Aux régionales, la poussée de l’abstention a frappé jusque dans les bastions du RN

Décryptage
le 23 Juin 2021
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Pour expliquer son score plus faible qu'attendu lors du premier tour, Thierry Mariani a blâmé l'abstention, n'hésitant pas à sermonner son électorat. Marsactu a scruté les villes les plus favorables au RN, qui confirment cette désaffection pour le scrutin.

Vote des régionales 2021 dans un bureau de vote de Marseille. Photo Emilio Guzman.

Vote des régionales 2021 dans un bureau de vote de Marseille. Photo Emilio Guzman.

300 000 bulletins vous manquent et tout est dépeuplé. Le premier tour des élections régionales a laissé un goût amer à Thierry Mariani qui a recueilli 420 000 ce dimanche 20 juin. L’abstention, “c’est notre liste qui en est la première victime”, a considéré la tête de liste du Rassemblement national. Son bref discours depuis Le Pontet était intégralement adressé à ces électeurs restés hors du jeu, tandis que Marine Le Pen leur intimait “le devoir de réagir”, à “prendre cinq minutes de [leur] temps”. Dès lundi matin, depuis un café marseillais, il lâchait : “Vous ne pouvez pas râler et ne pas aller voter.”

Pour vérifier ce constat, direction Fréjus et Le Pontet, les deux plus grandes communes RN de la région. Ici, un électeur sur deux vote pour le parti, au bas mot. Et la participation est bien en dessous de la moyenne régionale, alors qu’elle était au-dessus il y a six ans. La tendance est la même dans toutes les mairies tenues par le RN, et plus largement dans la centaine de villes où Marion Maréchal-Le Pen enregistrait des scores de plus de 50 % au premier tour des régionales 2015. A contrario, les villes de droite affichent une évolution dans la moyenne, tandis que celles de gauche résistent mieux à la chute de la participation.

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Cette désertion des urnes à géométrie variable a des conséquences très concrètes sur la moisson de voix du RN dans ses bastions. Alors qu’il totalisait environ 100 000 bulletins sur sa centaine de communes de prédilection, il n’en compte plus que 56 000 en 2021.

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Passé le constat, reste à connaître les causes de cette abstention massive de l’électorat RN. Pour Antoine Baudino, candidat RN aux régionales mais aussi aux départementales dans le canton de Berre, il n’y a pas de mystère. “Toutes les études montrent que nos électeurs sont les plus sensibles à l’abstention”, pose-t-il. Outre la sociologie, il y voit le reflet d’“un vote de colère, qui s’exprime parfois en votant pour nous, parfois dans l’abstention”.

Une argumentation nuancée par certains auteurs desdites études. “La sociologie électorale de l’électorat du RN – moins de diplômés, plus de classes populaires – traduit une propension plus forte à l’abstention, reconnaît Joël Gombin*, chercheur associé à la chaire citoyenneté de Sciences po Saint-Germain-en-Laye. Mais cette dimension n’est pas la seule et depuis 2010, elle était contrecarrée par une surmobilisation politique.”

Une mobilisation à la peine depuis 2017

C’était par exemple le cas, en 2014, lors de la victoire de Stéphane Ravier dans les 13/14, dans un contexte de faible participation observée ailleurs en France. Et encore plus en 2015 lors de la percée de Marion Maréchal-Le Pen aux régionales. “Jusqu’à 2015, le FN mobilise mieux que les autres partis, ou plutôt démobilise moins. À partir de 2017, on observe un ralentissement, d’abord entre les deux tours de la présidentielle et surtout aux législatives”, retrace Christèle Lagier, maîtresse de conférences en sciences politiques à l’université d’Avignon, dont c’est un des thèmes de recherche principaux.

Thierry Mariani a fait toute sa carrière à l’UMP (…) En quoi cela représente le renversement du système ?”

Christèle Lagier, politiste.

