Alors que la Ville s'apprête à voter plus de 4 millions d'euros de travaux dans 18 établissements, nous avons pu collecter des témoignages sur près d'une centaine des 445 écoles marseillaises. Sanitaires inutilisables, murs moisis et classes "aménagées" dans le moindre espace libre pullulent tandis que les écoles en bon état sont considérées comme "une chance".

Quelques jours avant le “Gaudin Tour des écoles” début février, Marsactu lançait une enquête participative, sous forme de questionnaire, pour récolter des témoignages de parents d’élèves et d’enseignants sur l’état de leurs écoles. Notre enquête a permis de récolter des informations sur 97 des 445 écoles de la ville. Comme le montre la carte ci-dessous, malgré des disparités entre les arrondissements, des signalements restent finalement assez homogènes.

Bien sûr, elle ne se veut pas exhaustive ni être considérée comme un échantillon représentatif. Nous avons tâché de diffuser le plus largement possible ce questionnaire, notamment via des réseaux associatifs, mais certaines zones ont pu passer au travers. Par ailleurs, certaines catégories de la population sont moins enclines à répondre à une enquête en ligne.

Mais l’idée était surtout de vérifier que les problèmes énoncés étaient bien plus communs que la mairie ne le prétendait. Un tiers des réponses mentionne toutefois des écoles en bon état que nous avons reproduit sur la carte. Pour les autres, comme le jeu l’impose, les témoignages retranscrits tels quels gardent une part de subjectivité. Les commentaires des parents d’élèves, enseignants et directeurs font état de problèmes récurrents et signalés. Une citoyenne s’émeut même de l’état de l’école dans laquelle elle va voter : “Quand je viens voter, je suis choquée par la saleté des murs de la salle de classe-bureau de vote : murs gris de poussière, couleur de la peinture indéfinissable, rideaux noirs de poussière et de crasse”.

Vos témoignages sur les écoles marseillaises

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Voir la carte en plein écran

Cliquez sur les écoles pour lire les commentaires. Les écoles pour lesquelles des problèmes sont signalés sont en orange. Celles où les témoignages n’en font pas remonter sont en vert. Nous avons synthétisé les remarques par catégories : entretien, chauffage, préfabriqués, hygiène (nuisibles, humidité, saleté), manque d’espace, état des sanitaires.

Bibliothèques condamnées

Une des remarques les plus courantes porte sur le manque de place : les bibliothèques sont alors transformées en salle de classe, les salles de sieste condamnées ce qui fait que “les enfants dorment assis la tête sur les bras” rapporte par exemple un parent d’élève de l’école maternelle Alexandre Copello, dans le 5e arrondissement. S’il est difficile pour la Ville de pousser les murs d’une rentrée sur l’autre, le temporaire devient souvent permanent.

C’est le cas des préfabriqués, comme à l’école élémentaire Saint-Mitre, ironise un parent : “Trois classes dans des préfabriqués, mal isolées, qu’ont fréquenté mes enfants [aujourd’hui] de 15 et 8 ans en classe de CP et CE1. Le problème est juste que j’avais moi même suivi deux années dans ces préfabriqués lorsque j’étais moi même au CE1 et CM2 dans cette école”. Des préfabriqués reconnus “vétustes” et hors normes par la mairie pour le groupe scolaire Saint-Louis Consolat et l’école élémentaire de la Cabucelle. Ils doivent être remplacés par d’autres préfabriqués.

“Bâcher les enfants l’hiver”

Si les problèmes signalés varient entre les établissements, près de la moitié des témoignages font état de problèmes d’entretien. En numéro 2 arrive le manque d’espace, à quasi-égalité avec l’état des sanitaires. Près d’un tiers des écoles recensées souffrent d’accumulation avec au moins trois facteurs : dans une école vétuste, absence de chauffage rime souvent avec murs moisis, infiltrations, sanitaires inutilisables. C’est le cas par exemple de l’école élémentaire des Accoules, au Panier, bâtiment converti : “École vétuste dans sa globalité, toilettes insalubres, fenêtres rafistolées. Classes qui résonnent… trop petites”, témoigne un parent d’élève, appuyé par un des membres du personnel de l’établissement qui atteste avoir signalé à plusieurs reprises ces problèmes.

Les problèmes d’isolation amènent froid en hiver et chaleur intenable en été : “Il faut bâcher les enfants l’hiver, leur mettre plusieurs couches de vêtements car la température maximale est de 16 degrés environ” s’indigne un parent d’élève de la maternelle Granados Roy d’Espagne. “Les jours de grand mistral, des courants d’air passent entre le bas des fenêtres et le mur”, à l’école maternelle Aygalades Oasis, dans le 15e.

Des signalements en vain

Ces éléments collent avec ceux que retiennent les syndicats SNUipp-FSU 13, qui ont mené leur propre enquête sur l’état des écoles : 74% des établissements ont un problème “thermique” selon les 228 réponses recueillies et des travaux sont jugés nécessaires dans 66% des cas sur le bâti et 57% sur les huisseries. D’autres acteurs, comme le Mouvement des parents d’élèves 13 et Pour Aix, ont utilisé ces mêmes outils numériques pour appuyer un diagnostic.

