Au nom de l’union contre le Covid-19, la Ville reporte trois décisions sur les migrants

Actualité
le 19 Nov 2020
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Bien placées dans l'ordre du jour, des délibérations en faveur de l'accueil de migrants en ont été retirées. La maire de Marseille Michèle Rubirola y voit une manière d'éviter des débats polémiques, alors qu'elle entend placer cette séance sous le signe de la mobilisation contre la crise sanitaire et ses conséquences.

Photo : BG

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L’ordre du jour était préparé au cordeau. Au conseil municipal du 9 novembre, les délibérations n°3, 4 et 5 proposaient successivement d’adhérer à l’association nationale des villes et territoires accueillants, de financer l’association SOS Méditerranée et de signer avec l’État un “contrat territorial pour l’accueil et l’intégration des réfugiés”. Après trois autres rapports sur le logement et la mémoire du drame de la rue d’Aubagne, la majorité municipale devait ainsi afficher dans l’hémicycle son changement de posture sur la question migratoire, après un épisode estival sur les navires de sauvetage.

Cette construction symbolique n’a pas résisté au report de la séance à ce lundi 23 novembre. Comme l’a souligné le sénateur RN Stéphane Ravier, le triptyque a été retiré du nouvel ordre du jour transmis mardi aux élus. Il considère ainsi que “l’exécutif municipal recule devant la pression” de son précédent communiqué, où il demandait le retrait des délibérations.

“Les Marseillais n’auraient pas compris qu’on se chamaille”

Interrogée sur le sujet, Michèle Rubirola lui refuse cette gloriole et évoque “un report, pas un retrait. Ce sont des valeurs que nous défendrons toujours, cette conviction que l’on ne quitte pas son pays par plaisir”. La maire de Marseille ne nie cependant pas le caractère stratégique de ce remaniement de l’ordre du jour. “Face à cette crise sanitaire, il faut s’unir. Nous avons décidé, et cela n’a pas été facile, que l’on ne voulait pas faire de ce conseil un conseil politique. Les Marseillais n’auraient pas compris que l’on se chamaille dans cette période de difficultés.” Michèle Rubirola ne le relève pas, mais Stéphane Ravier ne s’en prive pas, amalgamant la question migratoire avec le contexte des deux attentats de Conflans et de Nice.

Plus qu’avec le RN, qui n’a d’ordinaire pas besoin de délibération spécifique pour tisser des interventions qui mêlent immigration, islamisme et terrorisme, c’est peut-être avec l’opposition LR que la majorité veut reporter cette bataille. Jean-Claude Gaudin, en héritier de la démocratie-chrétienne, était sur la ligne de crête entre la “tradition d’accueil” dont il se réclamait et des positions plus droitières dans sa majorité. En revanche, Martine Vassal, présidente de la métropole et du département, avec qui il est question d’union autour de la crise sanitaire, a fait des migrants l’un des points d’ancrage de sa campagne électorale contre le Printemps marseillais.

Autre dossier repoussé à plus tard : le bilan qui devait être tiré de l’application des recommandations de la chambre régionale des comptes, qui était pourtant la colonne vertébrale de la campagne du Printemps marseillais. Quitte à s’affranchir du délai légal d’un an pour le présenter. Mais, à la lecture plus fine du nouvel ordre du jour, le conseil de ce lundi n’a pas été vidé de tout contenu symbolique et politique. Si la séquence d’ouverture est désormais dévolue à l’aide alimentaire et à la réponse à la crise sanitaire, la dénomination de la place du 5-novembre a été conservée, simplement décalée en 12e position et les deux rapports phares sur le logement en n°107 et 108, dans le dernier pan de la séance. “Deux ans après le drame”, ce débat “était prévu et il restera dans le programme”, revendiquait dans La Provence le président du groupe Printemps Marseillais Joël Canicave. Reste à savoir si la coopération avec la droite, aux commandes de la métropole, l’emportera sur la critique de sa gestion passée.