Là où Thierry Mariani se pose en “victime” d’un phénomène qui serait indépendant du RN, cette analyse reconnecte l’abstention à la capacité des différents partis à convaincre leur base. Bref, à susciter l’intérêt par la campagne et son incarnation. Quant à savoir ce qu’il s’est passé dimanche, Joël Gombin se dit bien en peine de formuler des hypothèses, alors que la victoire à portée de sondage semblait constituer un courant porteur. Christèle Lagier tente une première analyse : “Le choix de Thierry Mariani, quelqu’un qui a fait toute sa carrière à l’UMP, qui a été ministre de Sarkozy ne me paraît pas vraiment utile. Sur son site, il refait tout son CV. Cela donne l’impression qu’on prend les mêmes et qu’on recommence. En quoi cela représente le renversement du système ?” Pour elle, le “moment charnière de 2017” s’expliquerait notamment par la “normalisation de ce vieux parti, qui est dans le paysage depuis 40 ans”, à qui “LREM a donné un coup de vieux”.

“C’est la conséquence d’un gouvernement qui a voulu que ces élections ne mobilise pas les Français“, a pesté Thierry Mariani lundi citant notamment “l’absence de campagne officielle à la télévision”. On saura dans quatre jours si l’électorat RN a entendu l’appel de la cheffe du parti.

Avec Gauthier Mesnier.

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Commentaires

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  1. Titi du 1-3 Titi du 1-3

    Article interessant.
    C’est assez déprimant d’envisager que l’échec possible de Mariani soit dû à l’abstention plutôt qu’à la qualité de ses opposants……

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    • Zumbi Zumbi

      Déprimant ? Je trouve ça plutôt drôle, de même que le cri du coeur (s’il en a un) de Mariani, qui avait fait un parti opportuniste “ces derniers temps tout le monde est rongé par l’abstention sauf le FN, allez je me lâche je vais chez eux, depuis le temps que j’en avais envie”. Ben c’est raté.
      À part ça une fois de plus j’apprécie la rigueur de Joël Gombin : quand il a pris le temps de bosser, il livre des conclusions, ou des hypothèses s’il est moins sûr. Quand il n’en a pas, il dit qu’il n’en a pas, incroyable et rafraîchissant dans un monde d’experts de l’expertise reconnue en miroir par d’autres experts de l’expertise qui peuplent les Cafés du Commerce recyclés en “émissions politiques” sur les chaînes dites d'”information” continue.

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  2. julijo julijo

    effectivement, c’est dommage que ce soit par abstention plutôt que par choix…
    mais les sondages valent quoi ? ce sont les sondages qui plaçaient le rn très haut. ce sont les sondages qui racontent que les électeurs rn sont restés à la maison…je reste très interrogatif sur ce sujet
    ce qui me fait bien marrer par contre, c’est que les électeurs rn supposés, et qui sont restés chez eux, se font copieusement gronder, sermonner….aie aie aie

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    • Julien Vinzent_ Julien Vinzent_

      Bonjour,
      Dans notre cas, il s’agit d’un peu plus que de sondages mais d’une corrélation entre fort vote RN en 2015 et plus forte baisse de la participation qu’ailleurs

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    • julijo julijo

      Oui c’est vrai. Mais j’ai tendance à penser que si le rn perd du terrain en électeurs de façon plus importante peut être que d’autres, c’est certainement dû aussi au fait que ces élections départementales et régionales n’ont pas eu la campagne qu’elles auraient pu mériter.
      Les choix de vote pour le rn sont plus réactifs par rapport aux évènements du quotidien, et si les media nationaux ont fait un parallèle avec les élections présidentielles, la discrétion de la campagne ces dernières semaines n’a pas médiatisé celles du CD et CR ; et à part un volant d’irréductibles fn qu’ils ont retrouvés, ils ont perdu une partie des électeurs « en colère ». c’est valable dans une moindre mesure pour les autres partis mais quand même.
      D’une façon générale, les sondages prennent une place qu’ils n’ont pas à avoir. Bon nombre de dirigeants politiques, et à la tête de l’état et des partis, les envisagent comme argent comptant, alors qu’ils donnent au mieux, et pas toujours, une approche partielle et momentanée et souvent bidouillée.
      Ce n’est pas la première fois que ces écarts avec la réalité sont clairs. Et pourtant dès le lendemain on a encore entendu parler de sondages….
      Je comprends bien joel gombin, les raisons sont très floues et très vaporeuses. Là encore les sondages n’ont –ils pas servis à vérifier la fable, le lièvre et la tortue ? tellement sûr de gagner le rn, qu’il n’a pas su motiver ?

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