5eme secteur est loin d’avoir démérité. Si elle souhaite se présenter, elle aura du soutien, monsieur Gilles en aura beaucoup, beaucoup moins. J’oublie sa suppléante, ex maire des 4eme 5eme, invisible depuis longtemps…

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    • Brallaisse Brallaisse

      J’habite le 4/5, moi non plus, son souvenir n’est visiblement pas impérissable.Bon débarras.

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  10. petitvelo petitvelo

    Tous ces visionnaires qui ont su voir avant tout le monde les merveilles de l’hydroxy-chloroquine font certainement un choix rationnel plein d’avenir …

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