Élection du maire, mode d’emploi

Décryptage
le 4 Juil 2020
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Rarement une élection de maire aura été autant scrutée. Ce samedi, Michèle Rubirola tentera de trouver une majorité au conseil municipal pour confirmer l'avance en voix du Printemps marseillais. Mais la droite entend bien lui disputer le siège occupé par Jean-Claude Gaudin depuis 25 ans. Marsactu vous détaille pas à pas le déroulé et les enjeux de la séance.

Détail de la salle de Bargemon où se réunit le conseil municipal de Marseille.
Détail de la salle de Bargemon où se réunit le conseil municipal. Photo Emilio Guzman.

Détail de la salle de Bargemon où se réunit le conseil municipal. Photo Emilio Guzman.

D’ordinaire, la séance se passe de mode d’emploi et n’est suivie que par les journalistes, fonctionnaires et les familles des élus. Ce samedi, le conseil municipal de Marseille élit son maire, celui ou celle qui succèdera à Jean-Claude Gaudin. Titulaire du fauteuil depuis 1995, ce dernier n’a eu l’occasion de douter qu’en 2008, où il disposait tout juste de la majorité absolue avec 51 sièges. Pas de quoi cependant sortir le code général des collectivités territoriales pour disséquer le fonctionnement de ce “troisième tour”.

Retrouvez notre direct du conseil municipal dès 9 h

Cette fois-ci, il en est autrement. Les résultats du 28 juin dans les huit secteurs de Marseille se combinent en effet en un scénario inédit (voir notre tuto si ce mode de scrutin ne vous est pas encore familier). Avec 42 sièges seulement pour les listes du Printemps marseillais, l’enjeu est de taille. Il s’agit rien de moins que de savoir si Michèle Rubirola pourra convertir ses 13 000 voix d’avance sur Martine Vassal et devenir maire. Ou si la droite peut former une coalition plus nombreuse et ainsi rafler le siège. Voici le mode d’emploi pour suivre la séance (notre direct démarre ici à partir de 9 h).

Guy Teissier comme président de séance

C’est au doyen du conseil Guy Teissier que reviendra le soin de présider la séance jusqu’à ce que Marseille ait un nouveau maire. Le point a son importance, car le député LR est lui-même candidat déclaré après le retrait de Martine Vassal. Non pas pour l’appel des élus, auquel il procèdera d’emblée. Ni même pour la nomination du secrétaire de séance, qui devrait selon l’usage être Théo Challande, proche de Michèle Rubirola, en qualité de benjamin du conseil. En revanche, ce rôle lui offre une tribune potentielle pour s’exprimer et distribuer la parole, maîtriser les débats, quitte à frustrer dans les rangs de la gauche.

Ce sera la première différence avec le déroulé habituel. “Il est de tradition qu’il n’y ait pas de débat avant les votes”, rappelle la Ville sur son site. “Nous le savons, il n’y a pas de débat sous la présidence du doyen d’âge”, glissait Jean-Claude Gaudin en 2014, juste après avoir regagné son fauteuil. Lui-même se l’était fait sèchement rappeler en 1983 par Irma Rapuzzi, première adjointe de Defferre, alors qu’il souhaitait faire une déclaration pour fustiger l’injustice du mode de scrutin particulier de la ville… Du perchoir, Guy Teissier devrait quant à lui expliquer le sens de sa candidature, et ne pourra pas refuser aux autres de faire de même.

Quatre candidats attendu au premier tour

Avec ou sans discours, les représentants des différentes listes seront invités à présenter leur candidat. Sauf déclaration inattendue ou désistement de dernière minute, ils seront quatre au premier tour : Michèle Rubirola bien sûr, Guy Teissier déjà cité pour LR, mais aussi Lionel Royer-Perreaut pour le même parti et Stéphane Ravier (RN). À ce stade, il faudra la majorité absolue pour succéder à Jean-Claude Gaudin.

Chacun à leur tour, par ordre alphabétique, les élus écriront un nom sur un bulletin vierge et viendront le déposer dans l’urne, plié et sous le regard des scrutateurs des différents groupes politiques. Les mêmes élus procèderont au long dépouillement, annonçant à voix haute le nom inscrit sur ce bout de papier. Avec la possibilité, d’ordinaire incongrue – mais sait-on jamais avec cette élection – qu’un conseiller non officiellement candidat récolte des voix.

Une majorité absolue qui peut varier

Faute de majorité absolue, le même processus, déclaration de candidature comprise, sera renouvelé. Ce second tour pourrait être l’occasion pour certains candidats de se retirer, constatant leur retard sur leurs concurrents. On pense ici à l’un des deux candidats de droite, voire à Stéphane Ravier.