Pour la plupart, ces constats recoupent à la fois d’autres contributions, des signalements pointés par nos confrères mais aussi le diagnostic que la Ville fait indirectement au travers des travaux assez lourds votés ce 1er avril pour 18 écoles (problème de toiture, préfabriqués vétustes, sanitaires défaillants). Remontent aussi, de la part des enseignants et des représentants de parents d’élèves, les difficultés pour obtenir des petites réparations, qu’il s’agisse d’une chasse d’eau ou d’un chauffage défaillant. Comme l’avait raconté Marsactu, les directeurs d’écoles s’étaient vu distribuer il y a quelques années un poster avec une myriade de numéros de téléphone à contacter si besoin. Depuis, la Ville a dégainé un projet de numéro vert “Allo Mairie” spécial école. Elle peut aussi naviguer sur les multiples recueils de témoignages en ligne…

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Clémentine Vaysse
Ex-journaliste aujourd'hui agricultrice

Commentaires

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  1. ALAIN B ALAIN B

    Il n’y a pas que le manque d’entretien des écoles, nous avons aussi le manque criant d’écoles sans parler des crèches.

    Dans le 3ème arrondissement plus de 6000 nouveaux logements vont être mis en vente ou en location mais malheureusement les services publics ne suivent pas et en particulier la construction des écoles.

    Dans le 3ème des préfabriqués à la caserne BUGEAUD et quelques classes supplémentaires à l’école RUFFI dans 2 ou 3 ans.

    Les écoles à la caserne du Muy, Montalieu Extension, Docks lilbres 2 sont prévues en moyen/long terme mais nous savons ce que cela veut dire.

    Les écoles DOCKS Libres, maternelle Félix Pyat, ilot Pelletant-ZAC Saint Charles, Friches de la Belle de Mai sont abandonnées (ou différées)

    La rénovation du collège de Versailles a été abandonnée (alors qu’il y avait eu plusieurs réunions avec les élus) et maintenant on parle d’une reconstruction… mais quand !!

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  2. Trésorier Trésorier

    Je ne comprend pas comment on peut manquer d’ecoles dans une ville ou il y a 50 000 habitants de moins qu’en 1975, avec unepart de jeunes inferieure.

    J’etais eleve a l’ecole de la Feuilleraie (4eme). Pendant des annees, on a ferme des classes. On ne pourrait pas les reouvrir ???

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  3. Escartefigue Escartefigue

    Pour ouvrir une classe, il faut dépasser un nombre d’élèves par enseignant sur l’école entière (les handicapés ne comptant pas pour des élèves), et non pas en fonction des locaux… La tendance étant – depuis 9 ans de Sarkozysme -à ‘On ne remplace pas un fonctionnaire (et donc des enseignants) sur 2 partant à la retraite’… les effectifs dans les classes augmentent.
    Pour ouvrir une classe, il faut donc l’inscription d’élèves (non handicapés) nouveaux jusqu’à dépasser un seuil fixé par l’Éducation nationale (en fonction des zones zep, violence, rep+, etc.), ce qui créera la création d’un poste d’enseignant-prenneur d’otage supplémentaire.

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    • neomars neomars

      Il y a en effet les 2 règles qui jouent: effectifs et locaux. Dans quelques quartiers, les effectifs d’élèves sont au maxi des quotas éducation nationale, avec des classes mixtes (2 niveaux), et tout local éligible rempli, d’où absence de dortoir en maternelle, cantines trop petites et donc enfants n’ayant pas fini de manger à la reprise des cours, …
      Mais si l’éducation nationale ouvre un poste relativement facilement, (en quelques jours ou mois), construire une école est une entreprise de très longue haleine et peu de locaux existants peuvent servir d’écoles … à moins de poser des préfabriqués sur une friche pour 1 an ou 2 ou 60 comme dans les quartiers nord ;o)
      http://www.lemonde.fr/education/article/2016/03/31/le-combat-des-ecoles-marseillaises-pour-obtenir-reparation_4893211_1473685.html

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  4. Escartefigue Escartefigue

    Par ailleurs, en ce qui concerne la nouvelle école Busserine, je tiens à préciser qu’elle est pleine de malfaçons ‘à la marseillaise’: en particulier l’absence de préau dans la cour pour 250 enfants…
    Mais heureusement qu’à Marseille, il ne pleut jamais… Il n’y a pas plus besoin de préaux dans les écoles que de toit sur certain stade!

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    • lilicub lilicub

      la compromission des architectes avec les collectivités locales n’est plus à démontrer: sous le regard complaisant du conseil régional de l’ordre, les marchés publics locaux sont partagés par quelques mandarins bien inféodés aux élus… petit rappel: un procureur de la république s’est indigné que la plupart des attributions de marchés publics de maitrise d’œuvre soient truqués. On a les architectes qu’on mérite… et les bâtiments qui vont avec.

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  5. neomars neomars

    ni besoin de piscine car il y a la mer et ses boues rouges, ou ses effluents de l’huveaune quand il pleut un peu fort !

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  6. Trésorier Trésorier

    Neomars et Escartefigue, merci de vos elements mais ils ne repondent pas du tout a ma question.

    On se plaint de l’etat des classes. Bon, la il s’agit d’entretien.

    Dans l’article, on parle de problemes de locaux pour reouvrir des classes. On prend des bibliotheques et des salles de repos. Des dizaines de classes devraient ouvrir a la demande du rectorat et la mairie ne sait pas ou les accueillir.

    Donc, alors que notre population est plus faible qu’en 1975 avec une part plus faible d’enfants et un accroissement de la part de l’ecole libre ou sont passees les classes publiques utilisees alors ????

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Je risque une hypothèse : les locaux éventuellement disponibles sont-ils situés dans les quartiers où il y a des besoins ?

      Quand on regarde la carte que Marsactu a publiée récemment (https://marsactu.fr/bref/population-peripherie-marseille-croit-centre-depeuple/), il est clair qu’on ne peut pas se contenter d’un constat global de baisse de la population par rapport aux années 1970 ou 1980. Si cette baisse est réelle dans le centre-ville et dans certains quartiers des 15ème et 16ème arrondissements, il y a au contraire forte hausse dans la plupart des quartiers périphériques.

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