La métropole de Martine Vassal se fera sans La République en marche

Actualité
Jean-Marie Leforestier
21 Sep 2018 11

Martine Vassal a comme prévu été élue présidente de la métropole ce jeudi 20 septembre, succédant à Jean-Claude Gaudin. Alors qu'elle prônait la continuité, le vote des élus a écarté le principal élu LREM et monsieur transports de la métropole Jean-Pierre Serrus, au profit d'un élu Les Républicains.

Bien sûr tout le monde s’est levé, comme de bien entendu Jean-Claude Gaudin a été acclamé et, comme annoncé, Martine Vassal a pu s’avancer vers le perchoir de présidente de la métropole. Elle réalise un doublé sans bavure avec la tête du département : 181 voix contre 22 au communiste Marc Poggiale porté par l’idée que “cette métropole ne souffre pas d’abord d’une question d’attractivité mais de la profondeur des inégalités sociales et territoriales”, sans autre opposition de gauche ni du Rassemblement national. Il lui reste dix-huit mois pour imprimer sa marque autour de deux grands dossiers, les transports, le développement économique et une promesse : décentraliser le fonctionnement de la métropole pour redonner du pouvoir aux territoires (calqués sur les anciennes intercommunalités) et aux communes.

Martine Vassal avait voulu une succession politique sans accroc. À l’assemblée, elle proposait de reconduire l’ensemble de l’équipe qui depuis mars 2016 travaille dans l’exécutif. Rare nouveauté l’expérimenté et consensuel Roland Blum reprenait la place de 1er vice-président marquant une évidente continuité avec Jean-Claude Gaudin. Mais à part ça, elle acceptait de travailler avec le maire communiste du Rove Georges Rosso, le frondeur aixois Gérard Bramoullé ou encore avec le maire de Bouc-Bel-Air Richard Mallié avec qui les relations sont pourtant fraiches.

Une candidature “contre le fait que ce soit un marcheur”

Elle proposait aussi de conserver à ses côtés un des rares vice-présidents identifiés publiquement de la métropole, Jean-Pierre Serrus chargé des transports. “Je n’ai qu’une parole et j’avais dit à Jean-Claude Gaudin que je reconduirais l’exécutif à l’identique”, explique-t-elle en petit comité. La consigne avait été rappelée en réunion de groupe mercredi soir. Le plan a pourtant déraillé et Serrus a dû affronter un concurrent dans une élection où le fond des divergences entre les postulants n’est jamais abordé dans l’hémicycle. Comme nous l’annoncions jeudi matin, Christian Burle le maire de Peynier a proposé sa candidature. Et Jean-Pierre Serrus a été battu, largement. Avec 122 voix contre 89 (sur 240 conseillers métropolitains), Christian Burle a raflé le poste.

“Je me suis présenté non pas contre son action mais contre le fait que ce soit un marcheur. Il avait été élu comme faisant partie des Républicains, il est devenu En Marche. Je récupère un poste qui revenait aux Républicains”, s’est félicité le promu. Outre une attitude jugée parfois cassante et quelques décisions contestées comme l’arrêt du projet de Val’tram qui a fâché quelques élus du pays d’Aubagne, Jean-Pierre Serrus a en effet largement payé son étiquette politique. Le fait que son nom circule pour diriger le parti localement n’a fait que renforcer cela. “Les maires se disent : je ne vais pas soutenir quelqu’un qui va investir dans dix-huit mois aux municipales un candidat contre moi”, décrypte Gérard Chenoz, élu LR et président du groupe “Réussir la métropole” qui compte dans ses rangs Jean-Claude Gaudin et Martine Vassal.

“Je trouve que c’est une faute, réagit Roland Blum, fraîchement élu premier vice-président. Eu égard à l’intérêt métropolitain, on se prive de ce que présente monsieur Serrus par rapport à En Marche, d’un des rares élus capables de dialoguer avec l’actuel gouvernement.” Un stratège de la droite locale renchérit : “Ça complique les choses et les futures alliances quand il faudra notamment faire face au Rassemblement national”. Peut-être était-ce tout simplement le but recherché par certains frondeurs…

“Moi j’ai tenu un engagement, j’ai voté pour tous les sortants, se contente de réagir Jean-Pierre Serrus. Manifestement, tout le monde ne l’a pas fait et je ne prends pas ça pour un désaveu du travail effectué mais pour une raison éminemment politique.” Le maire de la Roque-d’Anthéron a par ailleurs estimé avoir “fait le job”. Nul ne sait aujourd’hui qui prendra la suite puisque les délégations seront attribuées plus tard à chaque vice-président. Dans un communiqué publié jeudi soir, Jean-Claude Gaudin a déploré la situation : “La démocratie a parlé, mais il est dommage que le remarquable travail qu’il a accompli pour améliorer l’offre de transports ait ainsi été négligé”. 

Clash entre adjointes de Jean-Claude Gaudin

Il en ressort en tout cas un exécutif politiquement rétréci autour de Martine Vassal. Une nouvelle défaite pour la gouvernance partagée prônée par Jean-Claude Gaudin depuis trois ans. En 2016 déjà, les candidats socialistes aux postes de vice-présidents avaient subi les foudres de la base des élus Les Républicains qui les avaient fait battre dans le même contexte. Ce jeudi matin, l’une d’entre eux, Solange Biaggi, a même tenté d’écarter du jeu une centriste, Arlette Fructus. Dans ce duel sororicide entre deux adjointes au maire de Marseille, la vice-présidente de la métropole chargée de l’habitat s’en est sortie de cinq voix : 103 contre 98. “C’est mérité”, a tonné dans l’hémicycle Jean-Claude Gaudin, très fâché par cette fronde inattendue.

“Dans la lignée de la fusion entre la métropole et le département, je trouve qu’en tant que vice-présidente du département, c’était important de faire ça. Je l’ai fait en accord bien sûr avec mon parti et la présidente”, assure Solange Biaggi. Comme tous les responsables interrogés, Martine Vassal a démenti, renvoyant sa conseillère départementale à une aventure individuelle. Sonnée par cette attaque, Arlette Fructus avait une explication plus pragmatique : “Je ne sais pas ce qui a motivé Solange Biaggi mais je ne crois pas que ce soit un enjeu métropolitain. Ce qui est curieux, c’est que les deux candidats qui ont été mis en difficulté ont des profils centristes. Peut-être que le fait que je sois la présidente départementale du Mouvement radical, social et républicain, duquel Lisette Narducci fait partie, a joué.” En effet, la récente fusion des partis radicaux historiques a rassemblé les deux élues au sein du même parti.

L’analyse était largement partagée dans les rangs de la droite. Derrière cette allusion se lit l’opposition politique entre Lisette Narducci et Solange Biaggi. Aux municipales 2014, Biaggi, arrivée en tête dans les 2e et 3e arrondissements, avait accepté au soir du premier tour que la maire du secteur issue de la gauche reste en place dans le cadre d’une alliance de deuxième tour. Depuis lors, la cohabitation entre les deux élues est tendue et aurait donc pu rejaillir ce jeudi au palais du Pharo. L’intérêt métropolitain semble alors bien loin et les municipales bien proches.

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