C’est alors que des voix pourraient se reporter, ou se cantonner à un bulletin blanc. Dans ce dernier cas, la majorité absolue serait réduite puisqu’elle est calculée en fonction des suffrages exprimés. Ainsi, si Stéphane Ravier et ses 8 colistiers s’abstenaient, seuls 92 bulletins seraient comptés. La majorité absolue serait donc de 47 voix, à la portée de Michèle Rubirola si Samia Ghali et ses 7 colistiers suivaient. Auxquels s’ajoute Lisette Naducci, la maire déchu des 2/3, élu au conseil municipal avec Bruno Gilles mais annonçant ce vendredi son ralliement à Samia Ghali.

Une troisième tour décisif

Une chose est sûre : Marseille aura un maire à l’issue du troisième tour. En effet, la loi a prévu de réduire la majorité en cas de blocage persistant. Après deux tours sans majorité, c’est tout simplement le candidat qui récolte le plus de voix qui est élu maire. Pour ce tour aussi, les candidatures peuvent varier. Quel que soit le nom qui en sortira, Jean-Claude Gaudin compte lui remettre l’écharpe.

Le “gouvernement municipal” formé dès ce samedi ?

À ce stade, plusieurs options sont possibles. Le nouveau maire “pourra procéder, s’il le souhaite, à l’adoption du nombre d’adjoints ainsi qu’à leur élection”, précise la Ville dans son déroulé de séance. C’est le souhait de Michèle Rubirola, qui devrait alors faire valider la liste par un vote. En cas de surprise, il faudra peut-être plus de temps à la droite pour proposer sa propre liste.

Là encore, la loi a prévu deux tours à la majorité absolue puis un tour à la majorité relative. Ce qui est d’ordinaire inutile. Mais si le maire était élu au troisième tour, il faudra peut-être passer à nouveau par plusieurs tours. L’occasion de sonder un éventuel élargissement de sa majorité, qui préfigurerait le vote du budget.

Une majorité remise en cause dès la fin du mois ?

En effet, un maire et ses adjoints ont un certain nombre de pouvoirs (signer des permis de construire, diriger l’administration…), mais un vote du conseil municipal est nécessaire pour de nombreuses décisions. À commencer par le budget. Comment gouverner sans les 51 voix qui permettent de valider à coup sûr une délibération ? L’abstention d’une partie de l’opposition peut aider de nombreux dossiers à passer, en réduisant le seuil de majorité. Mais pour le budget, le résultat est crucial : s’il n’est pas adopté, c’est le préfet qui prend la main. Ce blocage institutionnel mène souvent à des démissions entraînant une nouvelle élection.

De ce point de vue, les résultats des municipales ont tout du casse-tête. Avec le Printemps marseillais à 42 sièges, soit un de plus que les listes de Martine Vassal et Bruno Gilles réunies, toutes les conditions de négociations ardues sont réunies. En effet, si seuls ces deux groupes participaient à un vote, les colistiers de Samia Ghali et Stéphane Ravier s’abstenant, la balance ne tiendrait qu’à une voix, celle de la Lisette Narducci. Une majorité relative, posera des cas épineux à chaque décision, en particulier pour le budget dès la fin juillet. Un vote au sens politique fort qui pourrait se négocier ferme.

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Commentaires

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  1. raph2110 raph2110

    Que pourrait-il se passer si les recours déposés donnent lieu à des annulations de scrutins sur certains secteurs de la Ville ? Faudra-t-il aller voter à nouveau pour les mairies de secteur et est ce que ça pourrait conduire à réélire un nouveau maire ? Autant rocambolesque que triste cette situation pour Marseille et les marseillais.

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  2. MarsKaa MarsKaa

    Et si l’on montait un campement citoyen place bargemon ?
    Quoiqu’il arrive (et vous nous expliquez très clairement dans cet article que tous les rebondissements sont possibles), nous ne pouvons plus laisser les elus seuls aux manettes. Les nouveaux elus risquent de se noyer dans le marigot.

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  3. MPB MPB

    Marseille république bananière ?!
    On craint degùn c’est vrai. Surtout pas le ridicule. Guy Teissier élu au bénéfice de l’âge ? Quelle pantalonnade, quel signe de renouveau pour une ville enlisée depuis des lustres.
    Rendre la ville attractive avec un ancien para d’extrême droite, bel exercice de marketing politique.
    A tout de suite devant l’hôtel de ville !

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