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Commentaires

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  1. jasmin jasmin

    Merci de faire un suivi du sujet de l’accueil des migrants par l’angle du conseil municipal. Je n’avais pas compris que Michèle Rubirola avait un objectif de rassemblement y compris avec l’opposition, sur la crise sanitaire, et que l’instance phare qu’elle a choisi pour cela était le conseil municipal. Qu’est ce qu’elle veut faire concrètement pour la crise sanitaire, et qu’est ce qu’elle a fait jusque là? Est ce qu’il est possible de l’interroger à ce sujet? Est ce qu’il s’agit de distributer encore plus de masques, et d’ouvrir plus tôt les lieux de contamination des groupes, ou de subventionner ces commerces? Est ce qu’il s’agit de mobilier l’offre de soins, privé et public pour les lits COVID, ou la distribution de vaccin anti COVID?

    Vu le contexte, on comprend qu’elle ait préféré remettre à plus tard l’engagement d’accueillir plus de migrants avec risque de contamination répandue. Est ce qu’il y a un travail derrière les rideaux entre les associations d’accueil, la mairie, le département, la métropole et le diocese pour bien poser le problème et se repartir les tâches pour l’accueil digne des migrants? si oui, qui coordonne cela? J’aimerais bien savoir plus sur le travail de terrain indépendamment des effets spectacle en conseil municipal.

    On dirait que le caractère de la nouvelle maire, pas trop vite le matin et pas précipitamment le soir, va amener un rythme plus lent, plus calme et peut etre plus efficace pour gérer des problemes de fond de la société locale? Si c’est vrai, j’aimerais l’entendre par Marsactu. Je crois que ça vaut le coup de faire un papier sur elle, sur sa façon de gouverner.

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    • BRASILIA8 BRASILIA8

      ” accueillir des migrants avec risque de contamination répandue” étrange raccourci entre immigration et COVID

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  2. Brallaisse Brallaisse

    Marseille , fille d’une cité Ionienne s’est-elle dotée d’une pythie en la personne de Rubirola ?. Nous pensions avoir Athena aurions nous seulement une Prisca en tant que mairesse ?.
    Elle ne parle que de façon indirecte et par analogie , pose plus de questions que ce qu’elle n’en résout et de plus elle est interprétée par son prêtre personnel d’Apollon en la personne de Payan, ce qui n’aide en rien à la compréhension de ses oracles.
    Alors Michèle , dépouillez vous de votre drapé à l’Antique, remettez le jean et les bottes , soyez claire, audible , intelligible et Forza !

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  3. jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

    Le bureau du Conseil Municipal est maitre de l’ordre du jour du CM.
    Quand un sujet risque, libre à lui de le reporter ou de le soustraire. L’important dans la situation des Marseillais et surtout des plus précaires ou vulnérables, c’est de les aider ou de les soutenir.
    Le situation économique, demain, risque d’être difficile pour les petits commerces ou les indépendants (artisans,…). La ville peut faire quelque chose mais ce n’est pas sa vocation ni ses compétences.
    N’empêche.
    Je rejoins le premier commentaire de mon quotidien préféré sur le mode de gouvernement à diffuser. Mais l’angle ne serait pas d’être ”embeded” sur le plan idéologique. Juste une question technique.
    Les citoyens ont besoin d’une documentation sur la façon dont les ”élus” gouvernent.
    N’est ce pas une question d’intérêt général?
    Non?

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    • Brallaisse Brallaisse

      Finalement nous en revenons toujours à la même conclusion. Soit la métropole est de trop ou bien c’est la mairie qui l’est.

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  4. Tyresias Tyresias

    Quand on fait parler les marseillais, les français etc.. qui ne comprendront pas, ou qui comprendront etc… on peut être assuré que le propos va être douteux.
    La tendance au recul en la matière, est assez constante. Emblématique : le vote des étrangers (non européens) aux élections municipales ; depuis Mitterrand qui l’avait mis dans son programme en 1981, ce n’est jamais le moment.
    Je crois que l’erreur par ailleurs est double :
    1) Toute modalité d’intégration des migrants-exilés-réfugiés, diminue les risques épidémiques vs les situations de clandestinité.
    2) les trois projets proposés, sont appelés à des applications sans conséquences immédiates.
    Il doit s’agir d’une posture en brevet de responsabilité. Mais est-ce vraiment responsable ?

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